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Martin Lépine et Albert sur la trace des gibiers disparus

Conducteur de chiens de sang depuis huit ans


Publié le 28 novembre 2017

Martin Lépine avec ses chiens Maquis et Albert.

©(Photo TC Media- Guillaume Morin)

CHASSE. Concentré sur sa tâche à son atelier d'ébénisterie, Martin Lépine est toujours prêt à partir en mission pour son autre passion, celle de conducteur de chiens de sang. Quand M. Lépine reçoit un appel d'un chasseur qui ne trouve plus son gibier, il part aussitôt avec son chien Albert. Comme un policier sur une scène de crime, il examine tous les indices sur place et le teckel part sur la trace de la bête fuyante, que ce soit un ours, un orignal ou un chevreuil.

« Quand le temps de la chasse arrive, mes clients savent que je mets la clé dans la porte si je reçois un appel!  Il faut y aller rapidement, surtout au début septembre, car la viande va chauffer et ne sera plus bonne», explique le résident de Saint-Thomas.

Son équipement déjà dans son camion, il ne lui reste plus qu'à aller chercher son chien à sa résidence. « Je fais juste mettre mes bottes, je mets toujours les mêmes pour aller en recherche, et Albert sait qu'il s'en va travailler. Il se met à siller et devient tout excité. » Une fois sur place, le chasseur lui indique l'endroit où il a vu la bête pour la dernière fois et le travail commence.

« Je regarde s'il y a des poils, car leur longueur peut indiquer sur quelle partie du corps la bête a été touchée, et s'il y a du sang. Si c'est le cas, c'est un plus, mais même s'il n'y en a pas, mon chien sera capable de détecter l'odeur de l'animal blessé et de savoir quelle piste suivre parmi toutes celles qui se trouvent dans la forêt. »

Parfois, ils peuvent retrouver le gibier en quelques minutes, d'autres fois en plusieurs heures et même ne pas le récupérer du tout si la blessure n'est pas mortelle. « Quand je suis presque sûr que c'est mortel, selon les indices, je vais continuer la recherche jusqu'au bout, même si ça fait quatre heures! » 

Selon l'endroit où l'impact s'est fait, ils peuvent aussi attendre avant d'entamer les recherches. « Si je vois que c'est un tir de panse, on peut attendre jusqu'à sept heures avant de commencer, parce que si on pousse la bête trop rapidement, elle va se relever et aller plus loin, alors on met toutes les chances de notre côté. »

Une fois le gibier retrouvé, le conducteur localise la bête et si elle est agonisante, il doit aller porter Albert au camion avant de récupérer une arme. « Pour ce type de gibiers, il est interdit au Québec de faire des recherches avec un chien en étant armés. »

Au cours de l'année 2017, M. Lépine a été appelé à 20 reprises pour se rendre un peu partout dans la région et même plus loin. Dans Lanaudière, ils sont seulement deux membres de l'Association des Conducteurs de Chiens de Sang du Québec (ACCSQ). 

L'une de ses plus belles recherches s'est déroulée à Saint-Alphonse-Rodriguez. Après avoir retrouvé la bête, M. Lépine lui a remis la brisée, un rituel qui vise à honorer le gibier, le chien et le conducteur, et le chasseur qui était de descendance Algonquienne a fait une prière, « j'étais ému au plus haut point, c'était vraiment spécial comme moment. » 

Une complicité hors du commun

Cela fait environ huit ans que l'ACCSQ a vu le jour et M. Lépine s'y est joint dès les débuts. C'est lors d'un voyage de chasse qu'il a su qu'il voulait devenir conducteur de chiens de sang. « Nous avions eu besoin de ce service, car nous ne retrouvions pas notre gibier. Quand j'ai vu le conducteur arriver et débarquer de son camion son petit teckel d'environ 17 livres, je me suis dit "ce n'est pas ce petit chien-là qui va retrouver notre orignal". Puis, après l'avoir vu travailler, je suis tombé en amour avec la race. »

Il a adopté un teckel à poil dur de cinq ans. «Ç'a été difficile, parce que je commençais tout juste à être conducteur et c'est plus facile dresser un chiot. J'ai travaillé fort, mais j'ai été capable de faire mon petit bout de chemin. »

Quand ce premier chien a atteint l'âge de neuf ans, M. Lépine s'est procuré un autre chiot de cette même race pour l'entraîner, Albert. Il a suivi la formation pour chiots à l'ACCSQ et cinq ans plus tard, Martin et Albert ont développé une complicité à tout casser.

« Plus tu travailles avec ton chien, plus tu es capable de le lire. Albert, j'ai juste à regarder ses réactions, sa tête, ses oreilles, sa queue et je sais s'il est sur la bonne voie. Sa queue est comme un métronome, tant qu'elle bouge, ça veut dire qu'il est sur sa piste. » 

Par mesure de sécurité, Albert porte un collier GPS lors de chaque recherche. « Si je m'enfarge et que je l'échappe pendant qu'il est sur une piste, oublie ça, il est parti! Je suis en amour avec mon chien, c'est comme mon bébé, il ne faudrait pas que je le perde! »

M. Lépine a également un jeune chien de 11 mois, Maquis, qui commencera son travail dès le printemps lors de la chasse à l'ours. « J'ai hâte de faire travailler le jeune, c'est une passion pour moi et chaque nouveau défi est excitant. » De plus, dès qu'il aura un an, Maquis ira passer ses brevets au Club des Amateurs de Teckels du Canada (CATC). 

Pour ce faire, un tracé est simulé dans le bois, avec du sang et des poils, et 20 heures plus tard, ou 40 heures selon le brevet, le chien embarque sur le tracé. Il doit donc ignorer les pistes chaudes pour retrouver la bonne piste qui est devenue froide avec les heures.

Albert est breveté en 20 et en 40h et ce sera la même chose pour Maquis. M. Lépine a aussi eu le privilège de recevoir son brevet de recherche au sang au naturel cet automne alors que le juge accrédité Patrick Mestadier l'a évalué en pleine recherche. Martin et Albert ont retrouvé la bête 2,2 km plus loin et se sont mérités le brevet, un honneur que seulement six membres au Québec détiennent.

À noter que la saison de la chasse pour M. Lépine, c'est-à-dire dans la zone huit, s'est terminée le dimanche 26 novembre.  

Martin Lépin et Albert fiers d'avoir retrouvé le gibier.

©(Photo gracieuseté)

Martin Lépin et Albert fiers d'avoir retrouvé le gibier.

©(Photo gracieuseté)