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17 novembre 2021

Vandalisme et cyberintimidation s’invitent dans la campagne électorale

Élections municipales

Vandalisme et intimidation

©Photo Depositphotos - L'Action

Certains candidats aux dernières élections ont tenu à lever le voile sur ce côté plus sombre de la politique municipale afin que cela cesse et que plus de gens puissent se lancer sans avoir à craindre de tels gestes.

Par Mélissa Blouin et Élise Brouillette

Diffamation et violence sont des aspects avec lesquels ont dû composer plusieurs candidats aux dernières élections municipales. C’est notamment le cas à Sainte-Mélanie et à Chertsey, où certains ont tenu à lever le voile sur ce côté plus sombre de la politique municipale dans l’espoir que de tels gestes cessent.

«Déjà que la politique municipale n’est pas super attrayante, il faut combattre ces phénomènes afin d’ouvrir le chemin pour ceux qui vont s’y intéresser après nous. C’est important de dénoncer pour qu’il y ait une plus grande participation », a commenté le nouveau maire de Sainte-Mélanie, Louis Freyd.

Ce dernier, ainsi que les membres de son équipe, ont été victimes de propos diffamatoires, et ce, dès le lancement de leur campagne en juin dernier. En effet, deux heures après que l’équipe se soit présentée sur les réseaux sociaux, un long message de dénigrement et d’accusations a été publié par un faux compte Facebook.

«La belle équipe qui se présente, c’est une honte à tous les citoyens. […] Des gens qui n’ont que des intérêts personnels en tête pour prendre place à la mairie. […] »

L’auteur de ce message, caché derrière son pseudonyme, a continué sa publication, d’environ 800 mots, en tentant de discréditer chacun des membres de l’équipe. Dans des paragraphes élaborés, il a utilisé des détails de la vie personnelle et professionnelle des candidats pour créer des apparences de conflits d’intérêts.

Lors d’une rencontre avec L’Action, les candidats ont démontré que chacun des éléments qui leur étaient reprochés n’étaient pas fondés. À titre d’exemple, le conseiller Jean-François Gauthier était accusé dans ce message de se présenter pour « vendre du câble ».

Ce dernier, qui se bat pour l’accès à la fibre optique, a précisé qu’il n’était associé à aucune compagnie et qu’il n’avait absolument rien à vendre. « Pourquoi essayer de discréditer le gars qui tente de faire avancer les choses bénévolement, c’est frustrant! »

Il a ajouté qu’il est allé à toutes les séances du conseil, mois après mois, depuis six ans pour ce dossier et qu’il est convaincu que ce message a été écrit par quelqu’un qui était assis devant lui. Les autres membres de l’équipe croient également qu’il s’agit d’une personne impliquée en politique vu sa connaissance de dossiers très précis.

Des commentaires misogynes

L’auteur anonyme s’attaque aussi à celle qui était, au moment de la présentation, la seule candidate féminine de l’équipe. Il insinue qu’elle ne sait pas ce qu’est la CPTAQ et qu’elle ne sera que « la marionnette de gens hautement charismatiques ».

«C’est tellement misogyne. Parce que je suis une femme je suis automatiquement la nunuche et la marionnette du groupe? Mon cœur battait fort en lisant cela! » Karine Séguin a ajouté que si elle n’avait pas été entourée de son équipe, cet événement l’aurait complètement fait changer d’avis quant à sa candidature. «Je suis une maman, j’ai une business et plein d’autres choses à faire que de la politique, mais j’ai envie que mon village soit beau et que mes enfants veulent y rester toute leur vie! »

D’ailleurs, une femme a refusé de se joindre à l’équipe et de se lancer en politique parce qu’elle craignait justement que des événements de ce genre surviennent.

Le conseiller Michel Bernier a enchaîné que lorsqu’une campagne commence ainsi, il est facile de se demander ce qui va suivre. «Je n’ai pas besoin de ça dans ma vie. Je ne mets pas toute mon énergie pour finalement me faire lapider sur la place publique par des gens qui ne me connaissent pas et qui ne se feront jamais taper sur les doigts! »

Puis, à la fin de la campagne, l’un des conseillers sortants a écrit sur les réseaux sociaux que M. Freyd avait « plusieurs squelettes dans son placard ». Le nouveau maire a déclaré que cet énoncé, même s’il a été retiré, ne pouvait rester sans conséquences puisqu’il est faux, diffamatoire et qu’il pourrait avoir des impacts directs sur sa carrière en tant que professionnel de la santé.

