Des investissements jugés nécessaires pour le logement social

Carl Lafrenière, Benjamin Robert, Amy Magowan Greene, Sylvain Thibault et Catherine Cartier Pouliot. (Photo gracieuseté)
Carl Lafrenière, Benjamin Robert, Amy Magowan Greene, Sylvain Thibault et Catherine Cartier Pouliot. (Photo gracieuseté)

Alors que la pénurie de logements continue d’être particulièrement présente dans la région, cinq organismes pressent le gouvernement provincial d’élaborer un véritable plan de développement pour le logement social. Ils constatent que leurs bénéficiaires, aux profils divers, connaissent tous d’importantes difficultés au sein du marché locatif actuel. Lors d’une conférence planifiée à Joliette, le 18 février dernier, ils ont présenté les impacts de cette crise en relatant des situations vécues par les personnes qui en souffrent le plus.

Cette rencontre s’est déroulée lors de la tournée « Logement : retour vers le social » du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). Carl Lafrenière, qui œuvre pour l’organisme, rapporte que bien que la pénurie de logements se résorbe à plusieurs endroits au Québec, ce n’est pas le cas dans Lanaudière. Malgré la création d’appartements dits abordables, ceux-ci ne semblent pas respecter la capacité financière des locataires. « Il n’y a pas d’alternative aux logements privés, dont le prix augmente constamment, alors qu’il y a de plus en plus de personnes qui recherchent un logis. Les gens ne peuvent pas vivre sur une liste d’attente! », martèle M. Lafrenière.

Il exige des décideurs d’investir rapidement dans le logement social, soutenant qu’aucun « programme digne de ce nom » n’est en place dans ce but. La situation est d’autant plus urgente puisqu’elle met en danger plusieurs locataires vulnérables, incluant notamment les femmes, les immigrants ou encore les aînés. Les représentants des organismes ont pris la parole à tour de rôle pour servir de porte-paroles aux différentes communautés qu’ils aident et pour démontrer de quelles façons les problèmes d’accès au logement les affectent.

Des revenus inégaux

Parmi les individus les plus touchés par la crise du logement dans Lanaudière figurent les femmes. Celles-ci ont plus de difficultés à trouver un logis abordable puisque, comme l’explique Amy Magowan Greene, de la Table de concertation des groupes de femmes de Lanaudière, elles ont généralement un revenu plus faible que celui des hommes. Un récent rapport rédigé par l’organisation révèle que les femmes lanaudoises ont un revenu annuel médian de 37 000 $, soit près de 12 000 $ de moins que les hommes.

Mme Magowan Greene mentionne que la pénurie impacte les femmes de tous les profils, qu’elles soient aînées, monoparentales, immigrantes ou encore victimes de violence conjugale. Concernant ces dernières, l’intervenante témoigne que plusieurs souhaitent quitter leur conjoint violent, mais que le petit nombre d’appartements disponibles et leur prix les empêchent d’agir. « Elles doivent donc rester dans leur environnement avec tous les enjeux de sécurité qu’il comporte », résume la responsable de la mobilisation et des communications de la Table. Certaines d’entre elles se tournent vers des ressources d’hébergement, mais sont parfois contraintes d’y rester longtemps alors qu’elles peinent à trouver un logement convenable. « La crise a plusieurs effets négatifs sur la santé, l’autonomie et la sécurité des femmes. Elles ne sont pas face à de vrais choix », résume Amy Magowan Greene.

Discrimination bien présente

Sylvain Thibault, du Comité régional d’éducation pour le développement international de Lanaudière (CRÉDIL) était aussi présent lors de la conférence pour résumer les problématiques rencontrées par les personnes immigrantes concernant le logement. Il reconnait d’entrée de jeu être témoin de beaucoup de discrimination à l’encontre de celles-ci. Il dément l’avis de plusieurs individus qui continuent de croire que les enjeux liés au logement sont causés par l’immigration, indiquant que ces personnes ont elles-mêmes beaucoup de misère à se trouver un logis. Alors que des travailleurs ont été appelés à s’installer dans la région pour combler la pénurie de main-d’œuvre dans de multiples domaines, le manque de logements empêche ces nouveaux arrivants de pouvoir s’installer correctement. « Nous leur demandons de s’intégrer, mais nous n’avons pas de toit pour eux », souligne M. Thibault.

