Les dames flécheuses

Six porteuses de tradition honorées à Saint-Jean-de-Matha

Geneviève Quessy infolanaudiere@tc.tc
Publié le 3 juin 2013

Au CRAPO, quand la clochette sonne, on fait silence, pour écouter parler la tradition. En ce dimanche 2 juin, c’est de ceinture fléchée dont on il était question, alors qu’on honorait six tisseuses, particulièrement impliquées dans la recherche historique et la transmission de cette forme d’artisanat, devenu symbole de Lanaudière.

Organisé par la Société d’ethnologie du Québec, en collaboration avec le CRAPO et le Centre du patrimoine vivant de Lanaudière, l’événement s’inscrivait dans le cadre du programme de valorisation des porteurs de tradition. Six tisseuses de ceintures fléchées, provenant de plusieurs régions du Québec, ont été honorées. Parmi elles, Marie-Berthe Guilbault-Lanoix de Berthierville, France Hervieux et Jocelyne Venne de L’Assomption, ainsi que Françoise Dufresne-Bourret de Ville-Saint-Laurent, Monique Genest-Leblanc de Brossard et Yvette Michelin de Québec. Les six dames flécheuses ont été choisies pour leur apport inestimable à la recherche historique et à la transmission de la technique du fléché.

Tel que raconté en première partie de l’événement par Suzanne Marchand, historienne et conférencière, les origines de la ceinture fléchée sont pour le moins controversées. Plusieurs études ont avancé des pistes différentes. Inspirées des tissus et motifs écossais, de la tradition amérindienne, acadienne, française ou québécoise; aucun document historique ne semble en prouver hors de tout doute la provenance. Une chose est certaine, la ceinture fléchée est propre à la région correspondant à l’ancien Bas-Canada, soit le Québec, car selon la conférencière, on ne l’aurait retrouvée nul par ailleurs dans le monde. La plus ancienne mention écrite de son existence daterait de 1798. La Compagnie du Nord-ouest, devenue par la suite la Compagnie de la Baie d’Hudson, aurait grandement popularisé ce vêtement, s’en servant comme monnaie d’échange dans le commerce du troc des fourrures, et employant pendant longtemps pour les concevoir, les artisanes de L’Assomption. La tradition a donc été particulièrement vivace dans cette partie de la région de Lanaudière et l’est encore.

Le Parti Patriote, lors de la rébellion de 1837, a fait de ce vêtement, fabriqué artisanalement au Bas-Canada, un symbole de résistance contre l’occupation anglaise et son monopole commercial. Plusieurs députés le portaient alors pour manifester leurs opinions politiques. Au fil du temps, la ceinture fléchée, au départ utilitaire, a fait partie, ou non, de la mode, jusqu’à perdre beaucoup de sa popularité, lorsque semble-t-il, la voiture s’est démocratisée. Prenant trop de place, enroulée autour de la taille avec ses 15 pieds de long et se coinçant souvent dans les portes des voitures, elle est alors définitivement restée au placard ! Hé oui ! C’est ainsi qu’on le raconte !

Qu’à cela ne tienne ! Symbole de patriotisme, symbole de tradition, le fléché reste cher aux yeux des québécois et surtout des lanaudois, et la tradition passe toujours de main en main, grâce, en particulier, aux six tisseuses qui ont été honorées à Saint-Jean-de-Matha, ce 2 mai 2013.