Le visage de l’agriculture a bien changé en un demi-siècle, mais les préoccupations restent les mêmes et les défis sont plus nombreux que jamais. Aujourd’hui, il n’y a plus que 1800 fermes sur le même territoire qui en comprenait 6500 dans les années 1945.
- Photo Julie Roy (trouver photo)
Il était une fois l’agriculture dans Lanaudière
Hubert Coutu est président du comité d’histoire de Lanaudière. Sans dévoiler son âge, ce Lanaudois a vécu un bon nombre de changements qui sont survenus dans le monde agricole au cours au cours des cinquante dernières années. Il l’affirme sans détour, le visage de l’agriculture a bel et bien changé, surtout à compter de la Deuxième Guerre mondiale.
Avant 1945, M. Coutu, raconte que 90 % des fermes dans Lanaudière étaient assez typiques. « Les fermes étaient mixtes de base laitière. Elles avaient aussi quelques cochons, des chevaux, des moutons pour la laine, des poules pour les œufs, très peu d’entre elles étaient spécialisées. Il y avait bien sûr le tabac jaune qui a commencé vers 1930, mais c’était une exception et ces producteurs étaient ce qu’on appelle les agriculteurs en Cadillac. » Dans ces années, Lanaudière compte 6500 fermes ce qui correspond à 20 % de toute la population. D’ailleurs, à la ferme, les familles sont encore nombreuses, en moyenne 10-12 enfants. La population qui vit dans les rangs s’isole durant les mois d’hiver. M. Coutu se souvient : « L’hiver, les chemins changeaient de place. Il arrivait aussi d’être coincé plusieurs semaines sans pouvoir aller au village parce que les chemins étaient fermés. Lorsque c’était vraiment nécessaire, on se rendait à pied. » Le clergé a encore à cette époque une emprise, la devise à la campagne est d’ailleurs terre, foi, fidèle. « Le dimanche était sacré et il fallait demander au curé la permission pour faire les foins lors de cette journée. Permission qu’il pouvait bien refuser. »
Après la guerre, tout a changé. L’électrification s’est faite très rapidement. De 1945 à 1955, le nombre de maisons reliées est passé de 35 % à 95 % et l’arrivée de l’essence et des tracteurs vient modifier considérable l’agriculture. Petit à petit, plusieurs fermes du nord comme à Saint-Michel-des-Saint et Saint-Zénon, qui avait été colonisées pour éviter l’exode vers les États-Unis, disparaissent. La géologie de ce secteur était faite pour les chevaux et non pour les tracteurs. C’est une crise qui passera sensiblement inaperçue parce que les gens s’exilent à Montréal attirés par des métiers de manœuvre où les salaires de 3000 $ par an sont plus qu’intéressants.
La tarte se rétrécit, mais l’agriculture continue de faire des gains grâce à l’amélioration génétique, des pesticides et le développement de la médecine vétérinaire. « On produit de plus en plus même si le nombre de fermes diminue. » Ces nouvelles technologies demandent davantage de connaissances et commence, par conséquent, à apparaître l’encadrement des agronomes. Être agriculteur devient une profession et les fermes se spécialisent surtout du côté du lait, de l’élevage du porc et de la volaille. Certains vont aussi dans le maraîcher et l’acériculture. « Aujourd’hui, les fermes sont plus grosses avec un volume de 4 à 5 fois plus élevé. L’agriculture est devenue une affaire de « business ». »
Après la guerre, Duplessis donnera des subventions pour l’amélioration des techniques. En 1956, ce gouvernement accorde enfin à la classe agricole une Loi sur la mise en marché des produits agricoles. Dès 1968, l'assurance-récolte est instaurée dans certains secteurs de production. Quant aux programmes d'assurance-stabilisation des revenus, ils sont mis en place en 1975. « Dans les années 60, il y a eu la création des syndicats et le rapport de force s’organise », mentionne M. Coutu. En 1978, promise depuis 1970, la Loi sur le zonage agricole est mise en place. « Cela a donné de la fierté, ce fut une bonne chose pour le moral et la sécurité des producteurs. »
Malgré l’amélioration, l’agriculture n’est pas rentable. Celle-ci a évolué, certes, mais les conditions n’ont pas changé. Les années 90 voient naître la mondialisation de l'économie et l’agriculture avec l'après-GATT, la nouvelle Union européenne, la ZLEA. L'agriculture québécoise et lanaudoise n'a plus de frontières. Ce défi, loin de la sécurité absolue, crée le paradoxe de la protection de l’environnement versus une production toujours plus intensive pour arriver à être concurrentiel sur le marché. Il y a aussi la relève qui n’arrive plus à investir parce que le prix des fermes a explosé. « Les fermes valent des millions. Avant, elles étaient évaluées entre 10 000 $ et 20 000 $. L’agriculture est sur la corde raide, les agriculteurs courent sans cesse et la nature aussi. Il y a de nouveaux efforts à faire tant au niveau de la cohabitation que de l’environnement. Une chose est sûre, l’agriculture est loin d’être valorisée », commente M. Coutu.