Les organismes se mettent en action pour conserver les cours d’eau

  • Publié le 13 avr. 2026 (Mis à jour le 13 avr. 2026)
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(Photo gracieuseté – OBV L’Assomption)
(Photo gracieuseté – OBV L’Assomption)

Lanaudière n’a rien à envier aux autres régions en matière de sources d’eau. Ses quelque 10 000 rivières et lacs contribuent à façonner des écosystèmes uniques ainsi que des milieux de loisirs exceptionnels pour ses habitants. Cependant, de nombreux enjeux minent la qualité des cours d’eau lanaudois. Des problématiques contre lesquelles luttent l’Organisme de bassins versants (OBV) L’Assomption et le Conseil des bassins versants des Mille-Îles (COBAMIL) au quotidien.

Les deux organisations se partagent des territoires spécifiques de Lanaudière. La première s’affaire à la protection et à la conservation de plus de 4 000 km², constitués des bassins versants de la rivière L’Assomption et de la rivière Saint-Jean. S’ajoutent à cette zone des petits cours d’eau agricoles à Repentigny, à Saint-Sulpice et à Lavaltrie. Quant au COBAMIL, sa zone de gestion totalise 1 100 km² et est séparée en six bassins principaux, soit du ruisseau Rousse, ainsi que des rivières du Chêne, du Chicot, Cachée, aux Chiens et Mascouche. Ces associations ont pour mandat de veiller à la santé de leur territoire et mettent en place diverses actions pour y parvenir, notamment en effectuant des suivis de la qualité de l’eau, en nettoyant les berges et les rivières, mais aussi en faisant de la sensibilisation auprès des citoyens, des entreprises agricoles et des municipalités.

(Photo gracieuseté – OBV L’Assomption)

Bien que leurs sites de travail soient relativement éloignés, les organismes notent des enjeux majeurs qui impactent leurs milieux humides et hydriques (MHH). Avec la rédaction, chacun de leurs côtés, d’un Plan directeur de l’eau, ils exposent les dangers qui guettent leur territoire, en plus des actions qu’ils prévoient implanter pour en freiner les effets. Camille Toupin, chargée de la mobilisation pour l’OBV L’Assomption, précise que la liste présentée par ce plan n’est pas exhaustive et qu’il existe d’autres problématiques : « C’est ce qui a été choisi en fonction du portrait du territoire et de la capacité d’actions des différents acteurs. »

Voici donc trois exemples d’enjeux qui affectent les divers milieux dans Lanaudière.

Une dégradation qui mène à l’inondation

Alors qu’ils contribuent à la qualité des sources d’eau potable grâce à leur pouvoir de filtres naturels, les milieux humides et hydriques perdent du terrain. En raison, notamment, de l’étalement urbain ou d’activités agricoles, la superficie de ces habitats a fortement diminué. Ce phénomène est grandement observé du côté du COBAMIL, le territoire qu’il dessert n’étant désormais couvert qu’à 6 % de MHH. « Il est recommandé d’avoir au moins 10 % de milieux humides pour que ces écosystèmes puissent jouer leur rôle », relate Amadou Ly, chargé de projets en environnement pour l’organisation. Il rappelle que ces habitats ont des fonctions essentielles. « Nous oublions qu’ils sont un peu comme nos partenaires. Ils préviennent les inondations et la végétation des bandes riveraines empêche les polluants d’arriver aux rivières », indique-t-il.

Les inondations sont d’ailleurs perçues comme un problème majeur par les organismes alors que les changements climatiques perturbent les niveaux de l’eau, et ce, de façon exponentielle. Marie-Pier Dubois-Gagnon, qui fait partie de l’équipe de l’OBV L’Assomption, se souvient des ravages qu’avait faits la tempête Debby en 2024 : « C’était la première fois que nous étions déployés au mois d’août pour des inondations, mais c’est quelque chose qui risque d’être de plus en plus récurrent. » Les phénomènes météorologiques gagnent en intensité, ce qui porte à croire, selon les associations, que la conservation des MHH est d’autant plus importante puisqu’ils occupent le rôle de zones tampons.

Un approvisionnement difficile

La région connait un essor de la population depuis quelques années en raison de citoyens provenant de Montréal qui viennent s’y installer. Cette croissance peut avoir ses avantages, mais elle crée également une forte demande en eau potable. Des problèmes d’approvisionnement sont observés et impactent tout autant les résidents des différents territoires que le milieu agricole. « Nous pensons que c’est une ressource inépuisable, mais nous nous rendons compte que ce n’est pas le cas », indique Mme Dubois-Gagnon.

