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22 décembre 2021

Mélissa Blouin - mblouin@lexismedia.ca

Des élèves prennent en charge la cafétéria de leur école

Adaptation scolaire de Thérèse-Martin

Bistro émotif

©(Photo L'Action- Mélissa Blouin)

« Je suis fière de mes élèves, ils montrent à tous que ce n’est pas parce que nous avons un trouble du spectre de l’autisme, une déficience intellectuelle ou des limitations,  que nous ne sommes pas capables de faire rouler une cafétéria pour 1800 élèves », a déclaré d’emblée l’enseignante à l’école secondaire Thérèse-Martin Geneviève Bastien. 

En effet, depuis le début de l’année scolaire, les élèves des groupes de soutien émotif ont pris en charge la cafétéria de leur école les mardis et les vendredis. Il faut préciser que celle-ci n’avait plus de concessionnaire depuis le début de la pandémie et que les élèves de l’école n’avaient plus accès à un service de repas.  

« Lorsque mes élèves ont su qu’il n’y aurait personne pour prendre le relais encore cette année, ils se sont portés volontaires! » Rappelons que ces élèves, ainsi que leur enseignante, avaient créé leur propre restaurant en 2018, le Bistro émotif. Comme ce dernier avait dû cesser ses activités avec la pandémie, il s’agissait d’une façon de perpétuer le Bistro, mais de façon différente.  

De plus, puisque ces élèves doivent vivre des stages à l’interne, tout semblait s’aligner pour qu’ils se lancent dans cette grande aventure.  

Les nouveaux gestionnaires de la cafétéria ont commencé en présentant un menu plutôt simple. Puis, après un sondage envoyé aux clients, ils ont amené plusieurs modifications. Aujourd’hui, le menu est élaboré, il contient quatre choix de sandwichs (sous-marin, wrap au poulet, grilled cheese, croissant jambon fromage), quatre choix de salades, trois choix de desserts et deux choix de soupe.  

« Toute leur vie, ils se sont fait dire qu’ils n’étaient pas capables et là, ils voient qu’ils le sont! Je veux les faire briller et je veux que la différence soit reconnue comme la normalité », a ajouté l’enseignante.  

Chacun des deux groupes de soutien émotif, composé d’une dizaine d’élèves, prend en charge l’une des deux journées et sert une centaine de repas par jour. Le mardi, ce sont les élèves du groupe de Geneviève.  

« Je trouve ça très cool, ça nous apprend l’autonomie, nous fait découvrir nos forces et nous permet de créer des liens avec des gens! Au début, ça demandait beaucoup d’organisation et j’ai eu de l’aide. J’ai noté des choses dans mes cahiers pour mémoriser ce que j’avais à faire, mais là je suis rendue bonne », a commenté Maria qui avait justement été nommée employée du mois. 

Les enseignants n’ont presque plus besoin d’intervenir tant les étudiants sont autonomes, mais cela n’a pas toujours été aussi simple. « Ce n’est pas évident pour eux parfois de sortir d’un cadre précis, alors au début, quand je leur demandais plusieurs tâches ça ne fonctionnait pas! Avec l’éducatrice spécialisée Jessica Fiset, nous avons donc établi des routines et maintenant, chaque élève fait toujours la même chose. » 

Des solutions ont aussi dû être trouvées, au fur et à mesure, afin de faciliter le travail de tous. Par exemple, certains élèves ont de la difficulté avec leur motricité fine et n’arrivaient pas à tartiner les sandwichs. L’ajout de bouteilles compressibles les a donc grandement aidés.  

Développement personnel 

Le vendredi, c’est le groupe de l’enseignant Sylvain Crevier et de l’éducatrice spécialisée Isabelle Savard qui prend la relève. « Nous, nous avons décidé de séparer notre classe en petites équipes. L’une fait les wraps et les salades et l’autre les croissants et les sous-marins. Nous avons aussi un responsable du lavoir et un des pâtisseries. » 

Les intervenants de ce groupe évoquent que le projet amène beaucoup de compétences aux jeunes comme le sens de l’initiative et celui du travail d’équipe. « Ça les développe pour le marché du travail et ce sont tous des apprentissages qui seront utiles pour leur vie quotidienne et pour s’établir en appartement. » 

L’une des difficultés qui ressort le plus chez les élèves des groupes de soutien émotif est la gestion de l’anxiété. Le fait de s’occuper d’un service réel et de faire face à une certaine pression a donc permis aux responsables et aux élèves de travailler cet aspect. «C’est vraiment un beau laboratoire pour les encadrer, les accompagner et trouver des solutions. Ça permet aussi de travailler sur la mémorisation et la concentration.» 

