Ne réparons pas ce qui n’est pas cassé

  • Publié le 1 nov. 2022 (Mis à jour le 29 avr. 2025)
  • Lecture : 2 minutes
Étudiant du Cégep à Joliette

Depuis quelques années, bon nombre de textes se retrouvent parsemés d’une nuée de points venant encombrer divers mots pour doubler les terminaisons et marques de genre. Par exemple, « directeur » devient « directeur·rice·s ».

Ce n’est pas une ponctuation erronée qui se propage dans nos médias, mais simplement une des manifestations de l’écriture inclusive. Cette pratique courante que l’Académie française qualifie d’« aberration[1] » est appliquée dans le but d’instaurer une égalité des genres dans l’écriture, en partant de l’idée que la langue française est fondamentalement sexiste par son utilisation du masculin comme genre par défaut.

Ce que tout le monde remarque d’abord avec ces textes, c’est qu’ils sont incommodants à la lecture. Les brisures sans arrêt des mots viennent charcuter le français écrit en enlevant toute fluidité au texte. Car serait-il possible de s’exprimer de la sorte à l’oral? Sachant que nous lisons en entendant les mots dans notre tête, ceux-ci sont tout bêtement illisibles. Par conséquent, on sacrifie la clarté d’un message au maigre profit d’un militantisme linguistique.

Alors pourquoi écrire de cette façon, si aucune règle de grammaire ne l’impose? Il faut mentionner que plusieurs institutions considérables, telles que le gouvernement fédéral du Canada, la recommandent en fournissant des guides pour apprendre aux employés à écrire de manière inclusive. (« Un pas de plus pour l’écriture inclusive au Canada grâce aux lignes directrices du fédéral », Radio-Canada, 16 octobre 2022)

Cette méthode est donc utilisée volontairement pour montrer qu’on se sert vertueusement de la langue, sans discriminer sur la base du genre. Mais cet aspect entraîne un danger dissimulé : celui de la politisation de la langue. Puisque, bien que ce ne soit pas obligé, refuser d’écrire ainsi pour des raisons pragmatiques impliquerait d’être contre l’égalité.

Il est facile de répondre que l’écriture inclusive est inoffensive, et qu’elle permet d’accommoder les communautés queer et non-binaire ; s’y opposer aussi fermement ne serait qu’un excès réactionnaire. Cependant, il est important de rappeler que cette vision soi-disant progressiste de la langue défavorise des groupes en difficulté. En effet, elle exclut les gens atteint de dyslexie ou de déficience intellectuelle, en nuisant à leur compréhension des textes.

Tous ceux qui tiennent à la bonne fonctionnalité du français et à sa communication intelligible devraient contester cette tendance idéologique.


[1] « Déclaration de l’Académie française sur l’écriture dite "inclusive" », Académie française, 26 octobre 2017

Justin Demanche

Étudiant en sciences de la nature au Cégep régional de Lanaudière à Joliette

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