Jean-Pierre Gagnon, directeur général de l'OBVRB.
- Photo gracieuseté.
Les agriculteurs apprécient l'approche par bassin versant
Agroenvironnement
La gestion sectorielle de l'eau était jusqu'à tout récemment la méthode utilisée pour combattre les problèmes environnementaux reliés à cette ressource sur un territoire donné. Or ce mode de gestion, dans lequel les milieux résidentiels, industriels et agricoles interviennent dans leur secteur d'activités, n'apporte pas toujours des résultats attendus. La gestion par bassin versant propose plutôt d'analyser les problèmes environnementaux de l'eau de façon différente. Elle regroupe tous les acteurs de l'eau du territoire autour de la même table et les pousse à se concerter entre eux afin d'entreprendre des gestes concrets pour améliorer la qualité de l'eau.
Un bassin versant est un territoire dont l'ensemble de ses eaux s'écoule vers un point commun appelé exutoire. Étant la résultante de l'ensemble des activités reliées à l'eau dans le bassin, des corrections positives sur ce territoire, si petites soient-elles, se traduiront par une légère amélioration de la qualité de l'eau à l'exutoire. « C'est une approche qui fonctionne avec la réalité de l'eau », affirme Michel Lambert d'Agir Maskinongé, l'organisme responsable du bassin versant de la rivière Maskinongé. « Avec cette approche, nous sommes capables de cerner tout le territoire afin de régler les problèmes les plus urgents. C'est aussi plus facile de quantifier les gains », explique-t-il. On comprend donc l'importance d'intéresser tous les acteurs de l'eau.
En 2002, la Politique nationale de l'eau du gouvernement québécois choisissait le mode de gestion par bassin versant pour intervenir sur plusieurs cours d'eau de la province dont la qualité de l'eau était très dégradée. Les territoires des rivières Bayonne et Maskinongé ont été sélectionnés dans le cadre de cette politique et ont du mettre sur pied des organismes de bassin pour assurer l'élaboration d'un plan directeur de l'eau de leur bassin versant et coordonner des activités de concertation. C'est de cette façon qu'Agir Maskinongé et l'Organisme de bassin versant de la rivière Bayonne (OBVRB) ont vu le jour. Cependant, les moyens financiers dont ces organismes disposent sont très limités. Ils doivent donc cibler des secteurs prioritaires et choisir des projets mobilisateurs qui donneront des résultats concrets. Pour ces derniers, l'agriculture a été identifiée par leurs instances comme un secteur prioritaire d'intervention.
Le ruisseau Bibeau
Après avoir réussi à convaincre les riverains à planter quelques 17 000 arbres pour assurer une meilleure protection des bandes riveraines depuis sa création en janvier 2005, le comité technique de l'OBVRB a pris la décision de lancer un premier projet de caractérisation en milieu agricole : le ruisseau Bibeau. En démontrant le potentiel d'amélioration de la qualité de l'eau, le comité aura des preuves concrètes pour convaincre de futurs partenaires et riverains à s'intéresser dans des projets plus importants.
Le ruisseau Bibeau traverse les municipalités de Saint-Norbert, Sainte-Élisabeth et Sainte-Geneviève-de-Berthier. Boisés dans sa partie amont, le ruisseau et ses tributaires ont une vocation essentiellement agricole. Il touche 19 agriculteurs pratiquant différentes productions : avicole, laitière, porcine et grandes cultures. L'intérêt manifesté par les agriculteurs concernés est important : 11 producteurs étaient présents à une première rencontre en janvier dernier. « Nous sentons une belle volonté chez les producteurs concernés. À l'automne, 11 producteurs se sont présentés à une réunion d'information sur le projet. Nous sommes très contents de leur implication », explique Jean-Pierre Gagnon, directeur général de l'OBVRQ.
De plus, l'organisme de bassin a obtenu l'autorisation de tous ces producteurs pour procéder aux travaux de caractérisation du ruisseau. Ces travaux consistent à relever les causes de dégradations : berges décrochées, sites de ruissellement érosif, sortie de drain non protégée ou ravinée. À la suite de ces travaux qui se dérouleront ce printemps, un cahier regroupant les corrections à apporter sera remis aux producteurs. Ces derniers seront encouragés, sans toutefois être obligés, à réaliser les travaux. « Il n'y a rien de coercitif là-dedans. Les producteurs agricoles seront libres de réaliser les travaux, précise M. Gagnon. Nous avons très hâte de voir les résultats lorsque quelques travaux auront été réalisés. Nous croyons que la qualité de l'eau à la sortie du ruisseau Bibeau s'améliorera sensiblement et incitera les riverains à poursuivre leurs efforts. »
La rivière de l'Ormière
Agir Maskinongé, fondé en novembre 2004, travaille en collaboration avec la Fédération de l'UPA de la Mauricie et le syndicat de base UPA de Grand-Pré sur un projet semblable dans le sous-bassin de la rivière de l'Ormière. Ce territoire est situé dans la MRC de Maskinongé complètement au Sud du bassin versant et traverse les terres de 22 producteurs agricoles.
La caractérisation est terminée à 30 % et les travaux pour la compléter se poursuivront cet été. Ensuite, un cahier de correctifs à apporter sera rédigé. Agir Maskinongé insistera sur la végétalisation des berges et sur l'amélioration des pratiques culturales. Le but ? Rétablir un corridor faunique sur ce cours d'eau pour éliminer la surpopulation de rats musqués. Ces derniers accentuent encore plus les problèmes d'érosion et d'affaissement des berges. Les rives nues ont fait fuir le vison, le prédateur naturel du rat musqué.
En réintroduisant la végétation sur les rives du cours d'eau, l'organisme améliore la situation de deux façons: les plantes apportent un meilleur contrôle des berges et elles améliorent la qualité de l'eau. De plus, elles créent un habitant propice à la réintroduction du vison pour contrôler la surpopulation de rats musqués responsables eux aussi de dommages environnementaux.
Ce projet amène aussi une excellente participation des producteurs agricoles. « On ressent réellement que le milieu agricole souhaite véritablement améliorer la situation », conclut Julie Maurice, recherchiste d'Agir Maskinongé.