Sections

Le fondateur de l'Aubainerie prend sa retraite après 55 ans de carrière

Suivre les traces de son père (partie 1)


Publié le 11 avril 2018

Marcel Croteau.

©Photo L'Action - Geneviève Geoffroy

ENTREVUE EXCLUSIVE. Quand il était jeune, Marcel Croteau n'aimait pas le commerce, ni faire face au public. À l'aube de sa vingtaine, il s'est toutefois lancé, tête première, dans ce domaine pour donner un coup de main à son père, le fondateur de la bannière Croteau. Aujourd'hui, 55 ans plus tard, Marcel Croteau a non seulement passé sa vie dans le commerce, il a aussi lui-même fondé une bannière au milieu des années 1980, l'Aubainerie, qui regroupe maintenant près de 50 magasins à travers le Québec.

« C'est ma vie le commerce. Je vivais pour le commerce, autant que je n'aimais pas ça quand j'y suis entré! », lance Marcel Croteau, assis derrière son bureau de son magasin de Joliette.

Le fondateur de l'Aubainerie, 76 ans, se souvient encore du moment où sa mère l'a approché pour qu'il aide son père, Jean-Noël Croteau. Il approchait la vingtaine et il sortait tout juste de l'école de North Bay, en Ontario, où il avait étudié l'anglais.

« Là, pour lui faire plaisir, je suis allé le voir et je lui ai dit: “p'pa, il me semble que j'aimerais ça le commerce”, raconte-t-il. Je disais ça et ce n'était pas vrai pantoute! Je le faisais pour mon père et pour ma mère. Et je suis tombé dedans. Mon père, il avait le tour. »

Un guide

Pour Marcel Croteau, son père, c'était avant tout un guide qui a su lui montrer tous les rudiments du métier, même si cela impliquait qu'il fasse des erreurs.

« Il m'a donné un département. Il m'a dit: “j'aimerais ça que tu le remontes. C'est toi qui vas t’occuper des achats. C'est toi qui vas faire les erreurs.” Et, il me regardait faire. Il ne disait pas un mot. Je lui faisais manger de l'argent, il le savait, mais c'est comme ça que j'ai réussi. »

Marcel Croteau est, au fil du temps, devenu le bras droit de son père.

« C'était vraiment mon mentor. Cet homme, c'était tout un homme », glisse-t-il.

Premier magasin

En 1963, après avoir fait du repérage avec son père, Marcel Croteau, alors âgé de 22 ans, a ouvert son propre magasin Croteau sur la rue Gaspard à Joliette dans un ancien garage automobile. Il y a mis toutes ses économies.

« Oui, c'est jeune. Mais, dans ce temps-là, ce n'était pas comme aujourd'hui. Aujourd'hui, tu as 30 ans ou 35 ans et tu es jeune. Dans notre temps, on pensait vraiment à notre avenir et à bâtir. Aujourd'hui, le jeune, il reste jeune longtemps », mentionne-t-il avec quelques rires.

Marcel Croteau a administré son magasin Croteau, sous la bannière rouge, pendant plusieurs années tout en préservant la mission d'entreprise que son père lui a transmise: vendre les meilleurs produits au meilleur prix.

« Mon père disait toujours : “N'oublie jamais, le peuple a besoin de toi. L'objectif, ce n'est pas de faire de l'argent sur le dos du peuple.” Les profits n'étaient pas gros et on construisait avec ça », se souvient-il.

Sa propre bannière

Au milieu des années 1980, Marcel Croteau a choisi de lancer sa propre bannière, l'Aubainerie.  Il a changé le nom de son commerce de la rue Gaspard. Il voulait, entre autres, se différencier de la bannière jaune des magasins Croteau.

« Ce n'est pas tout le monde qui voulait faire un “move” comme ça. Croteau était connu partout. Mais, je voulais faire une petite différence », mentionne-t-il.

Puis, en 1989, il a ouvert sa succursale sur la rue Papineau à Joliette. Il était alors président d'un bureau d'achat rassemblant six autres magasins Croteau, sous la bannière rouge, qui ont aussi changé de nom pour Aubainerie. Ainsi, comme son père l'a fait avant lui en 1944, Marcel Croteau s'est lui aussi retrouvé à la tête d'une nouvelle bannière.

« Je n'avais pas peur de foncer. Je n'avais pas peur d'investir », souligne-t-il.

Fidèle aux valeurs de son père, Marcel Croteau a choisi de poursuivre la même mission et d'offrir une mode abordable à la masse.

« On ne changeait pas le concept, on changeait le nom », dit-il.

Héritage

Au fil du temps, l'Aubainerie a acquis les Croteau. D'une certaine façon, Marcel Croteau a conquis l'héritage laissé par son père pour l'intégrer à son entreprise.  Puis, il a transmis sa passion du commerce à ses filles, Caroline et Josée Croteau, ainsi qu'à son fils, Jocelyn Croteau. Ils possèdent tous une succursale Aubainerie.

D'avoir « inculqué le commerce » à d'autres fait d'ailleurs partie de ses fiertés.

« On a bâti quelque chose et ce n'est pas fini, ça va continuer. En fait, ma plus grande fierté, c'est d'avoir bâti ce que mon père voulait, d'avoir poursuivi sa vision », souligne-t-il.

Retraite

En janvier dernier, on apprenait que Marcel Croteau prendrait sa retraite et que le magasin de la rue Papineau à Joliette fermerait ses portes en juin.

« Je vais avoir beaucoup de misère à revenir sur les lieux, confie-t-il. Le jour où je vais avoir un acheteur – pour l'immeuble abritant l'Aubainerie –, ça ne me fera pas juste de la peine. Ce sera un coup au cœur. »

Marcel Croteau peut toutefois compter sur ses filles pour perpétrer son héritage à Joliette. Les deux femmes ouvriront une Aubainerie dernier cri aux Galeries Joliette en août prochain.

« Je suis content pour elles », dit-il.

Quant à lui, il désire profiter de la vie et voyager.

« Il s'agit de décrocher », lance-t-il.