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11 avril 2019

Mélissa Blouin - mblouin@lexismedia.ca

Une mine d’or inexploitée chez Essor II

©(Photo Mélissa Blouin)

Stéphane Gauthier et Mireille Leclerc de LOGIQ innovations. 

ADAPTATION. Il y a quelques années, Mireille Leclerc, une technicienne comptable de formation, a eu recours aux services d’Essor II afin de se trouver un emploi dans son domaine, et ce, malgré son handicap visuel. Son expertise s’est vite fait remarquer et elle a été engagée chez LOGIQ innovations. Une embauche qui a transformé son quotidien, mais aussi sa façon d’être.  

« Ça m’a donné une grande confiance en moi de savoir que je pouvais encore être utile malgré mon handicap et je remercie beaucoup Stéphane Gauthier [président de l’entreprise] de m’avoir donné cette chance. Je me sens bien ici et je suis tellement contente de pouvoir encore exercer mon métier», a témoigné la dame de 54 ans.  

Quand elle a décidé de faire affaire avec Essor II, un service spécialisé de main-d’œuvre, elle n’avait aucune attente, car elle ne savait pas si elle était capable de retourner sur le marché du travail. « Ça m’a pris de très longues années avant d’accepter mon handicap, mais l’organisme m’a amenée à prendre de l’assurance, j’ai été capable de débuter un travail ici et maintenant je ne suis plus seule chez moi à m’apitoyer sur mon sort!»   

La mission d’Essor II est d’aider les personnes présentant des difficultés à intégrer le marché du travail. Qu’il s’agisse d’une déficience motrice, neurologique, visuelle, auditive, intellectuelle, de difficultés de langage ou d’un trouble du spectre de l’autisme. «Nous avons des ressources naturelles inexploitées», a commenté la conseillère en emploi depuis près de 25 ans, Céline Hénault.     

Elle ajoute que le terme handicap n’est plus approprié, car souvent, il s’agit seulement de gens qui ont besoin d’une approche différente. «Nous avons vraiment une belle main-d’œuvre et les employeurs doivent être prêts à s’adapter, surtout avec la pénurie actuelle. Oui, notre clientèle demande un investissement, mais ce sera payant à long terme, car elle est stable, persévérante, elle veut contribuer et a une grande fierté de pouvoir travailler.»   

Stéphane Gauthier a continué dans le même sens que Mme Hénault en mentionnant que ses deux employées, référées par Essor II, ont une grande gratitude. « Je leur ai donné leur chance et elles en sont reconnaissantes et c’est triste, parce que l’une de mes employées, qui a un trouble du spectre de l’autisme, a été congédiée de son autre emploi, mais elle n’a aucune lacune, seulement des différences et quand tu les comprends, tu vois juste des forces. Elle est hyper rigoureuse et méthodique, c’est ma petite perle.»  

Pour lui, les employés issus d’Essor II sont une réelle mine d’or, mais les entreprises ne le savent pas. « J’en ai fait des entreprises et plus c’est gros, plus tu cherches la perfection, mais de vivre avec la différence ça amène une belle dynamique et il faut que l’employé soit prêt à s’investir et à innover, parce que de toute façon, il n’y en aura pas d’employé parfait. » 

Pour ce père de famille, ses 13 employés sont un peu comme ses enfants. « Ils ont des forces et des faiblesses et mon rôle est de faire de mon mieux pour les faire évoluer.» Au sein de l’entreprise, Mireille est devenue une employée très importante par sa personnalité et même si cela a demandé au président de faire des adaptations, comme des modifications aux escaliers, pour lui, ce n’est rien à comparer à ce Mireille a dû traverser.   

©(Photo Mélissa Blouin)

Éric Bellerose engage des employés référés par Essor II depuis maintenant deux ans.

Des histoires inspirantes 

L’année dernière, Essor II a admis 295 personnes pour une démarche de recherche d’emploi. De ce nombre 257, ont obtenu un emploi ou ont effectué un retour aux études. « Je suis satisfaite quand la personne sort de mon bureau et qu’elle est fière de qui elle est et qu’elle sait où elle s’en va», a ajouté Mme Hénault. 

L’un de ses clients l’a particulièrement marqué par le chemin qu’il a parcouru, un surdoué en informatique qui était très renfermé sur lui-même et qui n’avait jamais eu d’emploi. Ce dernier a expliqué que cela faisait plusieurs mois qu’il cherchait un emploi, mais qu’il avait des limitations physiques. Quand il est arrivé avec Essor II tout a changé. « Céline a été super gentille, elle m’a aidé et a compris instantanément mes problèmes. Elle m’a recommandé à plusieurs employeurs et j’ai pu faire mon choix.» 

