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14 Août 2018

Mélissa Blouin - mblouin@lexismedia.ca

La maladie l’amène à réaliser l’impensable

32 km de nage malgré l’arthrose

Claude Davignon a réussi ce grand exploit à l’âge de 58 ans.

DÉTERMINATION. Il y a six ans, Claude Davignon était incapable de marcher en raison de son arthrose. Plutôt que de se laisser décourager, il s’est entraîné et a subi plusieurs opérations, le laissant avec des prothèses aux genoux, afin de retrouver sa forme physique. Puis, le 21 juillet dernier, il a terminé l’une des épreuves sportives les plus difficiles au monde, la Traversée du lac Saint-Jean à la nage. 

Pendant 12h 14m et 11s, le Joliettain de 58 ans a nagé sans relâche afin de réaliser cette traversée de 32km. « Tu n’as même pas le droit de t’accrocher à la chaloupe qui te suit juste pour prendre de l’eau, sinon tu es disqualifié», a expliqué l’athlète. Au total, ils étaient quatre nageurs, provenant de partout à travers le monde, qui participaient à cette épreuve reliant Péribonka à Roberval. 

Seulement deux d’entre eux, soit M. Davignon et le français Grégory Lécrevisse, ont réussi à terminer l’épreuve. « Les douleurs sont atroces pendant les cinq dernières heures, mais l’adrénaline et l’orgueil me poussaient à continuer. Rendu à ce point, c’était plus mental que physique. J’étais tellement crinqué que ça m’était égal de me briser une épaule, il fallait que je termine!» 

À la fin, il prenait des antidouleurs toutes les deux heures en plus de s’hydrater aux vingt minutes et de prendre des gels de cycliste aux heures. Il calcule avoir dépensé plus de 13 000 calories au cours de la journée et avoir effectué 23 000 tractions de bras.  

« Quand tu es dans l’eau, tu es totalement seul. Tu nages et avec les vagues, tu ne sais même plus si tu avances ou si tu recules.» Les deux jours précédents la compétition, M. Davignon avait passé plusieurs heures à observer le quai d’arrivée et à s’imaginer lui toucher. « Tout au long de la course, je ne pensais qu’à ça. » 

Pendant la dernière heure, le Joliettain était seul sur le lac, comme l’autre compétiteur a terminé avant lui. «Les six gros bateaux étaient autour de moi et klaxonnaient. J’entendais les gens crier mon nom et m’encourager, c’était un moment mémorable.»  

Puis, il a vu le fameux quai d’arrivée, les estrades et les spectateurs. «Quand je suis arrivé, les autres participants m’attendaient, ainsi que mon petit-fils et les quelque 200 bénévoles. » Il n’était tout simplement plus capable de bouger et ne sentait plus ses membres, mais il avait réussi.   

« Je suis fier de l’avoir fait, mais je ne le referai jamais. C’est trop dur, c’est le summum de l’épuisement. Je ne sais même pas comment j’ai fait. C’est difficile pour un professionnel, alors imaginez pour moi, qui est magané et qui n’a même pas de coach! » 

Un parcours hors du commun 

En cinq ans, M. Davignon a été en arrêt de travail pendant plus de trois ans et a subi cinq opérations. « C’était difficile mentalement de ne rien faire, alors j’ai commencé à aller à la piscine. Puisque je n’étais plus capable de supporter mon poids, c’était la façon idéale de garder la forme». De plus, quand il était plus jeune, il avait déjà été membre d’un club de natation pendant deux ans.  

Il a commencé par faire des longueurs, puis un 5km et un 10km l’année suivante. Il y a deux ans, deux spécialistes lui ont mentionné qu’il devait avoir une épaule artificielle, mais M. Davignon a déjoué les diagnostics en continuant la natation et son épaule s’est rétablie. « C’est vraiment à cause de mes maladies que je me suis entraîné.»  

Tout juste après avoir réalisé un 20 km de nage, M. Davignon savait que la prochaine étape qu’il visait était la Traversée du lac Saint-Jean. « Je m’entraînais 20h par semaine. J’étais le petit vieux qui faisait bien des longueurs dans la piscine! Parfois je nageais 5-6h sans arrêt et les sauveteurs m’arrêtaient pour savoir ce que je faisais», a-t-il rigolé. 

L’été dernier il s’est aussi fait opérer aux mains et aurait dû arrêter de nager au moins six mois, mais sept jours plus tard, il était déjà dans l’eau avec son plâtre.  

Maintenant que son objectif est réalisé, il veut continuer à effectuer des 10 et des 15 km. Au moment de l’entrevue, il recommençait à nager et à s’entraîner, mais avait encore les épaules très douloureuses.  

Traversée solo du lac Saint-Jean 

La Traversée en solo du lac Saint-Jean permet à des athlètes de participer à l’épreuve dans un cadre non compétitif. Il s’agit du même parcours que font les professionnels lors de la Traversée internationale du lac Saint-Jean. Une étude scientifique du magazine Américain Outside a déjà classé cette Traversée parmi les six épreuves sportives les plus difficiles au monde. La température de l’eau du lac, qui varie entre 17° et 23°C, et ses vagues pouvant atteindre 2 mètres poussent plusieurs nageurs du monde à qualifier la Traversée de « marathon culte ». En 59 ans, 431 nageurs différents y ont participé, 160 ont été retirés de l’eau et 31 ont terminé après le temps réglementaire.   

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