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05 septembre 2017

Élise Brouillette - ebrouillette@lexismedia.ca

Dans les coulisses de l'autoédition

©(Photo TC Media - Mélissa Blouin)

DOSSIER. De plus en plus de gens souhaitent tenter l'expérience de l'écriture. Peu importe le genre, l'autoédition devient, le numérique aidant, une réelle option pour diffuser son œuvre. Mais qu'en est-il de cette avenue? Quels sont les avantages et les limites de cette manière de procéder?

Au Québec, en 2015, 6557 livres et 2107 brochures ont été édités et déposés auprès de Bibliothèque et archives nationales du Québec [le dépôt légal ne concerne pas les publications numériques]. En 2015, de ces titres, 9 % ont été édités par des individus, comparativement à 7 % l’année précédente et 69 % par des éditeurs commerciaux contre 72 % en 2014.

Les auteurs lanaudois Claude R. Blouin, Micheline Dalpé et Évelyne Contant ont tous vécu des expériences d'autoédition.

Selon Claude R. Blouin, enseignant à la retraite, l'autoédition peut s'harmoniser avec certains genres littéraires tels que les autobiographies, les ouvrages de croissance personnelle et les témoignages. Mais il croit aussi que les auteurs doivent être plus patients lorsqu'il s'agit d'un roman, d'un essai ou d'un recueil de poésie. « Les gens manquent de patience. Pour être édité, il faut souvent faire appel à au moins trois éditeurs et attendre de trois à six mois. »

©(Photo TC Media - archives)

Claude R. Blouin.

C'est pourquoi il invite les auteurs à soumettre leurs manuscrits à plusieurs éditeurs en même temps, afin de réduire les délais. Il leur suggère aussi d'aller lire des livres du même genre que le leur et édités par les éditeurs qu'ils convoitent afin de voir si leur manuscrit s'inscrit dans la même lignée.

Un processus d'édition peut, explique-t-il, prendre de six mois à deux ans et demi au total.

Micheline Dalpé, auteure reconnue dans la région, notamment pour ses romans La fille du sacristain, La mendiante et Les sœurs Beaudry, est un parfait exemple de patience. En effet, elle a personnellement édité ses neuf premiers romans à compte d'auteure parce que ses demandes auprès d'une douzaine d'éditeurs étaient refusées. « Il ne faut pas se décourager. Il y a de belles histoires qui se perdent. J'ai travaillé comme une folle pour que ça marche. Il faut avoir ça dans le sang et faire des sacrifices. »

©(Photo TC Media - archives)

Micheline Dalpé.

Les 22 premières années, en compagnie de son conjoint Irénée Brien, elle s'est promenée d'une séance de signatures à une autre, vendant ses livres et effectuant même des livraisons à domicile.

C'est dans une séance de signatures à Boucherville, après une tentative qui avait échoué auprès d'une autre maison d'édition, qu'elle a rencontré son éditeur actuel. En 2012, ce dernier lui propose de rééditer tous ses livres et lui demande d'en choisir quatre qui seront imprimés à 5000 copies chacun. « Je me suis dit, ça y est, c'est parti! » Son éditeur a même fait entrer ses romans chez Costco en 15 jours. « Ils ont vendu 400 000 exemplaires en deux ans », ajoute-t-elle.

Pas seul

« L'avantage de faire affaire avec un éditeur, c'est que c'est lui qui assume tous les frais et ça garantit au lecteur qu'il y a au moins une autre personne qui trouvait que le livre devait exister », commente Claude R. Blouin.

Il ajoute que les réponses des éditeurs peuvent aussi être une manière d'aller plus loin, d'obtenir des précisions et d'en apprendre plus sur son texte.

Pour l'écrivain, un éditeur, c'est très précieux. « C'est quelqu'un qui a misé sur vous! Quand on en a un, on essaie de lui rester fidèle le plus longtemps possible. »

Micheline Dalpé soutient également que l'un des désavantages de l'autoédition est que l'auteur paye tout. « La vente d'un roman permet d'en financer un autre et ainsi la roue tourne. »

Il faut de plus assumer sa propre distribution à moins de s'associer avec un distributeur et surtout prendre en charge sa propre publicité.  « Pour La mendiante, on avait fait faire 60 000 napperons publicitaires! Mes éditeurs mettent des publicités sur des abris d'autobus! Je n'aurais pas les moyens de faire ça! »

Auteure et femme d'affaires

Pour l'auteure lanaudoise Évelyne Contant, femme d'affaires dans la vie, qui est habituée de gérer ses choses seule, c'était évident qu'elle allait prendre en charge ses parutions de A à Z.

Toutefois,  grande consommatrice de livres numériques et audio, elle décide de se lancer dans l'édition numérique. « Je trouve aussi que les livres imprimés, c'est beaucoup d'arbres gaspillés! Tout s'en va vers le numérique. J'ai donc décidé de sauter à pieds joints là-dedans.»

