Ils se sont réfugiés chez nous

Publié le 13 décembre 2016

CONCOURS DE REPORTAGES. Sur la rue Salaberry, à Joliette, au sous-sol d’un édifice regroupant plusieurs autres organismes, les onze employés du CRÉDIL travaillent d’arrache-pied devant leur ordinateur pour venir en aide aux immigrants de la région, malgré ce bel après-midi ensoleillé.

Le Comité régional d’éducation pour le développement international de Lanaudière existe depuis quarante ans et fonctionne surtout grâce à des subventions gouvernementales. Son premier mandat est l’éducation du public à la solidarité internationale, lequel se manifeste surtout par des activités et des conférences. Il y a également le volet stages internationaux, en partenariat avec Québec sans frontières, et enfin celui de l’accueil des nouveaux arrivants, lequel a commencé en 1995.

La responsable du volet immigration, Claudia Cobos, explique que les employés du CRÉDIL reçoivent en moyenne 70 réfugiés par année, auxquels ils assurent un soutien durant cinq ans. Elle-même partie du Mexique il y a maintenant onze ans, elle dit que leur tâche comporte plusieurs défis. « On doit intervenir dans tous les aspects de leur vie, alors ça peut devenir un peu chaotique. » En effet, le CRÉDIL compte seulement deux agents d’intégration et ils ne sont pas formés aussi spécifiquement que ne l’est un travailleur social. « Autant on a à faire de la médiation entre les membres d’un couple qui se disputent, autant on peut avoir à régler un problème de toilette bouchée », ajoute-t-elle en souriant.

Pour sa part, Nicodeme Ntahomvukiye a fui la guerre de son pays, le Burundi, et s’est rendu dans un camp de réfugiés en Tanzanie avec sa famille. « Là-bas, tu étais dans la forêt, ils te donnaient une machette et tu devais te construire une hutte de paille », raconte le grand homme avec son accent. En 2000, après six années dans ce camp, M. Ntahomvukiye a pu immigrer au Québec avec sa femme et ses six enfants. Le Burundais de 68 ans est d’avis que « ça aurait été vraiment difficile » de se débrouiller sans le soutien du CRÉDIL, car ce qui a le plus contribué à son intégration a été leur jumelage à une famille québécoise.

L’obstacle le plus difficile pour les immigrants allophones est bien sûr l’apprentissage du français. Dans plusieurs pays d’Afrique comme le Burundi, les gens le maîtrisent déjà, mais ce n’est pas le cas au Népal. Lorsque Mme Lucie Robichaud est devenue bénévole au CRÉDIL en 2008, de nombreuses familles népalaises et bhoutanaises arrivaient à Joliette et elle s’est beaucoup impliquée envers eux. « Depuis ce temps, presque tous les immigrants de Joliette m’appellent Maman Lucie », raconte la vieille dame aux yeux pétillants.

Toutefois, il y a deux ans, la presque totalité des 300 Népalais accueillis par le CRÉDIL ont quitté le Québec vers l’Ontario. « J’avais un Népalais qui était camionneur dans son pays et il devait faire son secondaire 5 pour pouvoir travailler! », s’indigne la bénévole au cœur d’or. « En Ontario, ils ont tous trouvé un emploi après 6 à 18 mois. » En effet, comme l’explique Claudia Cobos, un réfugié adulte qui arrive au Québec et qui doit apprendre le français à partir de zéro peut avoir environ 6 ans d’études à faire seulement pour décrocher le diplôme de 5e secondaire.

« C’est plus facile de s’adapter pour ceux qui sont plus instruits et qui sont habitués à un système, contrairement à ceux qui ont grandi comme les arbres dans les champs », mentionne « Maman » Lucie.

« Ce qui aiderait à mieux intégrer les immigrants, ajoute Claudia Cobos, serait que le gouvernement reconnaisse leurs acquis grâce à un test de classement, plutôt qu’ils aient à tout recommencer du début. »

Lucie Robichaud raconte que lorsqu’elle a demandé à une jeune Népalaise ce qu’elle préférait ici, elle a répondu ainsi : « Quand je me couche le soir, je remonte ma couverture et je suis contente parce que je sais que personne ne va venir me tuer pendant la nuit. »

Valérie Bergeron