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16 avril 2018

Geneviève Geoffroy - ggeoffroy@lexismedia.ca

Des personnes handicapées pourraient ne plus avoir accès à une piscine adaptée

©Photo - gracieuseté

JOLIETTE. Des centaines de baigneurs, dont des personnes handicapées, pourraient ne plus avoir accès dès juillet à une piscine adaptée intérieure appartenant au CISSS de Lanaudière parce qu'il a mis fin au bail du locateur. L'annonce a créé une commotion chez certains baigneurs et organismes utilisant la piscine et une pétition a été lancée pour que le centre de santé revienne sur sa décision.

« Le problème, c'est que nous n'avons pas d'autres alternatives […] Il ne faut pas qu'elle ferme. Elle est vieillotte, mais elle est fonctionnelle », affirme Marcel Marcoux, dont l'entreprise Natation en forme offre des cours depuis 1989 à cette piscine de l'ancien orphelinat Saint-Joseph, située sur la rue Lavaltrie Sud.

Pas renouvelé

Actuellement, quelque 1600 baigneurs faisant affaire avec Natation en forme utilisent la piscine. Quatre organismes transigent aussi avec Natation en forme pour y accéder, dont l'Association des personnes handicapées physiques et sensorielles de Joliette, la Société de l'autisme de Lanaudière, ainsi que deux organismes venant en aide aux diabétiques et aux personnes atteintes de fibromyalgie.

Or, ceux-ci pourraient ne plus avoir accès à la piscine adaptée dans quelques semaines.

Le 26 mars dernier, Marcel Marcoux apprenait que son bail ne serait pas renouvelé le 1er juillet. Dans une lettre, dont le Journal L'Action a obtenu copie, le CISSS de Lanaudière invoque que « les locaux actuellement occupés par la piscine et ses vestiaires seront réaménagés dans le cadre [d'une] réorganisation » des services. Onze personnes perdront leur emploi lorsque le bail viendra à échéance.

La seule

Chez les clients de Natation en forme et chez les organismes, c'est la consternation. Ils craignent que la piscine ferme, et ce, définitivement.

« C'est la seule piscine dans la MRC de Joliette qui est adaptée, aménagée et accessible pour notre clientèle », explique Sabine Roblain, directrice générale de l'Association des personnes handicapées physiques et sensorielles de Joliette qui y offre des cours deux fois par semaine depuis 30 ans.

Plusieurs équipements adaptés

La piscine de la rue Lavaltrie est équipée d'un ascenseur, d'un lève-personne, de marches et de rampes d'accès à la piscine et de toilettes adaptées et des vestiaires permettant d'accueillir plusieurs fauteuils roulants, explique-t-elle.

« Le fait que ce ne soit pas trop profond [NDLR Environ 5 pieds au centre], c'est sécuritaire pour les participants », ajoute de son côté  Marie-Ève Desmarais, coordonnatrice de la Société de l'autisme de Lanaudière.

La piscine est aussi maintenue à une température élevée, ce qui réduit les risques de spasmes, un problème courant vécu par les personnes handicapées physiques.

Pour Sabine Roblain, ne plus avoir accès à ce plateau aquatique aurait un impact important sur l'état de santé des bénéficiaires de son organisme. Elle qualifie cette installation d'« essentielle ».

« Souvent, ils n'ont pas d'autres activités que celle-là », dit-elle.

Clients déçus

:Des clients ayant appris la nouvelle au début de leur derniers cours d'aquaforme sont aussi désappointés.

« Je suis très déçu parce que [l'aquaforme] est le seul exercice que je peux faire », dénonce Michel Laurin, 63 ans, de Joliette.

Souffrant d'arthrose sévère dans les deux genoux, il apprécie grandement les marches accompagnées d'une rampe pour entrer dans l'eau de la piscine.

C'est aussi le cas de Lise Rivest, 58 ans, vivant avec une hanche artificielle.