Alors que certains propriétaires tiennent des propos racistes envers les immigrants, d’autres sont plus frileux à l’idée d’accueillir des travailleurs étrangers puisque leur résidence est parfois temporaire et donc incertaine à long terme. Sylvain Thibault assure toutefois que la région compte son lot de propriétaires qui ont le cœur à la bonne place : « Nous en avons d’excellents qui acceptent de donner une seconde chance à des gens qui en ont besoin. »

«Un rapport de force démesuré »

Le Mouvement pour l’éducation populaire autonome de Lanaudière (MÉPAL) est une autre organisation qui lutte contre différentes problématiques sociales, dont celle du logement. Sa représentante, Catherine Cartier Pouliot, observe que le loyer prend davantage de place dans les dépenses des gens, au détriment de l’épicerie ou d’autres services. « De plus en plus de personnes sont obligées d’utiliser une part disproportionnée de leurs revenus pour payer leur logement puisque ce n’est pas possible d’éliminer cette dépense », informe-t-elle.

Tout comme ses collègues, elle constate qu’une grande diversité d’individus est touchée par la pénurie : « La crise menace encore plus de personnes qui sont à une malchance près de se retrouver à la rue. » Mme Cartier Pouliot relève que ce manque de logements abordables entraine « un rapport de force démesuré » qui donne plus de pouvoirs aux propriétaires. « Quand tu sais que tu vas avoir de la misère à te loger, tu acceptes des conditions inacceptables. Faire reconnaitre ses droits devient donc une mission périlleuse », conclut la porte-parole du MÉPAL.

Situation dans Lanaudière

De fortes hausses des loyers ont été notées dans la région depuis quelques années. Pour exemple, les données d’Action Logement Lanaudière dévoilent une augmentation de près de 60 % à Joliette, de 2018 à 2024. Elles rapportent également que le quart des locataires joliettains détiennent un loyer réellement abordable, dans la mesure où ils ne consacrent pas plus de 30 % de leurs revenus pour se loger.

Le porte-parole de l’organisme, Benjamin Robert, explique que deux tendances peuvent expliquer en partie les problèmes d’accès au logement et leurs coûts en hausse : « Il y a un quasi-monopole du marché par des groupes de propriétaires, mais aussi les Airbnb, qui augmentent en popularité et qui s’implantent dans certaines municipalités. »

Dans l’objectif de rendre les loyers plus abordables, des villes adhèrent au Programme de supplément au loyer. Grâce à celui-ci, des ententes entre des offices municipaux d’habitation et des propriétaires privés sont établies et permettent à des ménages à faible revenu d’avoir accès à un loyer qui respecte leur capacité de payer. Action Logement Lanaudière s’avoue toutefois critique sur le sujet. « Ce n’est pas de la pierre, ça ne sert pas à construire des bâtiments! Ça peut avoir de l’intérêt dans des situations d’urgence, mais à long terme, ça n’aide pas à la pérennité du logement social », remarque Benjamin Robert.

Articles les plus consultés

(Photo Médialo - archives)
Communauté

Les naissances du 12 au 25 février 2026

Voici les avis des dernières naissances dans Lanaudière.
La conférencière Geneviève Everell. (Photo gracieuseté)
Communauté

Brunch-conférence avec Geneviève Everell

Le Centre de femmes Marie-Dupuis invite la population à un brunch-conférence avec Geneviève Everell, le 8 mars, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes.
Nathalie Marcotte, coordonnatrice de la Table de concertation régionale des associations de personnes handicapées de Lanaudière. (Photo Médialo – Élise Brouillette)
Actualités
Communauté
Dossiers

Un recul qui touche les familles en grande vulnérabilité

Le milieu communautaire dénonce les impacts de l'abolition de l'allocation pour les familles demandeuses d'asile qui ont un enfant handicapé.