Frotter les cuisses et taper les fesses, « dans le temps ça se faisait » selon Jacques Taillefer


Publié le 13 mars 2017

Jacques Taillefer fait face à plusieurs accusations de nature sexuelle. Son procès a commencé le 6 mars 2017 au palais de justice de Joliette.

©Photo TC Media - Geneviève Geoffroy

JUSTICE. Accusé de multiples crimes sexuels, Jacques Taillefer a raconté lundi à son procès comment il aurait frotté les cuisses d'une de ses dix victimes alléguées, puis comment il lui aurait donné une tape sur les fesses en guise d'encouragement, prétextant que « dans le temps ça se faisait ».

« […] dans mon temps, on faisait ça avec des enfants », a mentionné l'accusé à propos d'un épisode où il aurait frotté les cuisses d'Évangeline*, en 2014, dans une écurie de L'Assomption. Jacques Taillefer a du même coup admis que son geste était « déplacé ».

L'accusé a expliqué qu'il avait connu Évangeline à l'écurie et qu'elle brossait son cheval, Jacob, sous surveillance puisque l'animal était de tempérament imprévisible.  La jeune fille était alors âgée entre neuf ans et dix ans.

Pour la faire rire

Selon lui, la veille de l'épisode du frottement des cuisses, Évangeline lui aurait dit qu'elle avait de nouveaux shorts.

« Pour la faire rire, je lui ai dit : "Tu me les montreras". Le lendemain, elle avait mis ses shorts. Je me suis penché, j'ai frotté ses cuisses pour lui dire : "T'as mis tes cuisses", pour la faire rire », a-t-il expliqué.

Tape sur les fesses

Jacques Taillefer a aussi reconnu avoir déjà donné une tape sur les fesses d'Évangeline pour l'encourager,  pour lui dire qu'elle était bonne.

« Dans le temps, ça se faisait, mais aujourd'hui, c'est très dangereux. Ce n'est plus acceptable maintenant », a-t-il dit.

Jacques Taillefer a aussi expliqué qu'il est possible que sa main ait pu frôler le short de la petite fille, mais seulement par inadvertance, alors qu'il aurait été concentré à s'occuper de son cheval.

Selon lui, son cheval était blessé à une patte. Il se serait penché pour tenter de la bouger et Évangeline se serait approchée. L'accusé l'aurait alors repoussé avec sa main en la prévenant de faire attention.

« [C'est] en la poussant que mon pouce aurait touché le short », a-t-il dit.

Voix tremblante

Selon la mère d'Évangéline, cette dernière était revenue de l'écurie le 9 juillet 2014 vers 17 h avec la voix qui « shakait ».

« Elle m'a dit : "Plus jamais je ne veux retourner à l'écurie avec ces shorts-là" », a raconté la maman, lors de son témoignage rendu le 9  mars, lors de la quatrième journée du procès de Jacques Taillefer.

Plus d'une fois

Évangeline aurait ajouté que c'était « Monsieur Jacques » et aurait montré un geste du pouce oscillant entre le short et la petite culotte.

« Elle disait que lorsqu'il a mis ses mains dans les shorts, qu'il lui a dit qu'elle avait vraiment des belles shorts », a-t-elle ajouté.

 « Je lui ai dit que c'était inacceptable et j'ai appelé les policiers », a-t-elle dit.

Plaintes

Le lendemain, le 10 juillet 2014, Jacques Taillefer avait été arrêté par la police. Il avait par la suite été accusé d'attouchement sexuel envers la jeune fille.

Un avis provenant des policiers avait à l'époque été diffusé dans les médias.

C'est à la suite de la lecture de cet avis que huit des neuf autres victimes alléguées de Jacques Taillefer auraient décidé de porter plainte, selon leurs témoignages respectifs livrés la semaine dernière dans le cadre du procès de cet ancien professeur de musique.

Pas possible

Jacques Taillefer aurait commencé à commettre des gestes de nature sexuelle envers des jeunes filles 40 ans plus tôt, en 1974, avec Johanne*, aussi âgée d'environ 10 ans au moment des faits reprochés.

Selon le témoignage qu'elle a livré la semaine dernière, Jacques Taillefer aurait tenté d'entrer sa main dans ses pantalons et dans sa culotte. Il l'aurait emmenée dans une pièce ressemblant à une tour, à l'écart des autres personnes présentes pour une fête dans sa maison de Charlemagne.

Or, selon l'accusé,  il n'est pas possible que ce soit arrivé.

« Elle dit que je l'aurais agressée [dans cette pièce] en 1974, alors que le plancher a seulement été fait en 1976 et que la pièce a fini d'être construite en 1978-1979. Donc, la tour n'existait pas à ce moment-là », a-t-il argué.

Pas de souvenir

Jacques Taillefer a aussi affirmé ne pas avoir souvenir du visage de Sophie*, qui aurait mis un terme à ses cours privés avec lui au milieu des années 1990 quand il l'aurait embrassée de façon « forte et directe » sur la bouche en plus de frotter ses fesses avec sa main.

« Je ne me rappelle pas de sa figure, a-t-il dit. Elle m'avait demandé comment on fait la valse et je lui aurais montré la valse. »

Selon lui, il tenait sa partenaire dans le dos avec sa main droite et il avait placé sa main gauche dans la main droite de Sophie.

« On se regarde les pieds et elle essaie de me suivre », a-t-il dit, mentionnant qu'il ne se souvenait de rien d'autre.  

Jacques Taillefer a aussi témoigné ne pas se souvenir d'avoir fait conduire sa voiture par Angélique*.

Il a plutôt affirmé se souvenir d'avoir « en général » fait conduire des enfants dans un rang près de sa résidence secondaire de Saint-Jean-de-Matha.

Lors de son témoignage rendu la semaine dernière, Angélique avait dit avoir subi des attouchements dans le Ford de l'accusé. Les évènements se seraient déroulés vers la fin des années 1980, alors qu'elle était âgée de sept à dix ans.

«C'est faux »

Jacques Taillefer a aussi nié catégoriquement avoir fait un acte de grossière indécence et d'avoir atteint à la pudeur d'une autre victime alléguée qui n'a pas pu venir témoigner au procès.

Les faits reprochés se seraient déroulés au début des années 1980.

« C'est faux », a-t-il dit concernant celle qui aurait été âgée de six à huit ans au moment des faits reprochés.

Jacques Taillefer doit poursuivre son témoignage mardi. En tout, il fait face à 21 accusations de nature sexuelles.

*Des noms fictifs ont été utilisés pour protéger l'identité réelle des victimes alléguées