«Pourquoi il faudrait absolument avoir des motivations perfides pour se présenter? On ne peut pas juste vouloir que notre communauté se porte mieux? »

Les membres de l’équipe, qui ont finalement tous été élus, ont d’ailleurs évoqué que c’était cet objectif d’amener le village plus loin, ainsi que tous les citoyens qu’ils ont rencontrés lors de la campagne qui les ont motivés à continuer.

Quand la sécurité est compromise

Le maire sortant de Chertsey, François Quenneville, qui sollicitait un nouveau mandat et qui a finalement perdu ses élections, fut aussi parmi les victimes. Sa sécurité ainsi que celle de sa conjointe ont littéralement été en jeu alors qu’un projectile (une roche) a été lancé à la fenêtre de leur salle à manger.

« Heureusement, ma conjointe et moi étions dans le sous-sol, la fenêtre a été complètement brisée. C’est survenu un samedi, sur l’heure du dîner, en plein jour. » C’est de la rage que M. Quenneville a ressenti à la suite de cet incident. « La vie privée des gens, tu ne touches pas à ça, les attaques physiques c’est inacceptable. »

Une plainte a été déposée à la police et M. Quenneville a fait installer des caméras autour de sa maison. Il souligne que ce qui s’est passé a eu des impacts notamment chez sa conjointe, qui a eu de la misère à dormir les nuits suivantes.

Selon lui, la campagne électorale ne s’est pas faite proprement à Chertsey et il croit que cela a joué un rôle dans sa défaite.

« Il y a eu beaucoup de médisance, mais nous, on a fait notre campagne sur nos valeurs et sur nos sentiments profonds envers notre municipalité. » M. Quenneville dévoile aussi que 36 de ses affiches ont disparu, ce qui représente tout de même un investissement de 600 $ pour son équipe. Cependant, tous ces événements, au lieu de décourager l’équipe de M. Quenneville, l’ont plutôt motivée à se mobiliser davantage et à ne pas se laisser intimider.

Questionnée sur sa perception des dernières semaines à Chertsey, la nouvelle mairesse, Michelle Joly, qui était auparavant conseillère, juge aussi qu’il y a eu du salissage et que c’est très dommage.

« Il y a eu beaucoup de médisance sur les réseaux sociaux, de commentaires haineux et désobligeants. Nous, on a pris position et décidé qu’on ne répondrait pas et on a maintenu le cap. Nous ne sommes pas allés dans le négatif, mais ce n’était pas beau à lire. »

Michelle Joly affirme être une personne assez solide, mais que lorsque ça concernait son intégrité, elle avait de la difficulté à ne pas répondre aux commentaires.

« Mon équipe a senti qu’il y avait de l’agressivité dans l’air et sur les réseaux sociaux, mais elle a voulu rester la tête haute, se concentrer sur notre programme et notre porte-à-porte. On a tenu le coup pour ne pas répondre. J’ai toutefois avisé mes candidats de ne pas faire de porte-à-porte seuls. »

Michelle Joly note que certains membres de son équipe sont restés plus inquiets quant au fait que des actes physiques puissent se reproduire et les viser aussi.

Son équipe s’est également fait voler une douzaine de pancartes.

Tant Michelle Joly que François Quenneville croient que la pandémie y est pour quelque chose dans toute cette tension. « Les gens sont à cran et n’ont plus de tolérance », déclare la nouvelle mairesse.

De son côté, Sylvain De Beaumont, conseiller sortant qui convoitait aussi le poste de maire à Chertsey, confie avoir également subi de l’intimidation. Il juge avoir été victime d’un coup monté. Ce dernier est visé par un constat reçu d’Élections Québec pour avoir fait « un rapport de dépenses électorales incomplet ou contenant des mentions ou renseignements faux » à la suite des élections de 2017. Il a d’ailleurs enregistré un plaidoyer de non-culpabilité. « À l’époque, je me suis présenté comme conseiller indépendant et j’ai omis d’inscrire « autorisé par un agent officiel » sur des publicités. Quelqu’un a gardé le tout pour l’envoyer au DGEQ. Je suis en cour avec ça, mais il y a des dommages collatéraux. On est en train de me salir. » M. De Beaumont avoue que la politique, ce n’est pas comme il le pensait. Son équipe s’est aussi fait voler des pancartes. « Mais ce qui m’est arrivé a motivé l’équipe, on a surmonté le tout ensemble. »

Tant pour François Quenneville, Michelle Joly que Sylvain De Beaumont, il est évident que les gestes posés l’ont été par des gens qui gravitent autour des équipes qui se présentaient aux élections municipales.

François Quenneville

©Photo gracieuseté - L'Action

Le maire sortant de Chertsey, François Quenneville, fut victime d’un incident à son domicile alors qu’un projectile a été lancé à travers la fenêtre de sa salle à manger.

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