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18 janvier 2022

Élise Brouillette - ebrouillette@lexismedia.ca

« Nous savions que nous étions les derniers »

Souvenirs du cours classique

André Lépine

©Photo gracieuseté - L'Action

Une photo de fin d’année : Méthode ou année 3 du cours secondaire. Le professeur titulaire de la classe d’André Lépine était l’abbé René Fernand.

André Lépine, originaire de Sainte-Marcelline-de-Kildare, a fait partie de la dernière cohorte du cours classique au Québec (1962-1970). Avec son ouvrage Les derniers des vrais lancé récemment, celui qui a complété ses études au Séminaire de Joliette souhaite raconter ce que fut le cours classique et la vie quotidienne des étudiants de l’époque pour éviter que le tout ne sombre dans l’oubli.

« On savait qu’il n’y en aurait plus après nous, mais on ne prenait pas conscience d’à quel point le cours classique nous aurait marqués. »

Dans son livre, l’auteur aborde chaque année des huit ans du cours classique (les éléments latins, la syntaxe latine, la méthode, la versification, les belles-lettres, la rhétorique, philosophie I et philosophie II), en bonifiant le tout de souvenirs de la vie au séminaire ainsi que d’éléments historiques, tant au Québec que dans le monde.

« Je désire ici partager la vie quotidienne des étudiants : leurs aspirations et leurs souffrances, les restrictions imposées, les règlements et les punitions, les échecs, les renvois, les bons et mauvais coups, les drôleries et les bizarreries. »

Concernant le contexte social, André Lépine raconte qu’au cours des huit années du dernier cours classique, il s’est passé tellement de choses que ça donnait l’impression d’avoir traversé deux siècles.

« Je voulais parler de ce qui se passait alors au Québec, au pays et ailleurs. Ce qui se passait dans le monde était intimement lié à notre culture. Au Séminaire, on nous parlait des grands événements internationaux dans nos cours. Ça nous affectait. J’ai l’impression qu’on a commencé notre cours classique au 19e siècle, alors qu’on quittait le pensionnat quatre fois par année et qu’il y avait des messes et des prières quotidiennes, et qu’on l’a terminé au 21e, avec Woodstock et l’ère peace and love. »

C’est ainsi que dans son ouvrage, l’auteur aborde notamment la crise de Cuba, Martin Luther King, le statut de la femme au Québec, la visite du général Charles De Gaulle au Québec, l’ère spatiale et Expo’67.

En entrevue avec L’Action, André Lépine mentionne que concernant la vie au Séminaire, l’un des aspects qui l’a marqué fut les clivages entre les différents étudiants.

« Il y avait beaucoup de séparations, notamment entre les pensionnaires qui provenaient de la campagne et ceux qui retournaient chez eux le soir. Ensuite, les filles sont arrivées au Séminaire. Leur arrivée aux côtés de garçons à peine sortis de l’adolescence a également engendré des divisions. Sans parler du clivage entre ceux qui faisaient du sport et les autres. »

M. Lépine ajoute que ces divisions ne se manifestaient pas seulement au niveau des étudiants. « Les professeurs ne nous traitaient pas tous de la même manière. »

Malgré ces fractures au sein de la population estudiantine, ceux qui ont fait partie du dernier cours classique ont vécu quelque chose d’unique. Ce n’est pas pour rien qu’ils se réunissent dès que l’occasion de souligner un anniversaire se présente.

« On organise des réunions et des conventums qui sont des succès. On a souligné le 25e de la fin du cours classique en 1995, le 50e du début de notre cohorte en 2012, le 50e de l’arrivée des filles en 2016…En mai 2022, on veut se réunir pour le 50e de la fin du cours classique en 1970 qui n’a pu avoir lieu en raison de la pandémie. Finalement, toutes les raisons sont bonnes pour fêter! »

André Lépine regrette que le cours classique ait entièrement disparu au Québec. « On aurait pu enlever l’éducation religieuse mais on n’était pas obligé de tout enlever, dont les cours de latin et de grec. Le cours aurait pu prendre une autre forme sans qu’on mette complètement la hache dedans. »

L’auteur explique que le cours classique permettait d’acquérir une grande culture générale. « De plus, on n’avait pas à décider d’une orientation à un jeune âge. À 16 ans, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire. »

M. Lépine souligne que certains anciens du cours classique qui ont lu le livre confient que ce dernier leur a fait faire un véritable retour dans le temps, une catharsis.

« On ne pouvait pas imaginer que ça nous marquerait autant », conclut-il.

André Lépine

©Photo gracieuseté - L'Action

L'auteur André Lépine.

André Lépine

©Photo gracieuseté - L'Action

André Lépine lors de sa graduation en 1970.

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