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31 Janvier 2018

Élise Brouillette - ebrouillette@lexismedia.ca

L'élastique vient de se briser, selon le président du syndicat

Cri du cœur des infirmières

©(Photo gracieuseté)

SANTÉ. En entrevue avec L'Action, Stéphane Cormier, coprésident du Syndicat interprofessionnel de Lanaudière, affirme que les infirmières et les infirmières auxiliaires ne veulent pas faire plus d'argent, mais qu'elles veulent tout simplement rentrer chez elles.

Ces jours-ci, les messages de travailleurs de la santé à bout de souffle se multiplient sur les réseaux sociaux. Parmi eux : des photos où on voit des infirmières et des infirmières auxiliaires, masquées et tenant des messages visant à interpeller les gens à leur situation, et plus particulièrement au temps supplémentaire obligatoire (TSO) en raison du manque de personnel.

Certaines de ces photos ont été prises ici-même, au Centre hospitalier de Lanaudière.

« Ce n'est pas un mouvement orchestré par le syndicat, explique Stéphane Cormier, quand les filles en sont rendues à décrier ce qu'elles vivent, c'est qu'elles sont à bout. Il y a beaucoup de métiers où on n'aurait pas enduré ça même deux semaines. »

Le temps supplémentaire obligatoire est un enjeu majeur. Il contraint les travailleurs de la santé à rester au-delà de leur quart de travail de huit heures en raison d'un manque de personnel.

« À chaque quart de travail, ils ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête », image le coprésident.

Il cite quelques exemples récents de situations qui sont selon lui du jamais vu: « Au CHRDL, une employée a dû faire 20 heures en ligne et dans un CHSLD, une personne a dû faire 18 heures de suite parce qu'il n'y avait pas de relève. En hébergement, une infirmière enceinte de six mois a été laissée seule pour évaluer 112 patients. »

Martine Benoit est infirmière auxiliaire depuis dix ans et elle travaille au CHRDL. Elle fait partie de ceux qui relaient les photos sur les réseaux sociaux. « Depuis le temps que ça dure et que ça empire, c'est juste rendu insupportable. Si le TSO est supposé être une mesure exceptionnelle, c'est maintenant utilisé tous les jours et à chaque quart de travail. »

Elle explique que le manque de personnel a vraiment dégénéré depuis les coupures du ministre Barrette. « Le TSO est utilisé lors d'une absence si personne sur la liste de rappel n'est disponible. Tout est comptabilisé et si c'est rendu à ton tour, tu n'as rien à dire sinon on te menace de mettre une lettre à ton dossier. C'est du travail forcé et ça amène de la friction entre les employés. »

Négociations en cours

Stéphane Cormier mentionne que dans le nord de Lanaudière, la situation dans les CHSLD, en gériatrie active et en chirurgie est catastrophique. « Les travailleurs sont laissés à eux-mêmes. Quand ils font des actions solidaires comme ce qu'on observe, c'est qu'ils sont à court de solutions. »

Le syndicat est actuellement en négociations. Stéphane Cormier ajoute que le syndicat a déposé une dizaine de projets d'entente qui comprennent, notamment, le rehaussement du nombre de postes temps plein, mais rien n'est signé. Une autre séance de négociations est prévue le 7 février. « Tout est sur la table et les solutions, il ne faut pas juste en prendre une, il faut toutes les prendre. Il faut vraiment donner un coup de barre.»

« Il y a une méga embauche en cours pour le mois de juin, mais les membres ne veulent pas attendre six mois, elles ne veulent plus vivre ça, elles veulent une solution pour cet après-midi, pas pour dans six mois. L'élastique a tout simplement brisé. Actuellement, on se sert du temps supplémentaire obligatoire pour gérer la liste de rappel. Je veux m'assurer que les membres ne feront plus de TSO. »

Il ajoute : « Le plan de contingence crée de la dangerosité pour le patient. Ça met tout le monde à risque. »

Martine Benoit souligne : « On est dans une ère de dénonciations de toutes les choses qui sont aberrantes dans notre société et le TSO, c'est aberrant. Il y a des patients qui ont déjà refusé de se faire traiter par des infirmières en temps supplémentaire obligatoire. »

L'infirmière auxiliaire précise : « On est moins vigilant après 8 heures de travail, je peux passer à côté de quelque chose. »

A-t-elle déjà vu des patients souffrir de cette situation? « On en voit tous les jours, entre nous on s'en parle constamment. »

Elle croit que c'est aux gestionnaires de trouver des solutions, mais le rehaussement des temps plein est aussi, selon elle, une partie de la réponse.

Selon le coprésident du syndicat, ce sont 87 000 heures de temps supplémentaires qui sont effectuées par les infirmières et infirmières auxiliaires annuellement dans la région. « C'est un cercle vicieux, quand on met plus de pression, les gens plus fragiles partent en maladie, et ensuite on exige plus de TSO, et on met plus de pression, etc. Ça crée aussi des problématiques familiales.»

Malgré tout, Martine Benoit ne compte pas délaisser son emploi. « Je vois toujours le positif partout, j'ai espoir que ça va s'améliorer…»

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