De son côté, Amadou Ly affirme que l’important n’est pas seulement d’avoir de l’eau en quantité, mais aussi en qualité. Il mentionne que dans son secteur, la situation n’est pas idéale : « Globalement, la qualité de l’eau pour notre bassin versant n’est pas reluisante. » Comme rapporté dans le Plan directeur de l’eau du COBAMIL, la pollution provient entre autres des installations septiques, des rejets agricoles et du ruissellement urbain. Toutefois, M. Ly soutient que les fortes pluies ont également leur part de responsabilité. Alors que les réseaux d’aqueduc peinent à contenir ces surplus, ils sont, à certains moments, dans l’obligation de déverser les eaux usées dans des cours d’eau. Avec les changements climatiques qui exacerbent ces épisodes d’averses, les organismes craignent que le nombre de déversements augmente, altérant davantage la ressource.

Des envahisseurs nuisibles

Les Lanaudois aiment découvrir la nature qui les entoure et s’adonner à des activités en plein air. Explorer les différents lacs à bord d’embarcations, qu’elles soient motorisées ou non, fait maintenant partie de leur quotidien. La popularité de ces passe-temps contribue néanmoins à la propagation de contaminants et au développement d’êtres indésirables et néfastes pour les habitats. Au sein des lacs de son territoire, l’OBV L’Assomption remarque de nombreux cas d’eutrophisation, un phénomène qui se produit lorsque la concentration en nutriments et la quantité de sédiments augmentent, favorisant la croissance d’algues et de plantes aquatiques.

L’infestation de châtaigne dans la baie de Carillon a obligé le COBAMIL à intervenir pour la survie du milieu. (Photo gracieuseté – COBAMIL 2025)

Le COBAMIL fait face à des espèces exotiques envahissantes tout aussi destructrices. « Quand elles sont présentes dans un lac ou un cours d’eau, elles changent l’écosystème. Elles entrent en compétition avec les espèces qui s’y trouvent déjà », explique Amadou Ly. Depuis quelques années, l’organisation affronte un ennemi de taille, soit la châtaigne, qui a envahi la baie de Carillon. Des équipes, accompagnées de citoyens volontaires, sont déployées dans le but d’éradiquer cette plante qui ravage l’habitat et menace les autres espèces.

 

Mobilisation accrue

Bien qu’ils aient une forte expertise dans la protection des milieux hydriques, les organismes lanaudois ne peuvent faire tout le travail seuls. Ainsi, ils mettent beaucoup d’efforts à sensibiliser les citoyens, les municipalités et les entreprises dans l’espoir que tous mettent la main à la pâte. Que ce soit, notamment, en présentant des conférences sur l’importance de nettoyer les embarcations aquatiques ou en proposant des produits agricoles écologiques, les associations font ce qu’elles peuvent pour modifier les habitudes des Lanaudois au bénéfice des écosystèmes.

Elles remarquent d’ailleurs une belle collaboration de la part de ces acteurs. L’OBV L’Assomption relève que les résidents riverains participent plus fréquemment à des activités d’entretien et que les MRC modifient leur schéma d’aménagement ainsi que leur plan de développement de la zone agricole en conséquence. « Personne n’est contre le fait de protéger l’eau. Tout le monde est conscient que nous en avons besoin, autant pour notre santé que pour nos loisirs. Notre territoire est composé d’eau, c’est dans notre culture, alors les gens sont mobilisés et cela leur tient à cœur », termine Camille Toupin.

 

Pour vérifier la qualité de l’eau des rivières

Les citoyens ont accès, via le site Internet du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, à l’Atlas de l’eau. Cette application cartographique interactive permet de consulter de façon simultanée les différentes connaissances sur l’eau.

Voici la qualité de l’eau de certaines rivières de la région:

  • Rivière de l’Achigan, station secteur de l’Épiphanie : mauvaise
  • Rivière Noire, station secteur de Sainte-Émélie-de-l’Énergie : bonne
  • Rivière Bayonne, station secteur Saint-Félix-de-Valois : douteuse
  • Rivière La Chaloupe, station secteur Sainte-Geneviève-de-Berthier : très mauvaise
  • Rivière Ouareau, station secteur Saint-Paul : satisfaisante
  • Rivière L’Assomption, station secteur de Joliette : bonne

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