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22 mars 2021

Lettre ouverte à Madame Caroline Barbir

Opinion

Lettre ouverte à Madame Caroline Barbir

PDG par intérim du CISSS de Lanaudière

Objet: congédiement de deux infirmières du CLSC de Joliette

Madame la Présidente Directrice Générale,

J'ai appris par les média le congédiement de deux infirmières du CLSC de Joliette pour cause de "comportement raciste". N'ayant qu'une seule version des faits, il ne m'appartient pas de juger si ces deux infirmières ont effectivement fait preuve de racisme envers la personne qui les a dénoncées sur les réseaux sociaux. Je m'interroge cependant sur la manière dont vous avez immédiatement réagi face à l'évènement, sachant que vous vous êtes dépêchée de condamner leur comportement, sans attendre le dépôt d'une plainte en bonne et due forme, et sans qu'un comité impartial ait eu le temps d'examiner objectivement les faits qui leur sont reprochés.

En ce qui a trait à la "plainte," je déplore le recours par la plaignante aux réseaux sociaux et le fait d'ignorer les canaux officiels prévus à cette fin. Pourtant elle était assurée d'un accompagnement adéquat si elle voulait déposer une plainte, ainsi que de l'indispensable confidentialité entourant une telle démarche.

Je déplore également la médiatisation de cet évènement et tout l'émoi qu'il a suscité. J'estime inconvenant sa politisation par les députés de l'Assemblée Nationale, et le fait que des législateurs, pourtant bien au courant de la règle de droit, aient choisi de sauter aux conclusions sans attendre le verdict du comité de plainte.

Je m'interroge aussi sur la réaction du ministre de la santé M. Christian Dubé, qui, dans un contexte chargé d'émotions, a dit s'attendre à ce que le CISSS de Lanaudière "pose des gestes" dans les prochaines heures. Le congédiement subséquent des deux infirmières m'amène à croire qu'il a été promptement obéi.

Dans le brouhaha qui a accompagné cette affaire, tous les intervenants, vous-même, les médias, les députés de l'Assemblée Nationale, et le ministre de la santé, semblaient avoir oublié le principe de présomption d'innocence, qui s'applique dans toutes les situations où une personne est accusée d'un méfait ou d'une faute professionnelle. Si J'en crois les média, le verdict de congédiement est tombé sans qu'aucune plainte officielle n'ait été portée contre ces deux infirmières. Je n'ai lu nulle part qu'un comité de discipline ait été nommé, qui aurait offert à la plaignante l'opportunité d'exprimer son insatisfaction, et à celles contre qui la plainte est déposée, le temps et les moyens d'organiser leur défense.

Dans le champ disciplinaire le congédiement équivaut à la "peine capitale". Une telle sentence ne doit en aucun cas être prononcée ni appliquée à la hâte, qui plus est aucune urgence ne la rendait nécessaire. Le principe de tolérance zéro, même s'il est justifié, ne constitue pas une porte ouverte à l'arbitraire. Il ne vous exempte pas de l'obligation d'assurer un processus disciplinaire neutre, équitable et objectif. Il faut rendre justice, mais il faut qu'il y ait également apparence de justice.

Je m'interroge sur l'effet des mesures répressives et/ou punitives sur le moral des professionnelles de la santé, lesquelles se dévouent nuit et jour, et dans des conditions très difficiles, aux soins des malades. Par ailleurs réprimer et punir ne sont pas de nature à créer un climat d'harmonie entre les bénéficiaires autochtones et les soignants, c'est plutôt la méfiance et peut-être même la colère qui en découleront, et ce au détriment de tous.

J'ai pratiqué au CHRDL durant quarante ans et je peux témoigner que je n'ai jamais été témoin de propos ou d'actes racistes à l'égard des autochtones. Cependant j'ai pris acte de l'existence de différences culturelles qui rendent difficile la communication entre les bénéficiaires autochtones et les personnes qui les soignent. Elles peuvent être source d'incompréhension ou de préjugés de part et d'autre, mais certainement pas de racisme.

