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09 mars 2022

Quand travailler dans le communautaire rime avec précarité

Lettre ouverte

Faire le choix de travailler dans un organisme communautaire autonome, c’est choisir de suivre ses valeurs, de veiller et de défendre les droits des citoyens et des citoyennes, de croire en la capacité de chacun à reprendre du pouvoir sur sa vie. Travailler dans le communautaire c’est avoir une expertise terrain collée sur les réalités des gens de nos communautés, c’est développer une compréhension pointue de notre société, de ses enjeux et c’est consolider notre tissu social. Malheureusement, faire le choix de travailler dans le communautaire, c’est aussi accepter un salaire bien loin de reconnaître notre expertise et nos compétences. Bien sûr, l’implication bénévole est essentielle et fait une différence majeure dans le quotidien des 200 organismes communautaires autonomes lanaudois, mais saviez-vous que ces organismes emploient plus de 1200 travailleuses et travailleurs de notre région ? Et si nous regardons à la grandeur du Québec, nous parlons de plus de 60 000 emplois dans les 4000 organismes communautaires autonomes.

Le milieu communautaire et la pénurie de main-d’oeuvre

Le milieu communautaire, comme d’autres secteurs d’emplois, est grandement affecté par la pénurie de main-d’œuvre. Un enjeu supplémentaire précarise encore davantage les organismes : le sous-financement chronique qui persiste depuis des années. La réalité économique actuelle, teintée par la pandémie et l’augmentation des besoins de la population vient mettre encore plus en lumière cette réalité. Des organismes qui doivent faire le choix déchirant de diminuer leurs activités, réduire leurs heures d’ouverture, prolonger les périodes de chômage économique et tout cela alors qu’ils sont plus sollicités que jamais. Des ouvertures de postes qui sont affichées pendant des semaines et même des mois. Des employés qui quittent parce qu’ils doivent subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille font le choix déchirant de changer de milieu pour un salaire plus respectueux de leurs compétences et de leur expertise.

Ce dernier point est important et trop peu souvent abordé. En effet, il semble être acceptable et normal, pour plusieurs et même de la part d’instances publiques ou privées, que les salaires soient moins élevés dans le communautaire et ce, à compétences égales avec des employés du réseau public. Comme si le fait de choisir le communautaire voulait dire accepter un salaire plus bas, l’absence majoritaire de régime de retraite ou d’assurance collective. Voir des projets proposés dans le communautaire spécifiant que les salaires offerts doivent être équivalents à ceux déjà offerts est inacceptable. Il est temps que l’on cesse de voir le travail dans les organismes communautaires comme du « travail à rabais » et que l’on reconnaisse tous les impacts positifs du travail des 60 000 travailleuses et travailleurs sur les centaines de milliers de personnes qui franchissent les portes des organismes.

Des salaires précaires sous la moyenne québécoise

Les organismes communautaires ont une multitude de postes disponibles passant d’intervenant.es à cuisinier.ères, de psychoéducateur.trices à préposées aux bénéficiaires, de livreur.ses à adjoint.es administratifs et la liste pourrait se prolonger. Qu’ont en commun tous ces emplois? Des salaires moyens plus bas que la moyenne québécoise de 26,65$ pour les travailleurs à temps plein. En effet, selon une recherche réalisée par le CSMO-ESAC, en 2019, le taux horaire moyen pour les travailleurs du communautaire est de 20,06$ pour les emplois à temps plein et 16,27$ pour les emplois à temps partiel. Encore plus frappant, 34% des organismes ont des postes à temps plein dont le taux horaire est inférieur à 15$/h. Cette proportion augmente à 59% pour les emplois à temps partiel.

Investir dans les organismes communautaires autonomes

Depuis des années le gouvernement nous parle de sa reconnaissance envers le travail des organismes communautaires. D’ailleurs durant ces deux années de pandémie le gouvernement a eu besoin plus que jamais des organismes communautaires pour conserver les liens avec les citoyennes et les citoyens les plus démunis ou vivants des situations de précarité. Pouvons-nous maintenant passer de la parole aux actes ?

Le mouvement d’action communautaire autonome réclame 460 millions d’investissements supplémentaires pour le financement à la mission des 4000 organismes.

Oui, nous parlons bien d’un investissement et non d’une dépense pour le gouvernement. En effet, pour 100 millions investis dans le milieu communautaire, ce sont 183,7 millions qui sont réellement injectés dans l’économie. De plus, pour ces mêmes 100 millions investis, un PIB de 110 millions est généré et 1900 emplois sont maintenus ou créés.

Avons-nous vraiment les moyens de nous passer des organismes communautaires autonomes? Qu’adviendrait-il si les 200 organismes lanaudois fermaient leur porte? Ce serait plus de 80 000 personnes qui n’auraient plus de lieux d’appartenance, de portes ou aller cogner pour défendre leurs droits, être écoutés, briser l’isolement, avoir du répit, etc. Le point de rupture est plus près que vous pouvez l’imaginer. Reconnaissons la valeur du travail de ces personnes qui s’engagent pour une société plus juste et équitable.

Maya Fernet

Coordonnatrice aux enjeux sociaux

TROCL

 

 

 

 

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