Itinérance: Le maire de Joliette aimerait une meilleure responsabilité régionale

(Photo Médialo - Archives)
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Chaque jour, les villes doivent composer avec des cas d’itinérance sur leur territoire. Un enjeu qui a pris de l’ampleur et qui apporte une pression sur les services communautaires et municipaux. Avec ses nombreux organismes mobilisés, Joliette est souvent la destination de personnes démunies provenant des autres municipalités de la région. C’est du moins ce que dénonce le maire Pierre-Luc Bellerose dans une lettre ouverte, en martelant toutefois que la ville a « atteint une limite ».

Au fil des ans, Joliette a contribué de multiples façons pour contrer l’itinérance, que ce soit en soutenant davantage les organismes du milieu ou en mobilisant des ressources municipales. La Sûreté du Québec intervient quotidiennement et des initiatives, telles que EMIPIC ou PRISM, ont été mises en place pour la cause. Cependant, comme le rappelle M. Bellerose, cet enjeu devrait être sous l’égide du gouvernement donc de Santé Québec Lanaudière : « Nous venons en renfort pour tenter d’amenuiser les impacts sur la communauté. »

Le maire souligne que le problème de l’itinérance est « bicéphale », précisant que le bien-être des personnes vulnérables est important, tout comme celui du reste de la population. « Une personne en situation d’itinérance mérite d’être traitée avec dignité. Un commerçant mérite de pouvoir exploiter son commerce normalement. Une famille mérite de fréquenter son centre-ville en toute quiétude. Un citoyen mérite de pouvoir utiliser un parc ou un espace public », écrit Pierre-Luc Bellerose dans sa lettre.

L’élu remarque que, depuis cet été, la situation à Joliette « n’est plus soutenable » à mesure que les interventions se multiplient, que la pression sur le centre-ville s’accentue et que le sentiment de sécurité général est affecté.

Point de chute

Bien que la majorité des personnes itinérantes sont issues du territoire joliettain, la Ville a découvert que d’autres proviennent de l’extérieur. « Nous avons des vidéos qui prouvent que des corps policiers de municipalités avoisinantes transportent des itinérants vers Joliette », révèle M. Bellerose. Certains seraient originaires d’autres villes lanaudoises, mais également d’au-delà de la région comme de Montréal.

Il raconte avoir lui-même eu la visite d’une personne vulnérable, qui a cogné à sa porte sans savoir qu’il était le maire de Joliette. Originaire de Valleyfield, elle aurait été escortée jusqu’à Terrebonne, avant d’être transportée jusqu’à Saint-Jérôme pour finalement aboutir ici. Pour Pierre-Luc Bellerose, cet exemple présente bien l’ampleur du problème : « Nous nous retrouvons avec des situations de gens qui ont été sortis de leur milieu et qui arrivent ici, seuls, parce qu’ils se sont fait dire qu’il y a des ressources et qu’ils seraient pris en charge », déplore le maire.

Ce dernier a d’ailleurs entendu le président-directeur général de Santé Québec Lanaudière, Philippe Éthier, rapporter que 20 % des personnes itinérantes de Joliette viendraient de l’extérieur de la ville. En se fiant à ce qu’il constate régulièrement, M. Bellerose estime que ce pourcentage est probablement plus élevé. « Mais c’est quand même beaucoup! Si nous avons 200 itinérants, ce sont 40 personnes de plus alors que nous sommes déjà saturés ».

Pierre-Luc Bellerose réclame donc que la responsabilité de l’itinérance ne soit pas attribuée seulement à Joliette, mais qu’elle soit séparée plus équitablement entre les grands centres de Lanaudière. Plus d’investissements dans les services de ces autres villes sont aussi nécessaires à son avis. Pour la suite, le maire souhaite que cesse l’organisation de consultations ou de rencontres pour discuter du problème: « Ça fait des années qu’on joue dans ce film-là. Ça prend des actions immédiates! »

L’importance de trouver un toit

Alors que la donnée rapportant que 20 % des personnes en situation d’itinérance proviendraient de l’extérieur de Joliette en fait sourciller plusieurs, le directeur adjoint des programmes santé mentale et dépendance pour Santé Québec Lanaudière, Norman Gugg, souhaite apporter une nuance.

Il reconnait qu’un mouvement de clientèle existe dans le milieu de l’itinérance, mais il indique que le 20 % estimé provient exclusivement du rapport annuel de La Hutte et non de l’ensemble des organismes de Joliette. En analysant les statistiques des dernières années, il soutient qu’il y a « bon an mal an, un 20 % de gens qui viennent d’autres régions », mais que les chiffres les plus récents indiquent plutôt un 17 %.

Puisqu’il s’agit de la maison d’hébergement qui accueille le plus grand nombre de bénéficiaires, seule La Hutte se prête à l’exercice de connaitre la provenance de ses usagers même si elle n’est pas la seule ressource sur le territoire. « Il y a beaucoup de partenaires à qui nous pourrions demander de le faire pour documenter le phénomène, mais, en bout de ligne, quelle serait notre ambition derrière ça? », questionne Norman Gugg, qui remarque que l’approche priorisée est tout simplement de s’occuper des personnes lorsqu’elles sont sur le territoire lanaudois.

Même si certaines ne sont pas originaires de la région, il considère que le plus important est qu’elles se trouvent un toit. Il se rappelle d’ailleurs un témoignage émouvant, partagé lors de la Nuit des sans-abri, en 2025, à Saint-Gabriel-de-Brandon. Une dame s’était adressée à la foule pour raconter qu’elle venait de Montréal, mais qu’elle était parvenue à sortir de la rue en s’installant dans la région. « Je trouvais ça touchant. J’étais content qu’elle se soit enfin trouvé un logement! », de conclure M. Gugg.

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