Au coeur de la drift avec Jesen Lemarbre

Photo gracieuseté - Marc-Antoine Lacourse 
Photo gracieuseté – Marc-Antoine Lacourse 

Depuis trois ans, Jesen Lemarbre figure parmi le top 10 du Drift Mania Canadian Championship (DMCC), le plus important championnat de drift au pays. Animé par une véritable soif d’adrénalinele pilote de Saint-Jacques consacre temps, énergie eargent à cette passion devenue un réel mode de vie. Il s’est entretenu avec L’Action afin de partager les coulisses d’un univers aussi spectaculaire qu’exigeant. 

« Ça fait plus de dix ans que je fais ça, mais l’adrénaline que je ressens est toujours aussi forte! Tu arrives à 170 km/h et tu te retrouves de côté, à frôler un mur ou une autre voiture. C’est le même sentiment que si tu étais pour avoir un accident, c’est n’importe quoi! Il n’y a rien pour égaler cette intensité », a mentionné le Lanaudois.  

Lors des six dernières courses de la série, Jesen est monté à deux reprises sur le podium et a démontré qu’il est en constante amélioration. Au moment de l’entrevue, il se préparait pour la nouvelle saison qui débutera le 30 mai. Cinq courses se tiendront tout au long de l’été, dont la dernière au complexe Icar à Mirabel.  

Au cours des événements, les pilotes sont d’abord évalués en qualifications. Chacun doit réaliser le parcours imposé en contrôlant sa voiture le plus près des murs et des zones ciblées. Les performances sont jugées selon des critères comme l’angle, la précision, l’engagement et la vitesse. 

Les 16 meilleurs s’affrontent ensuite lors de duels en tandem. Un pilote part devant (lead) tandis que l’autre doit le suivre (chase) en maintenant une proximité maximale. Les rôles sont ensuite inversés pour le second départ. Dans cette impressionnante chorégraphie, les voitures se retrouvent parfois porte à porte, à presque un pied l’une de l’autre. 

« Quand tu penses que tu es proche en drift, tu es encore loin! Alors c’est toujours de repousser les limites. Le défi est d’autant plus grand en chase run, car tu dois constamment t’ajuster aux mouvements de la voiture devant tout en roulant dans sa boucane. Parfois, tu peux être un bon quatre secondes sans rien voir. » 

Des foules impressionnantes  

Tous les pilotes ont une vitesse et des angles différents, il n’est donc pas évident de s’adapter à chacun. Plusieurs autres facteurs entrent aussi en compte et altèrent l’adhérence sur la piste, comme la température de l’asphalte et la météo. « Dès que c’est mouillé, ça change tout, il n’y a plus aucune traction. Les pros sont habitués, mais dans la catégorie Pro-Am, quand il pleut, c’est le festival des gens qui prennent le champ! »  

À ses débuts, Jesen était incapable de manger ni de bien dormir les jours de course tant la nervosité était à son comble. Bien qu’il soit maintenant plus à l’aise, le stress est toujours aussi présent une fois sur la ligne de départ. « Il y a 5000 personnes dans les estrades et elles ont toutes les yeux rivés sur toi! Mais une fois parti, la crainte tombe. Tu es concentré sur ce que tu fais et tu ne penses plus à rien d’autre! » 

L’an dernier, sur un total de cinq événements, trois ont affiché complet, démontrant l’engagement et la passion des amateurs de drift. Jesen évoque toutefois que ce sont souvent les mêmes visages qui reviennent, car la discipline est méconnue. Surtout dans Lanaudière, puisque la majorité des pistes se trouvent dans la région de Chaudière-Appalaches.   

