« Ils sont devenus ma deuxième famille »

  • Publié le 27 mai 2026 (Mis à jour le 27 mai 2026)
  • Lecture : 4 minutes
Byron Lopez, Pascal Forest, Noe Bonilla et Juan Jose Vasquez.
Photo Médialo - Mélissa Blouin
Byron Lopez, Pascal Forest, Noe Bonilla et Juan Jose Vasquez. Photo Médialo – Mélissa Blouin

Pour Pascal Forest, producteur maraîcher de Saint-Jacques, l’arrivée des premiers travailleurs étrangers au sein de son entreprise, il y a 23 ans, a tout changé. « Ils sont devenus ma deuxième famille, ce sont presque des frères et sans eux, on ne pourrait tout simplement pas produire de légumes! » 

Au total, ce sont douze Guatémaltèques qui reviennent, chaque année, pour travailler avec le producteur. Chacun détient son rôle et tous avancent vers les mêmes objectifs. Parmi ceux-ci, se trouvent Juan Jose Vasquez, qui s’occupe des opérations de tri et de classement, Noe Bonilla, qui conduit l’autobus et le tracteur, ainsi que Byron Lopez qui prend en charge le volet expédition. « Ce sont des hommes très importants qui sont là depuis les tout débuts. » 

Pascal Forest a ajouté que les travailleurs étrangers sont souvent perçus comme des gens qui apportent uniquement une force physique, alors que leur expertise va bien au-delà. « Ils ont des habiletés, des aptitudes, de l’expérience et de grandes connaissances. C’est important de reconnaître leurs qualifications. » 

Il a continué en donnant l’exemple de Juan Jose, qui est capable de classer les choux en une fraction de seconde. « Il voit tout de suite si c’est bon ou pas et s’il y a une feuille qui n’est pas belle, il va l’enlever! » Celui qui est aussi président des Producteurs de légumes de transformation de la Rive-Nord a donc affirmé que, malgré l’évolution de la mécanisation, plusieurs tâches demandent un jugement humain et une grande expérience terrain. 

Un groupe soudé  

C’est aux débuts des années 2000 que le producteur de Saint-Jacques s’est inscrit au programme de travailleurs étrangers temporaires. Au même moment, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) visait à élargir l’initiative en dehors du Mexique.  

Pascal Forest explique que le programme s’est donc développé dans la capitale du Guatemala, qui est située à 250 km à l’ouest du village de Noe Bonilla, Juan Jose Vasquez et Byron Lopez. C’est grâce à une connaissance de ces derniers, qui agissait comme chauffeur privé pour le chef de mission de l’OIM au Guatemala, qu’ils ont entendu parler de cette opportunité aussi rapidement. « Sans cette connexion, les travailleurs n’auraient probablement pas eu accès au programme avant plusieurs années en raison de leur éloignement avec la capitale. » 

Le producteur affirme que, lors de l’arrivée des travailleurs, la première saison, il n’a jamais autant cherché ses mots. « Je me suis vraiment donné comme défi d’apprendre l’espagnol. Ces gens-là valent tellement la peine qu’on investisse du temps pour communiquer avec eux et je trouvais que c’était une notion de respect d’essayer de parler leur langue, puisqu’ils viennent travailler pour nous! » 

Maintenant, Pascal Forest est beaucoup plus à l’aise avec l’espagnol et évoque que lui et les travailleurs se connaissent si bien que la communication est facile. « On travaille ensemble tout le temps et, même sans se parler, on se comprend! Je suis privilégié d’avoir ce groupe et ils le savent, je les aime d’amour! »

M. Forest a raconté que, lors des premiers étés des travailleurs étrangers, ses enfants étaient encore des bébés et sa plus jeune n’avait qu’environ un an. « Nous allions faire l’épicerie tous ensemble et Maxime se promenait en leur tenant la main, ce sont de beaux souvenirs! » 

Stabilité et constance 

Afin de mieux comprendre la réalité de ses employés, le producteur s’est même rendu à leur domicile, au Guatemala. Pour lui, le respect et la reconnaissance restent les clés de ce partenariat. « Parfois, on voit des employeurs qui ne respectent pas les heures de travail ou de congé, mais c’est primordial d’honorer le contrat de travail. » 

Le fait que le groupe soit stable et que les mêmes employés reviennent chaque année aide également à instaurer cette belle ambiance et cette confiance. « Tout le monde sait ce qu’il a à faire et on garde ça simple! C’est important d’avoir une bonne relation et du plaisir à travailler. Je préfère garder un rythme plus lent, mais constant, que de mettre la pression et que nous soyons toujours à fond la caisse. » 

Au début de la saison, le producteur et les travailleurs font les plantations, ensuite le désherbage, puis la récolte. « C’est une roue qui tourne et tout ce qu’on commence, on le finit ensemble. Pendant que les feuilles poussent, changent de couleur et tombent, nous, c’est ce qu’on fait! »  

 

 

 Chaque dollar fait la différence

En entrevue avec L’Action, Juan Jose Vasquez a partagé une anecdote qui l’a marqué. « Un souvenir inoubliable, c’est quand, lors de ma première saison, je me suis coupé un doigt », a-t-il dit avant d’expliquer pourquoi cet événement avait été aussi significatif. Pendant qu’il travaillait sur une grande structure de métal, il s’est fait une coupure profonde qui lui a arraché un petit morceau de son index. Après s’être rendu à l’hôpital et avoir été soigné, Juan Jose a été mis au repos pour plusieurs semaines, tout en étant payé par la CNESST. Plus tard, il a reçu une compensation financière. « Juan Jose ne connaissait pas le système de santé et d’indemnisation du Canada. Probablement que, si le même accident était arrivé chez lui, il aurait mis un bandage et n’aurait même pas arrêté de travailler », a expliqué Pascal Forest. Ce dernier avait reçu le chèque au nom de Juan Jose et, avant de lui dévoiler la somme, il lui a demandé quel montant serait significatif pour lui. « Je m’en souviens, il m’a répondu : un dollar ferait la différence dans ma vie. » Lorsque Juan Jose a vu le montant de 4200 $, il avait les yeux ronds. « Il m’a demandé s’il pouvait utiliser mon téléphone pour appeler son père. » Cet argent a finalement servi à bâtir un deuxième étage à la maison de Juan Jose pour pouvoir y accueillir ses parents. Malheureusement, un tremblement de terre a détruit la construction dix ans plus tard, mais elle a été rebâtie par la suite.  

 

À lire également: Vivre entre deux pays