Au total, cela a pris un mois avant qu’il soit engagé à la Boucherie Éric Bellerose. «J’avais besoin de quelqu’un d’assidu et de rigoureux et il était très structuré, mais il était gêné à un point tel qu’il ne me regardait même pas quand je lui parlais et quand des clients entraient, il s’en allait», a raconté le propriétaire de la Boucherie depuis 12 ans. 

Depuis son embauche, l’employé se décrit comme un homme changé. « De travailler, d’avoir mon propre argent et de donner un sens à mes journées, ça m’a beaucoup aidé à me développer et à entamer plusieurs projets. J’ai recommencé mon secondaire et je m’en vais à l’université aux États-Unis. »  

Engagé depuis deux ans, il s’est aussi avéré être une grande force pour l’entreprise. « Il est en train de construire un logiciel maison pour nous et grâce à lui nous avons maintenant une page Facebook, un site Internet et une boutique en ligne», a ajouté Éric Bellerose. Il mentionne que son père était plus frileux à la venue de ce premier employé, mais que cela lui a ouvert les yeux et qu’ils ont répété l’expérience sans hésiter.     

Deux autres employés référés par Essor II ont fait leur entrée à la Boucherie et dans les deux cas, cela a été un succès. « En tant qu’employeur nous avons tous eu des mauvaises expériences, des employés exigeants, car le bassin d’employés est très différent qu’avant, mais eux, ils sont contents d’avoir un emploi et juste ça, ça les rend 50% plus productifs et la bonne humeur c’est contagieux dans un environnement comme le nôtre. En plus, ils sont toujours respectueux et ponctuels. »  

Céline Hénault conseillère en emploi depuis près de 25 ans.

Le développement personnel avant tout  

FAIRE LA DIFFÉRENCE. L’organisme Essor II aide les personnes ayant des limitations d’ordre physique, intellectuel ou psychologique à intégrer le marché du travail depuis déjà plus de trente ans. Toutefois, ce n’est pas un centre de placement et les conseillères en emploi misent beaucoup plus sur le développement personnel des clients que sur le fait de leur trouver un emploi à tout prix.    

«Il faut vraiment prendre le temps, c’est un processus de connaissance de soi. Il faut que nos clients apprennent à gagner en confiance face à leur diagnostic ou à leurs particularités. Parfois, il y a des gens qui ont perdu des capacités et dans ce cas, il y a un processus de réorientation à faire», a expliqué la conseillère en emploi, Céline Hénault.  

L’organisme a un an pour aider sa clientèle à intégrer un emploi, mais si elle a besoin de plus de temps, ça sera plus! « Il y a une évolution à réaliser avant d’aller vers le marché du travail, des compétences et une motivation à développer. Il faut que l’emploi devienne un outil de développement», a ajouté Mme Hénault. 

Selon elle, obtenir un emploi est l’une des meilleures façons de s’intégrer dans la société, d’être contributif et de vivre une fierté, peu importe l’âge. Parmi sa clientèle, elle reçoit beaucoup de jeunes de 18 ans, mais a récemment aidé une dame de 72 ans.  

De concert avec les employeurs 

Essor II travaille en grande collaboration avec les employeurs. Elle les aide à trouver du personnel compétent qui répondra à leurs besoins et fait une présélection pour eux. «Avec l’employeur, on prend le temps de regarder les forces et les difficultés de la personne et de mettre en place des mesures qui vont favoriser son autonomie. On met en premier plan le potentiel de notre clientèle en faisant respecter ses contraintes. » 

L’organisme a des agentes d’intégration qui peuvent accompagner les personnes dans les entreprises afin de les aider à s’intégrer et à devenir productives. Elle assure le maintien en emploi et peut proposer des subventions gouvernementales dans certains cas.  

De plus en plus, les employeurs contactent directement l’organisme par manque de main-d’œuvre. « On reçoit des appels toutes les semaines. Parfois, il y a même des préjugés favorables et on nous demande des gens avec un trouble du spectre de l’autisme, car ils ont une qualité de travail impeccable», a terminé Mme Hénault.  

Les services d’Essor II sont offerts gratuitement.  

Un organisme régional 

L’organisme régional a des points de service à Joliette, à Repentigny et à Mascouche et est membre du Regroupement des organismes spécialisés pour l’emploi des personnes handicapées (ROSEPH). 

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