Dans les circonstances il m'apparait nécessaire de vous rappeler la définition du racisme: Il s'agit d'une croyance en la supériorité d'une race par rapport aux autres et à son droit de les dominer. Il s'agit aussi de l'ensemble des réactions qui, consciemment ou non, s'accordent avec cette croyance. Je profite aussi de l'occasion de vous rappeler ce mot d'Albert Camus: "mal nommer les choses c'est ajouter au malheur de ce monde."

Il existe donc un réel danger à attribuer au racisme, tout propos ou geste inapproprié, du seul fait que celui qui le tient ou le pose, appartient à un groupe culturel différent de celui qui le subit. Dans une telle situation il faut faire usage de prudence et se donner le temps d'examiner objectivement les faits avant de porter un jugement.

Il est important de donner suite avec diligence à toutes les plaintes déposées en bonne et due forme, mais il est tout aussi important de respecter les règles de procédure qui protègent le droit des accusés à exposer leur version des faits et à se défendre. Comme il est aussi important de ne pas entacher la réputation des gens et leur causer un préjudice irréparable.

En tant que société évoluée nous nous félicitons de privilégier la justice réformatrice de préférence à la justice punitive. Je trouve donc étrange que des infirmières accusées de gestes ou de propos inappropriés à l'égard d'une patiente, se trouvent ainsi privées de la possibilité de se réformer. Comment se fait-il qu'on refuse aux honnêtes gens qui ont commis une faute, l'indulgence qu'on accorde volontiers aux criminels?

Plutôt que de punir sévèrement et priver le CLSC de Joliette des services de ces deux infirmières, il aurait été plus profitable de s'engager dans un processus de réconciliation. Si on leur avait imposé une rencontre avec la personne lésée, on aurait offert aux deux parties l'occasion d'établir un dialogue susceptible d'amener une meilleure compréhension mutuelle, et même une démarche de pardon. Les infirmières ainsi confrontées feraient nécessairement un examen de leurs comportements, lequel pourrait rejaillir sur les collègues et ainsi créer lentement une nouvelle culture axée sur le respect. À l'opposé le congédiement ne fera qu'exaspérer les tensions, et pourrait même mener au désespoir.

Je vous prie d'agréer mes salutations distinguées,

Soheil Eid MD

Commentaires

23 mars 2021

Andre Carpentier

Tout a fait d'accord avec Dr Eid

23 mars 2021

Jean louis. Pelland

Exactement ce que je pense .si ça continu ,je suggère aux Personel soignants de prendre les moyen technique qui existe et enregistrer les rencontres avec ces individu . Moi en 32 ans de travail à l’hôpital je n’ai jamais vu ou entendu parler de problème avec les autochtones.et ont en soigne des autochtones dans cet hôpital.

25 mars 2021

Clément Payette M.D

Je suis tout à fait du même avis que le Dr S. Eid. J'ai également pratiqué la médecine durant plus de 40 ans. Les références culturelles sont différentes d'une nation à une autre . De plus ces différences évoluent au fil des ans. Le Québec est actuellement en processus de changement accéléré. Certes nous devons tous nous adapter à de nouvelles réalités mais les principes de justice , d'équité doivent demeurer les mêmes. Dans le cas de ces deux infirmières je ne sais pas s'il y a eu faute ou non. La peine imposée est hors de proportion avec l'offense présumée.

26 mars 2021

Jocelyn Thériault

Le propos du Dr Eid sont empreints de sagesse, d’esprit de justice et d’une grande humanité. Je salue son engagement citoyen et me rallie à sa position.

26 mars 2021

Luc Forest

Je souscrit entièrement avec les propos du Dr Eid. Sans condamner une partie ou l'autre ,je crois que le processus d'examen des plaintes n'a pas été respecté et qu'on a agi ici de manière impériale sans tenir compte des règles habituelles d'examen des plainte ayant comme conséquences une peine capitale vraiment anticipée car la preuve de propos racistes ne m'apparait avoir été faite hors de tout doute acceptable bien au contraire .

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