Une piste subsiste pour retrouver Lauréanna

(Photo gracieuseté)
(Photo gracieuseté)

La famille Echaquan nourrissait un grand espoir de retrouver la petite Lauréanna, décédée d’une maladie en 1973. Âgée de seulement deux mois, le bébé a été enterré dans le terrain adjacent au cimetière de Joliette, par le personnel des lieux de l’époque. Malgré la fouille de quatre zones sur le site, la tombe n’a pas été découverte. Durant des décennies de recherches, ses proches ont tenté d’identifier l’emplacement de sa sépulture, mais même si les indices semblent se raréfier, un dernier témoin pourrait apporter un second souffle à l’enquête.

Comme le constate l’avocate Me Olivia Malenfant, l’entourage est sous le choc de voir la piste qu’il suivait tomber dans une impasse. D’autres démarches seront-elles effectuées? Il est trop tôt pour le dire. « La famille est en train de digérer cette information, mais nous explorons les options pour la suite », indique Me Malenfant.

Il faut dire que les efforts ont été nombreux. En plus de tous les documents et dossiers étudiés pour comprendre l’affaire, une firme d’archéologie a été engagée afin de faire une cartographie du terrain visé pour les fouilles. De cette façon, comme l’explique l’avocate de la famille, les chercheurs ont pu voir comment les limites du cimetière avaient évolué au fil des années. Au moyen de différentes techniques et avec l’aide de chiens spécialisés dans la détection d’ossements humains historiques, quatre secteurs ont pu être notés pour procéder aux travaux d’exhumation.

Anne Panasuk, consultante pour l’organisation Awacak, qui vient en aide aux familles d’enfants autochtones disparus ou décédés à la suite d’une admission dans un établissement de santé ou de services sociaux au Québec, a été témoin des démarches déployées dans cette affaire. Elle souligne qu’il existe une dernière personne, un employé du cimetière présent en 1973 qui pourrait être en mesure de dire où le corps a été enterré, alors qu’il aurait lui-même creusé le trou. « Nous n’avons rien à lui reprocher, c’est seulement pour lui parler et faire appel à sa mémoire », assure Mme Panasuk.

La famille de Lauréanna lance donc un cri du cœur à la population pour l’aider à retracer cet employé ou à recueillir toute information relative à l’inhumation de la petite. Pour ce faire, il est possible de contacter Florence Dupré, de la Direction de soutien aux familles, au 581 993-1548. 

Un dernier adieu mouvementé

Les proches de la petite, qui avait deux mois à l’époque, ont amorcé leurs recherches il y a des décennies. Après avoir été affectée par une pneumonie en 1973, Lauréanna a dû être transférée de Manawan à Joliette pour y être soignée. Quant à ses parents, ils n’ont pas eu la permission d’accompagner leur bébé, une méthode assez commune selon Anne Panasuk : « Les parents perdaient la trace de leur enfant parce que ce n’est pas tout le monde qui avait le téléphone. »

Un mois a passé avant que la famille Echaquan ne reçoive la terrible nouvelle que leur enfant avait succombé à sa maladie. Me Olivia Malenfant explique qu’un seul parent avait été autorisé à être transporté par avion à Joliette. « Le père a décidé qu’il laisserait sa femme y aller, mais le personnel médical a refusé », mentionne l’avocate. Ainsi, le père de Lauréanna a pu se déplacer par les airs alors que la mère a dû faire plusieurs heures de voiture afin de se rendre à Joliette et offrir un dernier adieu à sa fille.

Les parents n’étaient cependant pas rendus au bout de leurs peines puisqu’en voyant le corps du bébé, ils ont douté qu’il s’agissait réellement de leur fille. Lauréanna avait deux mois alors que l’enfant qu’on leur avait présenté comme étant leur petite semblait plus âgé. Des soupçons que le personnel a niés. La famille souhaitait aussi que le bébé soit rapatrié à Manawan, une demande qui leur a également été refusée. Il a donc été convenu d’enterrer Lauréanna dans le cimetière de Joliette. Toutefois, la sépulture a été creusée dans le champ avoisinant, sous l’explication que la petite n’était pas baptisée. « Ce n’était pas vrai puisque nous avons son acte de baptême », nuance Me Malenfant. Les parents ont finalement réclamé qu’une croix ou une plaque commémorative soit installée pour identifier l’emplacement du corps, mais rien n’a été fait.

La loi qui a tout changé

Tous ces événements ont profondément marqué la famille. Dès la fin des années 70, celle-ci a tenté de trouver des informations pour identifier le lieu de la tombe de Lauréanna. Mais l’adoption de la Loi 79, en 2021, a réellement marqué un tournant dans leurs recherches. Elle permet désormais de déverrouiller les dossiers médicaux et les archives religieuses, des informations auparavant réservées aux personnes concernées ou aux parents d’un enfant mineur. Anne Panasuk, qui a d’ailleurs été la conseillère du ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière, pour l’application de la loi, se rappelle que cette confidentialité entrainait des situations problématiques. « Même lorsque c’étaient des parents qui cherchaient leurs enfants, les hôpitaux demandaient l’avis de décès, mais c’était ce que nous voulions! »

La Loi 79 a donc facilité les recherches des familles autochtones, mais elle autorise en plus les exhumations afin de retrouver les enfants. Avec l’aide de Me Olivia Malenfant, la famille Echaquan a donc pu envoyer une demande d’exhumation, la cinquième permise par la Cour supérieure à l’échelle de la province depuis 2021.

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