« Les lieux sont accessibles pour moi. C'est une façon de me prendre en main. »

Ginette Laurin affirme de son côté être « très en colère » que les cours qu'elle prend depuis 20 ans ne soient pas renouvelés.

« Je souffre d'arthrite rhumatoïde et j'ai la conviction profonde que c'est grâce à cette activité que j'ai pu fêter mes 60 ans en meilleure santé. Plusieurs membres de ma famille participent aux cours d'aquaforme, dont ma sœur qui est à mobilité réduite et qui peut participer grâce à l'accessibilité au bâtiment et à l'ascenseur qu'elle peut utiliser », a-t-elle décrit dans une lettre qu'elle a acheminée, le 8 avril, à la députée de Joliette, Véronique Hivon et au maire de Joliette, Alain Beaudry, dans l'espoir d'obtenir leur appui pour que la piscine demeure accessible.

Mobilisation

Sabine Roblain, ainsi que Nathalie Marcotte, coordonnatrice de la Table de concertation régionale des associations de personnes handicapées de Lanaudière ont chacune acheminé, les 9 et 10 avril, une lettre au CISSS de Lanaudière militant pour que l'accès au plateau aquatique demeure.

Nathalie Marcotte affirme dans sa lettre mal comprendre la décision du CISSS de Lanaudière dans la foulée de l'adoption par le centre de santé d'un Plan d'action pour l'intégration des personnes handicapées pour les années 2017 à 2019.

« C'est une question de cohérence qu'il s'agit ici », y souligne-t-elle.

Natation en forme a de son côté lancé une pétition, « Sauvons ma piscine », sur Internet qui avait recueilli plus de 280 signatures au moment d'écrire ces lignes.

Désuète

En entrevue avec le Journal L'Action, le président-directeur adjoint du CISSS de Lanaudière, Christian Gagné, affirme que la piscine, vieille de 70 ans, est désuète et qu'il s'agit de la raison pour laquelle le centre de santé a mis fin au bail de Natation en forme.

«La piscine fuit actuellement. C'est une question de sécurité. Nous n'avons pas pris cette décision à la légère », argue-t-il.

Fonds destinés à la santé

La piscine adaptée a besoin d'être rénovée à court terme, selon lui, mais le CISSS de Lanaudière doit d'abord « valider si ça peut se faire ou non ». Il ajoute que le réseau de la santé investit en santé actuellement et non pas dans des installations aquatiques.

« La facture est de 1,2 M$. Les fonds en santé sont pour offrir des services en santé, pas pour reconstruire une piscine », dit-il.

Aussi, souligne-t-il, la clientèle desservie par Natation en forme n'est pas la clientèle du CISSS de Lanaudière, mais celle d'une entreprise privée gérant l'installation.

« De plus, ce n'est pas un lieu public, ajoute-t-il. C'est un lieu pour un centre jeunesse. On doit revoir l'accès en ce sens-là. »

En analyse

Dans une lettre acheminée le 11 avril à Natation en forme et aux personnes lui ayant signifié leur désaccord par missive, Christian Gagné indique cependant qu'il n'est « nullement question de laisser de côté une clientèle ou une autre ».

« Ce n'est pas notre rôle d'opérer une piscine communautaire, [mais] nous sommes conscients que la piscine est adaptée et on ne compte pas laisser les gens pour compte non plus », précise Christian Gagné en entrevue.

Une analyse des clientèles du CISSS de Lanaudière et de leurs besoins cliniques est en cours.

« Nous pourrons ensuite déterminer quelle sera la meilleure offre de service pouvant leur être destinée – et on parle aussi des jeunes en difficulté à qui cette piscine était initialement destinée, ainsi que des aînés », mentionne-t-il dans sa lettre.

Au terme de l'analyse, « si la piscine demeure pertinente » pour la clientèle desservie par le CISSS de Lanaudière, il prendra les mesures nécessaires pour « la rendre disponible à cette fin ou d'organiser des services similaires ».

Une rencontre doit avoir lieu entre Natation en forme et le centre de santé le 19 avril afin de discuter de la situation.

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