Le communautaire exaspéré « de faire des miracles avec des miettes »

Des organismes des quatre coins de Lanaudière se sont réunis pour la mobilisation du 21 octobre 2026. (Photo Médialo – Jason Joly)
Des organismes des quatre coins de Lanaudière se sont réunis pour la mobilisation du 21 octobre 2026. (Photo Médialo – Jason Joly)

Le mouvement « Le communautaire à boutte » s’est fait entendre dans les rues de Joliette alors que des dizaines de membres s’y sont regroupés le 21 octobre dernier. Des représentants du milieu provenant de partout dans Lanaudière ont pris part à cette mobilisation dans le but de réclamer, entre autres, un meilleur financement pour des organismes qui agissent quotidiennement comme filet social auprès de communautés dans le besoin.

La vague a déferlé un peu après 10 h, du Château Joliette jusqu’à la Place Bourget. Des employés et des bénéficiaires ont déambulé en clamant des slogans tels que « Le communautaire refuse de se taire » ou encore « On ne demande pas la charité, on demande d’être financé ». L’énergie du groupe a été contagieuse alors que des passants ont même décidé de se joindre à la marche.

Pour Monique Cyr, la porte-parole du mouvement dans Joliette, il s’agissait d’une mobilisation particulièrement rassembleuse. Elle était heureuse de voir réunis des représentants d’associations et de maisons des jeunes des quatre coins de la région, de Charlemagne à Sainte-Émélie-de-l’Énergie, en passant par Repentigny et Saint-Gabriel-de-Brandon.

« Le Communautaire à boutte » revendique notamment de meilleures conditions pour les travailleuses et les travailleurs du milieu en plus d’un financement suffisant à la mission. Les organismes souhaitent aussi que leur rôle soit mieux reconnu. « Nous avions l’impression que le gouvernement nous tenait pour acquis et que, si nous n’étions pas là, il pouvait quand même offrir des services à la population », évoque Mme Cyr.

(Photo Médialo – Jason Joly)

Avec l’arrivée au pouvoir du Parti québécois, elle espère que les choses changeront. Elle note que la formation avait présenté l’itinérance, l’aide aux démunis et les besoins alimentaires comme des secteurs d’importance auprès desquels elle voulait agir. Monique Cyr rappelle toutefois que l’implication des organismes est encore plus vaste et qu’ils interviennent également pour les droits des personnes et l’éducation populaire.

Soutenir les organismes et leurs employés

Malgré leur horaire bien rempli, les représentants de groupes communautaires ont tenu à être présents à cette marche. Gaétane Lefebvre, directrice générale des Maisons d’à côté, ainsi que son équipe trouvaient important d’y participer puisqu’ils considèrent que « les organismes ne reçoivent pas un financement à la hauteur de leurs besoins ». L’organisation joliettaine, qui héberge des personnes handicapées physiquement, prévoit l’aménagement de 12 logements adaptés pour sa clientèle. « Une subvention nous avait été promise avant la COVID, mais, aujourd’hui, ce montant n’est plus actuel. Il nous manque entre 80 000 $ et 85 000 $ pour le fonctionnement », confie Mme Lefebvre.

En plus d’une bonification des contributions de la part du gouvernement, elle demande que le financement soit attribué selon la mission et non par entente de service. Une requête partagée par Isabelle Bazinet, animatrice communautaire au Centre d’action bénévole Brandon. Puisque les organismes connaissent les besoins dans leur milieu, elle considère qu’ils sont les mieux placés pour répartir les fonds reçus : « Mais le gouvernement envoie beaucoup d’argent pour des projets décidés par lui. »

Elle déplore également des salaires « qui n’ont pas de bon sens » et qui sont plus bas que la moyenne québécoise. « Il y a des employés, majoritairement des femmes, qui doivent aller chercher de l’aide alimentaire parce qu’ils n’y arrivent pas! », rapporte-t-elle. Selon l’animatrice communautaire, un meilleur financement viendrait à la fois soutenir les associations, mais aussi leur personnel.

Imageant ses propos avec l’exemple d’un équilibriste, Isabelle Bazinet rappelle que le rôle du milieu communautaire est d’agir comme un filet social : « Il y a beaucoup de personnes qui marchent sur un fil et qui comptent sur nous pour les rattraper. »

Le mois dernier, une offre de 400 millions de dollars sur quatre ans a été proposée par le nouveau gouvernement en réponse aux critiques du mouvement. « C’est mieux que rien, mais ce n’est pas suffisant », déclare Mme Bazinet. « Nous demandons un plan de rattrapage d’urgence et une indexation selon l’augmentation de nos frais de fonctionnement. »

Gaétane Lefebvre soutient également que la mobilisation se poursuivra tant qu’un plan acceptable pour les organismes ne sera pas convenu : « Le Communautaire à boutte va se tenir debout jusqu’à ce qu’on puisse s’asseoir avec le gouvernement. »

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