M. Crevier a donné en exemple un élève qui ne voulait même pas entrer dans la cuisine au début de l’année et qui refusait de toucher aux différentes textures. Aujourd’hui, il est le responsable des pâtisseries et est super impliqué dans le processus, «c’est vraiment devenu une grande source de motivation pour nos jeunes ». 

Ces groupes, qui font partie du programme Formation préparatoire au travail (FPT) de l’adaptation scolaire, effectuent également des stages à l’externe trois jours par semaine. En ajoutant le projet de la cafétéria, qui est considéré comme un stage à l’interne, cela permet de les amener encore plus loin dans leur cheminement. 

Un service qui gagne en popularité 

Lors de la visite de L’Action, les élèves venaient de battre un record en servant 109 clients et s’attendaient à ce que le nombre augmente encore dans les prochaines semaines. Vu cette popularité grandissante, plusieurs personnes se sont jointes au projet. Deux professeurs de mathématiques aident Mme Bastien avec son budget et des élèves du régulier viennent aussi travailler à la cafétéria sur l’heure du dîner en échange d’un repas.  

« Ça leur permet de côtoyer mes élèves et je trouve ça magnifique parce que souvent, ils ont peur de les aborder et s’imaginent que ce sont des élèves qui font des crises. Là, ils se rendent compte que ce n’est pas le cas et voient que c’est super agréable d’être avec eux! » 

Les élèves des groupes FPT en renfort (déficience intellectuelle) participent aussi au projet. « Nous nous occupons d’ensacher le thé et d’empaqueter les salades », a expliqué l’enseignante Jennifer Blais. Cette dernière a ajouté que c’est un beau travail d’équipe, orchestré par Geneviève, et que rien de cela ne serait possible sans le support des membres de la direction, « on voit qu’ils apprécient et ça nous encourage à continuer à consacrer autant de temps au projet! » 

Le directeur adjoint de l’établissement, Xavier Beaudry-Maisonneuve, a confirmé qu’il est très fier de cette offre de service de qualité. « Cela permet non seulement d’avoir une valeur éducative, mais c’est aussi un plus pour tous ceux qui profitent des repas! » 

Il a ajouté que le projet a le potentiel de prendre de l’ampleur et que les classes en francisation pourraient avoir une station de micropousses qui permettrait d’alimenter le Bistro Émotif/cafétéria. «C’est beaucoup de travail, mais c’est vraiment le fun de voir les élèves qui grandissent à travers des expériences comme celles-là. » 

Le menu est au coût de 5$ pour les élèves et de 10$ pour les adultes. L’argent amassé servira à financer le bal des finissants de l’adaptation scolaire. 

 

Évolution du Bistro émotif 

2017: Les élèves de l’adaptation scolaire trouvent que les collations de la cafétéria ne sont pas alléchantes. Ils décident donc de cuisiner et de vendre leurs propres collations.  

2018: Les élèves ont besoin d’un nouveau défi et décident d’ouvrir leur propre restaurant, le Bistro émotif, qui restera en service jusqu’au début de la pandémie. 

2020: Lorsque les élèves reviennent en classe, il n’y a plus de service de cafétéria à leur école. Les élèves du Bistro émotif décident donc de préparer des boîtes à lunch repas et de les livrer directement dans les classes (en raison des consignes de bulles-classes).  

2021: Les élèves sont autorisés à quitter les bulles-classes et à aller manger dans la cafétéria, mais il n’y a toujours pas de service de repas offert. Les élèves de l’adaptation scolaire décident donc de faire rouler la cafétéria les mardis et les vendredis.  

Bistro émotif

©(Photo L'Action- Mélissa Blouin)

Les élèves du groupe de Geneviève Bastien (dont Maria qui porte une veste verte car elle a été nommée employée du mois), ainsi qu’une ancienne élève qui revient donner de son temps bénévolement.

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