Avant de se lancer dans l'aventure, tout comme Micheline Dalpé qui a lu des guides pour s'autoéditer, Évelyne Contant a suivi de nombreuses formations sur le sujet et a consulté un « coach » en édition.

Selon elle, s'autoéditer, c'est non seulement devenir auteur, mais entrepreneur. « Je ne pensais pas au départ mettre autant d'heures en publicité. »

Évelyne Contant est très active sur les réseaux sociaux. Elle propose des concours, parle avec les lecteurs, leur dévoile des primeurs.

Ce qui est le plus « payant » côté visibilité est toutefois Instagram et les blogueurs, précise-t-elle.

« Facebook aide à conserver les lecteurs que j'ai déjà, mais les blogueurs aident à en avoir de nouveaux. Instagram, c'est une mine d'or pour les auteurs qui s'autoéditent si leur livre est de qualité.  »

Le défi de la correction

Les trois auteurs rencontrés s'entendent pour dire que la correction est un des grands défis de l'autoédition.

« Les maisons d'édition ont des traducteurs, des correcteurs. Ils font une révision en deux temps, littéraire et grammaticale. Quand on s'autoédite, le problème est qu'il faut corriger les épreuves et ça prend quelqu'un de l'extérieur pour avoir un œil neutre », explique Claude R. Blouin.

« On peut le faire lire par des gens [de notre entourage], mais souvent ils nous connaissent et c'est délicat. Ce n'est pas une vraie relecture comme fait un directeur littéraire. Un éditeur, c'est aussi quelqu'un qui risque son nom avec vous, c'est une manière de montrer que vous n'êtes pas seul », enchaîne-t-il.

Pour Évelyne Contant, proposer des œuvres de qualité même si elle s'autoédite est une priorité. C'est pourquoi elle s'est entourée de spécialistes tels que graphiste, correctrice et traductrice. « Je les engage comme si j'étais moi-même une maison d'édition. Je fais aussi affaire avec un comité de lecture de dix filles disparates, qui aiment toutes des genres différents. Il faut s'oublier rendu là et je voulais vraiment avoir un comité de dix lecteurs et livrer un bon premier livre. Tu n'as qu'une chance de faire bonne impression. »

©(Photo gracieuseté)

Évelyne Contant.

Ouvrir la porte des librairies

La visibilité en librairie est l'une des choses qui peut être plus difficile quand on s'édite soi-même. « Les gens ne bouquinent plus. Un exemplaire sur un rayon sera vu par un nombre limité d'acheteurs », affirme Claude R. Blouin.

Évelyne Contant ajoute qu'entrer est librairie est encore plus difficile lorsqu'on tend vers le numérique.

 « Au Québec, on est encore beaucoup papier. » Elle remarque que le marché pour ce genre de publication est très différent au Canada et en Europe par exemple. « Au Canada, je peux vendre 15 livres par mois. En Europe, c'est le même nombre, mais par jour! »

Évelyne Contant est d'ailleurs à la recherche d'un éditeur qui accepterait de prendre en charge ses romans papiers, mais qu'elle conserve le volet numérique. « Ce serait le meilleur compromis. Je suis en attente de réponses. »

Claude R. Blouin

Personnellement, Claude R. Blouin a vécu les deux côtés de la médaille. Il est lié à une maison d'édition, mais il lui est arrivé de s'autoéditer, notamment pour Un brin d'herbe. Le livre avait été refusé par les éditeurs, mais l'écrivain « voulait qu'il existe ». Comment reconnaître un ouvrage de qualité considérant le nombre important de propositions? « On feuillette le livre, quelques pages au début, au milieu et à la fin, et ça se sent tout de suite. Surtout si on a lu beaucoup de livres du genre. » Claude R. Blouin ne lit pas de manuscrit, mais il se fait un plaisir de donner des conseils aux futurs auteurs. On peut le rencontrer au Van Houtte du centre-ville de Joliette.

Micheline Dalpé

Au départ, Micheline Dalpé a un lu un guide sur comment s'éditer soi-même. «Je trouvais ça compliqué! Mais j'ai suivi les étapes au fur et à mesure. » Elle s'est autoéditée pendant plus de 20 ans avant de rencontrer son éditeur actuel. Ses prochains projets sont de faire traduire ses romans. Il y a aussi de ses œuvres qu'elle aimerait bien scénariser pour la télévision, comme La mendiante. Déjà, des réalisateurs ont été approchés. Son nouveau roman La petite maison du sixième rang sortira cet automne chez Les Éditions Goélette.

Évelyne Contant

Les deux premiers romans d'Évelyne Contant sont L'Enchantement – La pierre de lune et L'Enchantement – Atlantide. Évelyne Contant publiera son troisième roman de romance fantastique, L'Enchantement – La table d'émeraude, prochainement via la plateforme Kindle Edition d'Amazon. Il est possible de lire le livre en version numérique ou d'en commander une version imprimée.

©(Photo TC Media - L'Action)

L'autoédition semble de plus en plus populaire selon les dépôts légaux auprès de Bibliothèque et archives nationales du Québec.

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