Les disques compacts victimes d’une fausse note

Publié le 13 décembre 2016

CONCOURS DE REPORTAGES. Il y a seulement quelques années, les mélomanes avides de nouvelle musique n’avaient qu’un seul moyen pour combler leur passion : l’achat de disques compacts. Malgré le fait que certains des plus passionnés continuent de payer afin de profiter en totalité de l’écoute de musique, c’est-à-dire en achetant des copies compactes, l’industrie du disque se trouve sur une pente descendante. En effet, les sites de lecture en continu ou streaming (Spotify, Apple Music et autres) prennent une ampleur surdimensionnée et envoient le marché du disque vers la faillite.

L’impact premier frappe les commerces locaux brutalement. Les magasins de disques se sont retrouvés, en moins d’une décennie, en voie de disparition. « En moins de dix ans, des dizaines d’HMV, Archambault et autres magasins spécialisés ont disparu de la carte », affirme Daniel Chalut, propriétaire du commerce de Joliette L’Encan du Disque, depuis maintenant 29 ans. « Il y a à peine douze ans, il y avait au moins cinq magasins de disques à Joliette. Je suis maintenant le seul à m’acharner », explique M. Chalut avec une pointe d’amertume dans la voix.

En plus de s’inquiéter pour le sort de son entreprise, M. Chalut se fait aussi du souci pour les ventes et la qualité de la musique actuelle. « C’est un cercle vicieux : plus la présence des sites de lecture en continu prend de l’importance, moins les CD se vendent. Donc, moins les disques compacts sont mis en vente, plus les gens vont employer les sites de lecture en continu », continue M. Chalut.

 « Le plus frustrant est la dégradation de la qualité de la musique qui nous est offerte actuellement. Les artistes prennent de moins en moins le temps d’offrir un produit qui épatera le public puisque la vente de copies physiques d’albums n’est plus rentable. La vente de copies numériques ne sauve pas vraiment la situation puisque, tant qu’à se procurer l’album par Internet, pourquoi ne pas le faire pour seulement 10 $ par mois sur les sites de lecture en continu? » explique le propriétaire, visiblement déçu et en colère.

Il y a plus encore. Selon Kim Marsolais, directrice marketing du Centre culturel de Joliette, l’industrie du spectacle et la musique en général sont consommées différemment depuis quelques années. « Avant, les disques permettaient aux artistes de promouvoir la tournée sur laquelle ils travaillaient. De nos jours, c’est l’inverse », explique Mme Marsolais.

Malgré son relatif optimisme quant à la place de la musique dans la société, Kim Marsolais voit les côtés néfastes de la situation dans son domaine. « La baisse de la vente de disques compacts entraîne assurément la dématérialisation de la musique. Cela ne peut que nuire à l’industrie du spectacle, puisque le public prend de moins en moins le temps d’écouter les albums en totalité. Le désir d’assister à un spectacle pour entendre un album au complet se manifeste donc de moins en moins », affirme-t-elle, un peu déçue.

Le pire, ça reste l’effet à la baisse sur la qualité artistique. « La musique perd de sa valeur puisqu’elle devient plus accessible que jamais », explique Dominique Corneillier, enseignant dans le département de littérature du cégep de Joliette. « Comme on laisse n’importe qui déposer sa musique sur Internet, on ne sait plus discerner la musique pertinente de celle qui ne l’est pas. En ne consommant que de la musique de piètre qualité, les gens ne sont pas portés à acheter des albums. Lorsque la musique n’est pas écoutée en totalité, donc, par le biais de disques, celle-ci se retrouve dématérialisée et parfois même dénaturée », termine le professeur qui est, à l’évidence, un connaisseur.

La musique est un domaine dans lequel il est important de s’investir à fond, de toutes les manières. L’achat de CD est la meilleure façon d’encourager les artistes à vivre de leur passion. C’est donc avec un regard tourné vers l’avenir que l’on doit se soucier de l’importance donnée à cet art.

Julyann Bénard