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Un ex-goon de hockey senior risque la prison


Publié le 24 janvier 2018

Philippe Mailhot et son avocat, Me Richard Pascone.

©Photo L'Action - Geneviève Geoffroy

JUSTICE. La poursuite réclame la prison contre un ex-bagarreur d'une ligne de hockey senior qui a fracassé la mâchoire d'un adversaire lors d'une mêlée générale.

« Rien ne justifiait l'agression. Il n'y avait aucune trace de provocation de la part de la victime », a plaidé l'avocat de la Couronne, Me Mathieu Locas, le 22 janvier, lors des représentations sur la peine à imposer à l'accusé, Philippe Mailhot.

Selon lui, l'ex-bagarreur de 39 ans du défunt Blizzard de Saint-Gabriel-de-Brandon, et résident de Rawdon, devrait purger une peine discontinue de 90 jours de prison et effectuer un minimum de 150 heures de travaux communautaires pour le geste « sournois » qu'il a posé le 14 mars 2015, alors que la défense réclame une absolution conditionnelle et des travaux communautaires.

En août dernier, Philippe Mailhot, d'abord accusé de voies de fait graves, a plaidé coupable à une accusation réduite de voies de fait causant des lésions corporelles à sa victime.

Plusieurs coups

Ce soir-là, une mêlée générale a été initiée par un coéquipier de Philippe Mailhot, Kevin Talbot, quelques minutes à peine après le début de la période d'échauffement d'un  match décisif de la série opposant le Blizzard au Bigfoot de Saint-Léonard-d'Aston de la Ligue de hockey senior A de la Mauricie.

Kevin Talbot a quitté sa zone pour donner un double-échec dans le dos du joueur étoile de l'autre équipe, Louis-Étienne Leblanc, avec son bâton de hockey. Il a plaidé coupable à une accusation d'agression armée en juillet 2016 et a été absout conditionnellement pour son crime.

Les esprits échauffés se sont calmés et les joueurs retraitaient vers les vestiaires lorsque Philippe Mailhot, sans avertissement et alors qu'il n'avait en aucun cas été provoqué, a asséné un coup de poing au visage du joueur étoile. Ce dernier s'est effondré sur la glace. Philippe Mailhot a continué à le frapper alors qu'il se trouvait au sol et une seconde mêlée générale a éclaté.

Les coups donnés par Philippe Mailhot ont causé une commotion cérébrale et deux fractures à la mâchoire de sa victime.

« Je crois avoir été visé parce que c'était un avantage pour eux de viser une des pièces maîtresses de l'équipe adverse », a témoigné Louis-Étienne Leblanc devant le tribunal.

Après la bagarre, le père de famille de 30 ans a dû être opéré afin qu'on lui insère deux plaques de métal dans la mâchoire. L'opération lui a causé une légère paralysie du côté droit du visage. Après l'opération, il n'a pas été en mesure de manger normalement pendant deux mois et il n'a pas pu reprendre le travail avant six semaines.

« Par la suite, j'ai dû changer d'emploi parce que je n'étais plus en mesure de faire des “shifts” de 12 heures », a-t-il témoigné.

Aujourd'hui, quoiqu'elle soit moindre, la douleur est toujours présente et elle lui cause des maux de tête récurrents.

« J'ai atteint un plateau de guérison et un plateau de douleur.  On m'a suggéré une deuxième opération, mais elle pourrait augmenter la paralysie créée par la première opération. Donc, c'est soit que j'accepte la douleur ou la deuxième opération. Je n'ai pas envie de faire ce choix-là », a-t-il dit, la voix brisée.

Louis-Étienne Leblanc a affirmé être constamment angoissé quant à l'avenir. Selon lui, sa mémoire a été affectée en raison de la commotion cérébrale qu'il a subie à la suite de l'évènement. Il se dit moins attentif ainsi que moins patient, comme avec ses enfants.

« Aujourd'hui, ce qui m'angoisse, c'est qu'est-ce que ça va être quand je vais avoir 50 ans », a-t-il témoigné en sanglots.

Bagarre très présente  

En ayant porté plainte à la police et en ayant traversé le long processus judiciaire, Louis-Étienne Leblanc veut surtout lancer un message quant à la trop grande présence de la bagarre dans les ligues de hockey senior.

« On voit encore de la bagarre tout plein [dans ces ligues]. Je ne souhaite ça à personne et je ne veux plus que ça arrive. Ce qui m'est arrivé, ça ne touche pas seulement une personne, ça touche toute la famille. Ça change une vie et pas pour le meilleur », a-t-il dit.

Comme Louis-Étienne Leblanc, deux ex-joueurs de la Ligue de hockey senior A de la Mauricie ont témoigné devant le tribunal que la bagarre faisait partie des matchs disputés.

« Barbare et honteux »

C'est aussi ce qu'a affirmé Philippe Mailhot dans son témoignage.

« Chaque équipe avait trois ou quatre joueurs qui acceptaient de jeter les gants contre le joueur “policier” de l'équipe adverse. J'étais un de ces joueurs-là », a-t-il dit.

Selon lui, le soir de la mêlée générale, il a agi de manière « irréfléchie » quand il a asséné les coups à Louis-Étienne Leblanc, qui n'était pourtant pas un joueur « policier » du Bigfoot de Saint-Léonard-d'Aston.

« Ce n'est pas dans mon style de jeu de faire ça, s'est-il défendu. [Mon geste] est sorti du cadre du hockey. Ça ne devrait pas faire partie du jeu ça. C'est un cas où ça a dépassé les bornes. C'est barbare et honteux. »

Selon lui, « un coup de barre » devrait être donné dans ces ligues pour éliminer les batailles.

« Ça fait trois ans que je regarde ça de l'extérieur et la bagarre n'a pas lieu d'être dans le sport », a-t-il dit, tout en admettant avoir fait partie de ces bagarres plus d'une fois lorsqu'il jouait.

Dissuasion générale

Par ailleurs, si l'avocat de la poursuite réclame une peine de prison et des travaux communautaires contre Philippe Mailhot, c'est parce qu'il estime que la population doit être dissuadé de poser de tels gestes dans un cadre sportif.

« Il s'est retrouvé dans une situation où trop souvent les gens perdent la tête dans une arène sportive. Il est important de faire comprendre la gravité de ce geste », a argumenté Me Locas.

Philippe Mailhot doit revenir devant le tribunal en février pour recevoir sa sentence.