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04 décembre 2018

Mélissa Blouin - mblouin@lexismedia.ca

La maladie amène une agricultrice à réaliser son rêve

Céline Poissant veut protéger sa terre 

©(Photo gracieuseté Christian Rouleau)

AGRICULTURE. L’agricultrice de Sainte-Mélanie, Céline Poissant, rêve depuis de nombreuses années de protéger à perpétuité la vocation biologique et écologique de sa terre, tout en offrant aux fermiers de la relève un endroit pour réaliser leur rêve. « J’ai toujours pensé que la terre ne devrait appartenir à personne.»

Pour ce faire, elle voulait céder la propriété de sa terre à une Fiducie d’utilité sociale agricole (FUSA). Une FUSA protège à perpétuité le fonds de terre et les écosystèmes qui s’y trouvent. Le fonds de terre ne peut plus être revendu, mais la superficie et les bâtiments agricoles peuvent être loués ou vendus à des fermiers.  

« Il y a de la place pour que coexistent, en synergie, plusieurs projets agricoles et connexes, sur une terre qui ne serait plus une propriété privée, mais une sorte de havre protégé», a expliqué Mme Poissant. Son projet devait se réaliser graduellement, mais au printemps dernier, des métastases au cerveau ont poussé l’agricultrice à tout accélérer.  

Elle a choisi sept fiduciaires, qui agiraient un peu comme des « gardiens de la terre ». Des gens d’expériences issus de milieux complémentaires qui pourraient unir leurs forces respectives et mener à terme le projet.   

En juillet, la veille de son entrée à l’hôpital pour une opération au cerveau, l’acte de fiducie a été signé donnant naissance à la Fiducie d’utilité sociale agricole des Vallons d’En-Haut. Il s’agissait du troisième projet de FUSA uniquement au Québec.  

Le premier avait été réalisé par la ferme Cadet Roussel en Montérégie et avait pris près de dix ans avant de se concrétiser. « Ils faisaient de l’agriculture biologique depuis 40 ans et ils savaient qu’à la minute où la terre serait à vendre elle serait achetée par des producteurs conventionnels qui ne respecteraient pas tout ce qu’ils avaient bâti», a ajouté la Mélanienne qui elle, fait de l’agriculture biologique depuis une trentaine d’années.  

Elle explique que cela a toujours fait partie d’elle, même lorsque l’agriculture biologique était beaucoup moins répandue. « On se faisait considérer comme des martiens! Les institutions financières ne nous prenaient pas au sérieux et nous n’avions aucun soutien, c’était très difficile». C’est pourquoi il est important pour elle que sa terre reste terre sans OGM et sans pesticides de synthèse.      

Mme Poissant évoque également qu’à son arrivée à Sainte-Mélanie, personne ne voulait de sa terre qui, en raison de son emplacement, était jugée trop « marginale ». Mais maintenant, les gens voudraient y construire des maisons et c’est exactement ce qu’elle veut éviter.  

Encore de nombreuses étapes 

Il reste de nombreuses étapes avant que le projet soit finalisé. « La Fiducie existe, mais elle est comme une coquille vide. Il faut que j’y verse la propriété de la terre.» Mme Poissant a déjà fait un effort colossal en cédant gratuitement la terre à la Fiducie, mais elle devait en plus défrayer les différents frais juridiques et légaux pour assurer la transition de sa terre. Ses amis ont donc lancé une campagne de sociofinancement pour ces frais et ont amassé près de 28 000$ en deux mois grâce à quelque 200 donateurs. Dans ce projet, Mme Poissant est aussi accompagnée par l’organisme Protec-Terre. 

Une fois la fiducie en fonction, les agriculteurs pourront proposer leurs projets aux fiduciaires. Ainsi, cela facilitera l’accès à la relève. Mme Poissant veut également que des activités à caractère social, culturel ou éducatif soient exercées dans la Fiducie. Le transfert devrait pouvoir se faire au cours des prochains mois. « Pour le moment, c’est comme pour ma maladie, c’est une journée à la fois! » 

©(Photo gracieuseté Christian Rouleau)

Un processus à accepter 

Pour Mme Poissant, le fait de céder sa terre à la Fiducie est aussi une façon de protéger son héritage et sa famille. « J’ai une amie qui est avocate et qui a vu toutes sortes de problèmes dans des cas d’héritage. Des familles qui s’entendaient super bien, mais que chacun tirait la couverte de son côté. Ma terre, c’est tout ce que j’ai comme héritage.» Elle est la mère de trois enfants, dont l’un qui est actuellement locataire de la ferme des Arpents roses, Ludovic Beauregard.  

Ce dernier partage les valeurs de sa mère, mais pour lui qui est né sur la terre du rang Saint-Albert, il a été difficile d’accepter qu’il n’en serait jamais propriétaire. « Cette décision est venue avec des déchirements. Il n’y a nulle part où je me sens plus chez moi qu’ici et c’est difficile de renoncer à être propriétaire de la terre», a-t-il expliqué. 

Pour lui, cela complexifiera les choses. Par exemple, lorsqu’il souhaitera faire un investissement ou construire un nouveau bâtiment il n’aura pas assez d’actifs pour emprunter puisque la terre ne pourra jamais être utilisée en garantie.   

« C’est un cheminement difficile et je continue à le faire. Ma mère est tombée malade et les choses se sont bousculées en plein milieu de la saison. Je n’ai pas eu le temps de faire de grande réflexion, mais maintenant que la saison est finie j’ai plus de temps pour y penser et ça me rassure de savoir que la terre va rester même quand je ne serai plus là, qu’il n’y aura jamais de maisons qui seront construites dessus», a terminé l’agriculteur de 30 ans.  

Un parcours parsemé d’épreuves  

Céline Poissant et son conjoint Claude Beauregard se sont lancés en agriculture biologique à une époque où le concept était encore très marginal. En 1983, alors qu’ils vivaient sur leur terre en Beauce, un lymphome a été diagnostiqué à l’agricultrice. Puis en 2002, Claude, le père de ses trois enfants et partenaire dans la création de la ferme des Arpents roses de Sainte-Mélanie, est décédé à 41 ans. Céline a porté à bout de bras son projet et en 2015, un cancer du poumon la prend par surprise. Ses métastases au cerveau, du printemps 2018, sont une suite de ce dernier cancer.     

Les sept fiduciaires sont Michel Lambert, Françoise Boudrias, Benoit Tremblay, Chantal Lalonde, Caroline Laurin, Céline Poissant et Ludovic Beauregard.

©(Photo gracieuseté Christian Rouleau)

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