Boisé de la Feuillée: L’expertise d’un hydrologue demandée

(Photo Médialo – Jason Joly)
(Photo Médialo – Jason Joly)

Depuis la cessation des coupes d’arbres illégales qui ont ravagé le boisé de la Feuillée, les résidents du quartier ont pu souffler un peu sans toutefois mettre fin à leur vigie. C’est ainsi qu’ils ont remarqué que, de l’été 2025 jusqu’à aujourd’hui, des fossés acheminaient de l’eau en continu et la déversaient dans la rivière. Pour s’assurer que la santé de celle-ci n’en soit pas affectée, les citoyens prient la Ville de Saint-Charles-Borromée d’agir en demandant l’expertise d’un hydrologue.

Pour rappel, Habitations 2G inc., propriétaire du boisé qui se trouve à la frontière entre Saint-Charles-Borromée et Saint-Ambroise-de-Kildare, avait procédé à diverses actions, notamment en coupant des arbres, en aménageant un chemin et en creusant des fossés en bordure de celui-ci. Ces tranchées ont ensuite été reliées à une autre afin de drainer le terrain et d’évacuer l’eau vers la rivière L’Assomption. Selon les observations sur place, ce flot est régulier, et ce, depuis l’été dernier. « Nous avons pourtant eu un été sec, mais malgré cela, ça n’a pas cessé de couler », soutient Suzanne, l’une des résidentes qui a accepté de s’entretenir avec L’Action. Sa voisine, qui préférait taire son identité par crainte de représailles, constate que durant la saison hivernale, l’eau n’a gelé à aucun moment : « Je fais du ski de fond sur la rivière et j’entendais toujours dégouter ».

Les résidents ont constaté que l’eau n’a pas gelé durant l’hiver et a continué de couler. (Photo gracieuseté)

De ce fait, les citoyens soupçonnent que l’eau drainée provienne de la nappe phréatique. Puisque plusieurs d’entre eux ont des puits et dépendent de l’apport de la nappe, cette situation les inquiète particulièrement. France Aubin, qui a une résidence secondaire dans le secteur, remarque déjà une différence. « Le niveau dans le puits est très bas alors que la nappe phréatique à proximité du boisé est traditionnellement très haute. Je ne fais plus de lessive au chalet depuis l’été passé parce que j’ai peur de manquer d’eau potable », a-t-elle confié.

En plus du risque d’occasionner des glissements de terrain, les citoyens craignent que l’eau déversée perturbe la santé de la rivière. Ils ont donc sollicité Saint-Charles-Borromée dans le but que la Ville réclame l’aide d’un hydrologue. « Nous aimerions qu’un expert vienne et nous dise s’il y a un problème ou si nous nous faisons du souci pour rien », a déclaré Suzanne.

À qui la responsabilité?

De son côté, la Ville est dans une posture délicate alors qu’elle est engagée dans des procédures judiciaires concernant le dossier du boisé. Le directeur général Claude Crépeau ne souhaitait pas trop s’avancer dans les détails de cette cause : « Il y a assurément eu une infraction en vertu de notre règlementation municipale. Nous pouvons supposer que le litige n’est pas réglé et que les tribunaux vont trancher ». Il souligne que les délais pour avoir une audition à la Cour municipale peuvent s’échelonner sur des mois.

À cause de cela, les actions de Saint-Charles-Borromée sont limitées, dont celle de déployer un hydrologue sur les lieux. De plus, le directeur général doute de l’efficacité de cette démarche alors que d’autres éléments, comme le gravier des chemins du quartier ou encore l’eau provenant des conduits pluviaux, finissent parfois leur course dans la rivière. « Un expert va sûrement avoir de la misère à savoir d’où provient la source [advenant une contamination] », estime M. Crépeau. Le directeur de l’aménagement du territoire et urbanisme, Jonathan Rondeau, ajoute que la pollution peut être issue de rejets d’autres territoires. « Nous avons expertisé l’ensemble des installations septiques du secteur dans les huit ou dix dernières années et il n’y avait pas de rejets en bordure de rivière, mais ce ne sont pas toutes les municipalités qui font cet exercice. » Selon Claude Crépeau, la décision reviendra au conseil charlois d’attribuer ou non un mandat à un spécialiste. « Il faudra aussi vérifier juridiquement si nous en avons le pouvoir », nuance-t-il.

La Ville propose donc aux résidents de déployer eux-mêmes leurs efforts pour engager un hydrologue. Ceux-ci refusent toutefois de prendre cette responsabilité : « Cela faisait un an et demi que nous leur disions qu’il y avait un problème, mais ce serait à nous de payer parce qu’ils n’ont pas agi à temps? » Considérant que l’analyse hydrologique se ferait sur un terrain privé, les citoyens sont conscients qu’il leur faudrait l’aval d’Habitations 2G inc. et que leur démarche serait alors refusée. « Alors que la Ville peut se présenter en tout temps et sur tous les terrains », soulève France Aubin.

Ses voisines et elle ont réitéré, en terminant, l’importance d’agir dans cette affaire, quitte à requérir le soutien du gouvernement : « Quelqu’un va devoir réveiller l’Environnement avant qu’il y ait de gros dégâts! »

Réponses du Ministère

Contacté par le Journal, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs a confirmé qu’il était au courant des événements qui ont eu lieu dans le boisé et qu’il avait reçu un signalement en août 2025. « À la suite d’échanges avec Saint-Charles-Borromée, il a été déterminé que la situation relevait de la juridiction municipale. La Ville a pris le dossier en charge », relate Frédéric Fournier, conseiller en communications et porte-parole régional pour le Ministère.

M. Fournier atteste que l’eau qui s’écoule dans les fossés provient de la surface et qu’elle n’est pas polluée. « Présentement, aucun indice, constat ou événement ne permet de croire à une possible contamination des eaux. Par ailleurs, advenant qu’une contamination à l’environnement soit constatée, le Ministère assurerait un suivi selon les lois et règlements applicables. »

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