« J’aimerais que les gens donnent une chance à ce sport, parce que, généralement, quand ils viennent voir une course, ils reviennent toujours! C’est un bon show et il s’en passe des choses! L’an dernier, un pilote m’a presque grimpé dessus, ça a arraché mon aile, mais nous avons continué à drifter. Les gens étaient fous dans les estrades! » 

Photo gracieuseté – Marc-Antoine Lacourse

Gagner à tout prix 

Ce type d’accrochage n’est pas rare lorsque les pilotes sont agressifs. « Quand on se rentre dedans, ça brise la fibre de verre et ça nous coûte au moins 2000$, mais c’est ça la drift! On fait faire les réparations avant de retourner sur la piste! » La plus grosse dépense reste toutefois les pneus arrière qui ne durent pas plus de deux tours. « Je ne calcule jamais ça habituellement parce que c’est décourageant, mais, dans une saison j’utilise environ 150 pneus pour un total de près de 20 500$. »  

Un seul événement, sans bris, peut coûter 8000$ au pilote. Heureusement, le Lanaudois détient l’appui de nombreux commanditaires de la région qui lui permettent de poursuivre sa passion. Sur la piste, Jesen est aussi entouré d’une équipe de mécaniciens ainsi que d’un « spotter » dans les estrades. Ce dernier observe les adversaires et transmet les informations à son pilote. « Pendant que je course, il me dit des points de repère et devient mes yeux quand je suis dans la boucane! Il me crie aussi dans les oreilles tout le long, parce que j’ai besoin de me faire primer!» 

Côté monétaire, Jesen a ajouté que les compétiteurs ont tous des véhicules d’une valeur de près de 200 000$ et qu’il peut y avoir un certain blocage au départ. « Tu l’aimes ton auto, tu veux lui faire attention! Par le passé, je craignais de l’abimer, mais maintenant, c’est devenu l’outil pour atteindre mon objectif qui est la victoire. S’il ne reste plus rien du char, mais que j’ai gagné, ce n’est pas grave! » C’est d’ailleurs lorsqu’il a adopté cette façon de penser que les victoires ont commencé à s’accumuler. 

« J’ai enchainé des défaites pendant cinq ans et je me suis tanné! En 2022, c’est devenu du sérieux. Je voulais gagner à tout prix et je ne pensais plus au reste. En qualifications, je suis nerveux, mais, quand j’entre dans le top 16, je deviens enragé! » 

Le fait de confier la mécanique de ses voitures à des spécialistes a également fait toute la différence. « Avant, j’essayais de faire ça moi-même pour sauver des coûts sur la main-d’œuvre et sur des pièces plus abordables. Ça a été ma plus grosse erreur et j’ai vite compris qu’il n’y a rien qui finit par être plus dispendieux que l’option la moins chère! » 

Une année de transition 

Depuis ses débuts en drift, il y a environ douze ans, Jesen Lemarbre compétitionne avec une Nissan Skyline 1992, mais cette année, il fera la transition vers une nouvelle voiture, une Corvette z06 2019. Il a transformé cette dernière de A à Z et travaille continuellement sur celle-ci afin qu’elle soit prête pour la deuxième ou troisième course de la saison. Comme il a toujours conduit à droite avec sa Skyline, il a fait changer le volant de sa Corvette de côté. « Le mécanicien n’en revenait pas, mais je n’ai pas le choix si je veux m’adapter plus rapidement! J’ai fait positionner le volant et les pédales au millimètre près, parce que mes gestes sont devenus des automatismes! »  

Jesen consacre donc énormément de temps à tout planifier pour arriver fin prêt. « Ça n’arrête jamais, c’est une job à temps partiel. Il arrive toujours un instant où j’ai envie de tout lâcher, mais il suffit d’un tour de piste pour oublier les moments de découragement! » 

Pour cette année, le pilote vise un top 8 et il évoque qu’il pratiquera ce sport tant qu’il n’aura pas l’impression de régresser.  

Photo gracieuseté – Marc-Antoine Lacourse

À lire également: L’adrénaline comme mode de vie

Articles les plus consultés

Photo gracieuseté
Sports

Le rêve olympique prend forme pour Lauriane Beauchamp 

Le rêve olympique de Lauriane Beauchamp est devenu plus accessible que jamais, mais le chemin pour y parvenir reste long et rempli d’incertitudes. 
(Photo tirée de Facebook)
Sports

Le parc Louis-Querbes sera emporté par la fièvre des séries

Les amateurs des Canadiens de Montréal pourront assister à la partie du 23 mai, sur grand écran, dans le parc Louis-Querbes.