Le rêve olympique prend forme pour Lauriane Beauchamp 

Photo gracieuseté
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Passionnée de flag football, Lauriane Beauchamp consacre une grande part de sa vie à son sport et multiplie les efforts pour s’y dépasser. Membre de l’équipe nationale depuis 2018, l’athlète de Saint-Paul a vu son parcours prendre une tournure inespérée lorsque sa discipline a été intégrée au programme des Jeux olympiques de Los Angeles de 2028. Son rêve de représenter le pays sur cette immense scène est devenu plus accessible que jamais, mais le chemin pour y parvenir reste long et rempli d’incertitudes. 

« Je ne pense pas que quelqu’un s’attendait à ce que ça devienne un sport olympique! J’étais vraiment heureuse et excitée en l’apprenant, mais ça venait aussi avec un mélange de sentiments, dont beaucoup de stress, vu le parcours que ça impliquait. » 

Le processus olympique a été entamé il y a un peu plus d’un an et, depuis, les joueuses de l’équipe nationale nagent dans le doute. Il faut comprendre que le noyau principal de la formation est composé de 12 filles, dont Lauriane, qui participent aux tournois internationaux. À cela s’ajoutent six autres joueuses qui prennent part aux pratiques et qui peuvent être choisies à tout moment pour remplacer l’une des filles du top 12. 

« Même quand tu as l’annonce que tu fais partie de l’équipe, tu ne sais pas si tu vas participer au prochain tournoi. En tant qu’athlète, c’est extrêmement stressant, tu dois toujours être focus et tu crains constamment de commettre une erreur et d’être coupée. Depuis un an, l’anxiété est tout le temps présente, même quand on ne joue pas », a expliqué la seule Lanaudoise de l’équipe nationale.  

Beaucoup de sacrifices  

Les incertitudes ne s’arrêtent pas à la sélection interne. L’équipe canadienne devra également se frayer une place jusqu’aux Jeux olympiques, puisque seuls six pays pourront s’y affronter. Les États-Unis étant déjà assurés d’y participer à titre de pays hôte, il ne reste que cinq places disponibles.  

L’athlète a expliqué que deux de celles-ci seront comblées lors de la prochaine Coupe du monde, qui se tiendra du 13 au 18 août en Allemagne. Les pays qui termineront en premières positions obtiendraient ainsi leur laissez-passer. Si le Canada ne se classe pas au cours de cet événement, il aura une dernière chance d’obtenir sa place dans le cadre d’un prochain tournoi.  

« En se fiant au classement, on devrait aller aux Jeux olympiques, mais ce n’est pas fait, car tout le monde met le paquet! Si on prend la Chine en exemple, elle n’a jamais eu d’équipe internationale, mais, depuis l’annonce des Olympiques, elle a mis sur pied un programme. Les filles habitent ensemble et sont payées pour jouer au flag, elles ne font que ça! Ce sera une équipe à surveiller… » 

Les Canadiennes, de leur côté, n’ont pas ce soutien financier. Au contraire, elles doivent payer la totalité des dépenses liées à leur entraînement et à leurs tournois, « c’est vraiment difficile financièrement. » Le processus olympique demande aussi énormément de temps et de dévotion. Lauriane doit s’absenter fréquemment à son travail et sacrifier une portion de sa vie sociale et familiale. « Ça fait plus d’un an que je n’ai pas pris de vacances avec mon copain et ses enfants parce que je suis toujours partie. Ils comprennent et m’encouragent, même s’ils trouvent ça intense parfois. Tu mets tout sur pause pendant deux ans, mais c’est pour réaliser le rêve d’une vie! » 

Des événements marquants 

Maintenant âgée de 29 ans, Lauriane raconte que, plus jeune, elle admirait son grand frère qui jouait au football et qu’elle rêvait de suivre ses traces. C’est en secondaire un, à l’école de l’Amitié à L’Assomption, qu’elle a commencé à jouer au flag football et depuis, elle n’a jamais arrêté. 

Vers l’âge de 20 ans, elle a tenté sa chance aux sélections de Football Canada. « Je suis quelqu’un d’extrêmement gênée et je ne voulais pas y aller, mais mes proches m’ont encouragée et j’ai réussi à prendre tout mon petit courage! » Il n’y avait qu’une seule place disponible sur l’équipe nationale et toutes les filles se disputaient cette position. C’est finalement Lauriane qui a été choisie. « On dirait que je ne réalise pas encore l’exploit que j’ai accompli! » 

En 2018, elle a pris part à sa première Coupe du monde, au Panama, et a remporté la médaille de bronze avec le Canada. Toujours au sein de l’équipe nationale, elle a notamment terminé troisième au Championnat des Continents en 2023, deuxième au Championnat des continents en 2025 et deuxième aux Friendlies de Los Angeles cette même année.  

L’été dernier, la Lanaudoise a également eu la chance de vivre une expérience unique aux World Games en Chine. Il s’agit d’un événement semblable aux Olympiques, avec une cérémonie d’ouverture et un village des athlètes, mais pour des sports moins connus. Le Canada a remporté la médaille de bronze.  

Puis, le 5 octobre dernier, Lauriane a joué contre les États-Unis lors de la mi-temps d’un match de la NFL opposant les Bills de Buffalo aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre. « C’était tout simplement incroyable! Le stade était plein et il y a eu un nombre record de gens qui sont restés sur leur siège à la mi-temps pour regarder notre match! Jamais tu ne penses vivre ça dans ta vie, jouer devant 70 000 personnes! » 

Au cœur de sa formation, la Lanaudoise est reconnue pour son calme et agit, grâce à ses actions, comme une leader positive. Sa grande polyvalence fait également en sorte qu’elle peut exceller dans toutes les positions défensives. 

Un sport en forte croissance 

Comme autre accomplissement, les filles de l’équipe nationale ont grandement contribué au développement du flag football dans la province. Puisqu’elles fréquentaient diverses universités, chacune des joueuses a fait pression au cœur de son établissement respectif afin que la discipline y soit offerte. Ainsi, grâce à Lauriane, une équipe de flag football a été créée à l’Université du Québec à Trois-Rivières il y a environ cinq ans.  

Le sport était déjà en forte croissance depuis les dernières années, mais l’annonce de sa venue aux Olympiques a fait grimper les inscriptions en flèche. Lauriane était plus qu’heureuse de constater cet engouement, et tout particulièrement pour les jeunes filles. « Ce sont elles qui brillent le plus au cœur du flag football et c’est beau de voir qu’elles dominent au niveau du nombre d’inscriptions! » 

La Lanaudoise a ajouté que le calibre est plus relevé du côté féminin. « Quand les femmes terminent de jouer dans les tournois, les estrades se vident. De plus, si on regarde pour les Olympiques, les hommes sont loin d’être sûrs d’y participer pour le Canada, tandis que nous, notre place est presque assurée! » 

Lauriane est aussi impliquée comme entraîneuse et arbitre dans la ligue NFL flag Joliette où elle transmet sa passion aux plus jeunes. Celle qui a été capable de concilier quatre sports simultanément les encourage d’ailleurs à poursuivre leurs rêves et à se faire confiance. « Je n’étais pas la meilleure à l’école, mais j’ai travaillé fort et j’ai réussi à me rendre où je suis. Même si tu vis un échec, ça ne te définit pas, j’en ai vécu plein! Tu y retournes et tu finis par l’avoir! » 

Pour la suite, Lauriane continuera de mettre les bouchées doubles jusqu’à l’atteinte de son objectif. Après, seulement, elle pourra envisager d’accrocher ses crampons.  

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