La combinaison gagnante
Je cumule les numéros et ce, depuis plusieurs années. Sans nommer de compagnie, je ne ferai ici certainement pas de placement de produits, je possède une panoplie de numéros. Assurance sociale, téléphone, NIP, code d’accès et mot de passe Internet, boîte vocale, numéro de série de véhicule, immatriculation, adresse postale, police d’assurance, compte d’électricité, de câble ou de téléphone, compte bancaire, carte de crédit, cote de crédit et bien d’autres. Parmi tous ces chiffres, je me dis aujourd’hui que je dois bien posséder une combinaison gagnante à la loterie.
Mais au-delà de tous ces numéros qui font de moi une adulte, une consommatrice, un être humain (?), ce que je me demande, c’est où retrouve-t-on ma véritable « identité »? Force est de se rendre compte que mon nom, remplacé par « quel numéro? », a même perdu en importance lorsque je communique avec l’une de ces « quelconques » compagnies. Je me présente la plupart du temps avant que l’on ne me le demande, mais me l’aurait-on non seulement demandé? C’est bien vrai que localisés aux quatre coins de la planète, mes interlocuteurs ne risquent pas beaucoup de se dire « Eh! C’est la p’tite Brouillette ».
En dialoguant avec ces gestionnaires de nos vies, je m’inquiète. Croyant me connaître par le biais de chiffres en série, une approbation ou un refus de leur part peut par contre bien souvent changer le cours de mon existence. Oui à un prêt hypothécaire, non à une marge de crédit, oui à un retard de paiement, non au financement d’une automobile. Tout cela peut être déterminant: bébé ou non, chalet ou non, voyage ou non, mariage ou non.
La vie moderne nous contraint à croire que par des identités et des transactions virtuelles, tout sera, disons, plus objectif, mais est-ce qu’objectif veut aussi dire réaliste?
Quand tous ces numéros sont censés être garants de mille et une possibilités, je m’inquiète. Le temps où le banquier était le frère de, le cousin du, le beau-frère de la ou l’ami des est révolu et avec lui celui où le commerce du coin encaissait peut-être autant les « mets-le sur mon compte » que les paiements et je ne suis pas gestionnaire (vous l’aurez deviné), mais la plupart des gens diront sans doute que c’est pour le mieux.
Par contre, derrière un numéro se cache aussi des espoirs, des ambitions, du courage, de la volonté et des rêves. Ma crainte? Je ne suis pas certaine que de simples chiffres en témoignent et surtout, à force de tout coder, j’ai bien peur qu’un jour, nous ne sachions plus déchiffrer.