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La vague de dénonciation d'agressions sexuelles touche aussi les jeunes


Publié le 6 novembre 2017

Claudia, Eugène-Emmanuel et Eliane, trois membres de l'Association étudiante du Cégep de Joliette, philosophent sur le mouvement #MeToo.

©Photo TC Media - Caroline Morneau

DISCUSSION. Dans la foulée du mouvement de dénonciation d'agressions sexuelles qui prend de l'ampleur aux États-Unis et aussi au Québec ces dernières semaines, L'Action a rencontré trois étudiants du Cégep de Joliette afin qu'ils commentent les événements. Est-ce que la jeunesse se sent interpellée par cette vague et qu'en restera-t-il, une fois la poussière retombée?

Premier constat de L'Action après avoir discuté avec ces trois jeunes: ce ne sont pas les allégations envers les célébrités qui semblent les inciter à se questionner, mais bien les témoignages de leur entourage immédiat.

« Ça fait réfléchir, parce qu'on voit beaucoup de témoignages d'agression sur les réseaux sociaux de la part de gens qu'on connaît. Je me rends compte que j'ai beaucoup d'amis qui ont vécu des choses. Même ma mère a écrit un statut là-dessus », témoigne Eugène-Emmanuel, 19 ans.

Claudia, également âgée de 19 ans, se souvient avoir eu toute une surprise quand elle a appris qu'une fille qu'elle connaissait avait été agressée quand elle était enfant. « Tu ne t'imagines pas ça en la regardant. Tu te rends compte que c'est arrivé à plein de monde, c'est fou. »

Ce mouvement toutefois demeure éphémère, selon Eugène-Emmanuel, bien qu'il permette une prise de conscience sociale et qu'il donne la possibilité aux personnes de s'ouvrir et de dénoncer, croit-il.

« J'ai l'impression que c'est une vague parmi tant d'autres, je ne pense pas qu'on assiste à une révolution. Un moment donné, ça va se calmer, jusqu'à la prochaine vague. »

De son côté, Eliane, 20 ans, estime que les mouvements de type #MeToo aident à « faire avancer les choses ». « Ça en prend absolument, sinon rien ne changera. #MeToo, ça rejoint tout le monde, les jeunes aussi. C'est avec l'enchaînement de plein de mouvements comme ça qu'on avancera. »

Un phénomène encore banalisé en 2017

L'étude Pixel publiée en septembre dernier par l'Institut national de santé publique du Québec vise à établir un portrait de la santé sexuelle des jeunes adultes à travers la province. Parmi les 3000 personnes interrogées, lesquelles sont majoritairement âgées entre 17 et 25 ans, un homme sur dix de cette tranche d'âge affirme avoir été victime d'abus sexuel. Du côté des femmes, la proportion s'élève à trois sur dix.

De ces jeunes adultes qui disent avoir subi une agression, seulement un sur dix du côté des hommes et deux sur dix du côté des femmes indiquent avoir demandé de l'aide.

Photo TC Media - Caroline Morneau

« Ce n'est pas étonnant que si peu de gens dénoncent, croit Eliane. C'est encore un sujet tabou en 2017, les agressions. Je pense que la banalisation du phénomène est encore bien présente. Les gens ne parlent pas, parce qu'ils considèrent que ce qui leur est arrivé, ce n'est pas si grave que ça. Plusieurs aussi ont peur de ne pas être crus. Chez les jeunes, ce n'est pas différent. »    

Quant à Claudia, elle indique ne jamais avoir subi d'agression sexuelle, mais raconte avoir été la cible de blagues ou de commentaires déplacés, comme bien d'autres femmes de son âge. Parce qu'elle considérait ne pas avoir été victime d'un « vrai viol », néanmoins, elle n'a jamais senti le besoin de dénoncer une situation.

« Avant le mouvement #MeToo, je n'avais pas réalisé qu'une "joke de mononcle" pouvait faire partie de la culture du viol. Ce concept à mon avis est très large et très flou. J'avoue que ce qu'on entend ces temps-ci et les statuts que je lis sur Facebook me font réfléchir là-dessus », philosophe la jeune femme de 19 ans, avant d'ajouter se rendre compte qu'un commentaire à caractère sexuel, aussi banal qu'il puisse paraître, peut être un élément déclencheur de « quelque chose de plus grave ». Selon elle, si la culture du viol dans sa globalité était prise au sérieux davantage, les gens seraient plus enclins à dénoncer.

« Au début, j'étais mal à l'aise de tout mettre dans le même bassin, mais plus ça va, et plus je réalise que les paroles peuvent avoir un effet d'entraînement dans la culture du viol. Rien n'est à prendre à la légère. »

Eugène-Emmanuel, lui, établit une distinction très claire entre les commentaires et les abus physiques. Il estime aussi que la limite à ne pas franchir est variable d'une personne à l'autre: « Je ne dirais pas qu'une blague déplacée est l'équivalent d'un viol, mais je pense que les agressions verbales, ça existe. La limite à ne pas franchir, c'est quand ça rend l'autre personne mal à l'aise », estime-t-il.

« Je vois le mouvement #MeToo comme une occasion pour les personnes qui ont vécu une situation inconfortable, peu importe sa nature, d'en parler, de ne pas garder ça pour elles. Si ça te fait du bien de le dire, eh bien tant mieux, dis-le. »