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30 septembre 2020

Christian Belhumeur-Gross - cbelhumeurgross@lexismedia.ca

Entre mémoire et douleur : plusieurs centaines de personnes ont manifesté devant le CHDL

Vigile en l’honneur de Joyce Echaquan

Manifestation Joyce Echaquan

©Photo Guillaume Morin - L'Action

Des centaines de personnes ont assisté à la vigile en l’honneur de Joyce Echaquan dans la soirée du 29 septembre

Plusieurs centaines de personnes ont répondu hier soir (29 septembre) à l’appel du Centre d’amitié autochtone de Lanaudière de tenir une vigile en l’honneur de Joyce Echaquan, décédée lundi soir 28 septembre de façon nébuleuse au Centre hospitalier de Lanaudière. Les manifestants présents, autochtones et non autochtones, qui exprimaient une douleur et une colère face aux injustices vécues, mais surtout une solidarité pour la famille, ont scandé: Justice pour Joyce.  

 

La mort de cette jeune mère de sept enfants dans des circonstances troubles dont seraient souvent victimes les membres de la communauté Atikamekw a profondément ébranlé la communauté lanaudoise. Malgré la pluie, des centaines de personnes ont rendu hommage à Joyce Echaquan et démontré leur soutien à sa famille, mais ont également exprimé leur colère devant le traitement discriminatoire subi par les personnes issues des Premières Nations. De nombreux témoignages ont d’ailleurs circulé durant la journée sur divers médias nationaux concernant les traitements subis par les Atikamekw au cours des dernières années au CHDL.  

Déjà en après-midi, suite à l’appel du Centre d’amitié autochtone, des gens ont commencé à se rassembler devant les locaux de l’organisme et à converger en début de soirée vers le centre hospitalier. Plusieurs personnalités publiques, dont Ghislain Picard, Chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, ainsi que Mgr Louis Corriveau, évêque du Diocèse de Joliette, ont participé à cette vigile.  

La manifestation s’est déroulée dans le calme et la plupart des participants portaient le masque.  

Dans la foulée des évènements, une campagne de sociofinancement a également été lancée sur Gofundme par les proches de la famille de Mme Echaquan afin de venir en aide à son conjoint et à ses sept enfants. Signe de la vague de sympathie qui déferle, alors que l’objectif initial était d’amasser 100 000$, plus de 70 000$ ont été amassés en moins de 24 heures.  

Rappel des faits 

Joyce Echaquan, mère de sept enfants et membre de la communauté Atikamekw de Manawan, est décédée lundi peu de temps après avoir publié une vidéo sur Facebook où elle demande qu’on lui vienne en aide alors qu’elle est attachée à sa civière au CHDL. Cette femme d’une trentaine d’années fut hospitalisée quelques jours auparavant suite à des douleurs à l’estomac. 

Dans la vidéo, Mme Echaquan affirme être surmédicamentée et demande qu’on lui vienne en aide. Elle serait morte peu de temps après, suite à des manœuvres de réanimation cardiaque. Vers la fin de la vidéo, la patiente est également victime à quelques reprises d’insultes de membre du personnel du CHDL qui la traitent « d’épaisse », se montrent injurieux à son égard et véhiculent verbalement certains stéréotypes à l’égard des autochtones. 

De vives réactions 

La vidéo publiée par Mme Echaquan peu de temps avant sa mort a semé la colère dans la communauté de Manawan, mais aussi dans la communauté lanaudoise dans son ensemble. Par voie de communiqué dans la soirée de lundi, le Conseil des Atikamekw de Manawan a vivement dénoncé les actes posés par les membres du personnel du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière et estime que les propos tenus par ces derniers témoignent du racisme dont sont victimes les membres des Premières Nations. Le Conseil souligne également que dès que les résultats de l’autopsie seront connus, des mesures seront prises pour que les responsables « subissent les conséquences de leurs actes ». Le Conseil a également mis de l’avant le Hastag #JusticePourJoyce.  Le Conseil de la Nation Atikamekw a pour sa part interpellé le gouvernement du Québec et demande une enquête indépendante ainsi que la mise en application des recommandations du Rapport Viens soit accélérée. 

De son côté, la députée provinciale de Joliette, Véronique Hivon, a réagi hier sur sa page Facebook et a demandé au CISSS de Lanaudière de faire rapidement enquête et au ministère de la Santé de même qu’à la ministre responsable des Affaires autochtones de se « pencher sur cette situation extrêmement grave». Toujours via Facebook, Gabriel Ste-Marie, député fédéral de Joliette, s’est quant à lui dit « sous le choc » et  « rempli de tristesse ». Il réclame également une enquête et de « vraies réponses ». 

La ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D'Amours, a confirmé dans la journée du 29 septembre qu'une enquête du coroner est en en cours et pour sa part, le premier ministre François Legault a indiqué qu'une infirmière ayant tenu des propos racistes a été congédiée. Le 29 septembre en soirée, le CISSS de Lanaudière, par voie de communiqué, a confirmé le congédiement d’une infirmière et, en plus de l’enquête du coroner, l’ouverture d’une enquête interne afin de faire la lumière sur les évènements. Le CISSS a également offert ses sympathies à la famille et jugé les propos entendus sur la vidéo d’inacceptables. La fédération interprofessionnelle du Québec (FIQ), le syndicat auquel appartient l’infirmière congédiée, a dit vouloir attendre la conclusion de l’enquête avant de se prononcer.  

Cette tragédie à égallement eu des échos dans les médias anglophone dans le reste du pays

Cette tragédie ravive évidemment tout le débat sur le racisme systémique et la discrimination dont sont victimes les autochtones dans les services publics. « Cet évènement s’ajoute à plusieurs tragédies cumulées au cours des dernières années concernant les Autochtones au sein des services publics québécois. Dans les services policiers, les hôpitaux, les services de protection à la jeunesse et les tribunaux, le racisme institutionnel a été, à maintes reprises, documenté dans des rapports et des Commissions », a souligné, par voie de communiqué, Tanya Sirois, directrice générale du regroupement des Centres d’amitié autochtone du Québec. L’organisme estime également que selon les nombreux témoignages recueillis, les autochtones, surtout les femmes, ont raison de ne pas faire confiance aux services publics québécois.  

Le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a dailleurs déclaré en chambre qu'il s'agissait d'un autre exemple racisme systémique. 

Au lendemain du terrible événement, les analogies entre le drame vécu par Joyce Echaquan et le décès de George Floyd aux États-Unis sont fréquemment mises de l’avant sur les différentes tribunes. 

©Photo Guillaume Morin - L'Action

©Photo Guillaume Morin - L'Action

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©Photo Guillaume Morin - L'Action

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