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L’Histoire de Lanaudière: qui sont ceux qui n’ont pas fait leurs devoirs?

Lettre ouverte

Article mis en ligne le 9 février 2010 à 11:22
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L’Histoire de Lanaudière: qui sont ceux qui n’ont pas fait leurs devoirs?
Lettre ouverte
Devons-nous réécrire l’histoire?
À peine quatre ans après l’annonce de sa mise en chantier, l’Histoire de Laval est lancée au cours de l’automne 2008. Quelques jours plus tard, les deux mille volumes sont retirés des rayons. L’Institut national de recherche scientifique (INRS), qui coordonne le projet, affirme alors que cette décision a été prise à la suite de l’identification d’une inversion dans le nom de trois maires. Les initiés savent qu’un relevé systématique des erreurs a été réalisé par un historien de la région, ce qui a mené à une coûteuse réédition du volume.
Un manque de vision de la part de l’INRS.
En sommes-nous rendus à ce point en ce qui a trait à l’Histoire de Lanaudière? Les erreurs relevées par le journaliste Louis Pelletier et quelques collègues ne me permettent pas de prôner en faveur de cette option. De quoi se plaint-on au juste? J’éprouve un malaise envers les reproches de types encyclopédiques. Une synthèse historique ne peut s’attarder à l’ensemble des évènements et acteurs qui ont marqué notre passé. Généralement, les historiens considèrent qu’un évènement possède un caractère historique lorsqu’il a eu cours il y a plus de vingt-cinq ans, certains reculent même jusqu’à soixante-quinze ans. Dans le cas contraire, l’on fait du journalisme. Voilà ce qui explique probablement le choix des auteurs de ne faire qu’un survol de certains éléments marquants des dernières décennies, tant sur le plan culturel, que politique. Malencontreusement, il aurait été judicieux de conserver que le côté historique à en juger les erreurs de recensement de certains politiciens.

Ma déception est plutôt dirigée envers l’approche entourant la réalisation de ce projet. Un historien, issu de la région, qui est trop occupé pour mener à terme ce projet, des collèges connaissant peu la région ainsi qu’une production qui s’éternisa mena à ce résultat mitigé. L’on préféra s’en remettre aux universitaires, sans utiliser le plein potentiel des passionnés d'histoire de la région. La réunion des forces de ces deux groupes aurait été si judicieuse.

Par chance, l’auteur Jocelyn Morneau, appelé en renfort à la suite du départ de M. Morissonneau, a su mettre à profit son expertise. Ayant fait sa thèse de doctorat sur les réseaux économiques dans le secteur du Lac St-Pierre, il a transposé son approche afin de dresser, à titre d’exemple, un portrait original de notre histoire agraire par la tangente du tabac. Il est à noter que très rares sont les erreurs relevées dans les chapitres dont il en est l’auteur.
Rectificatifs majeurs
Pour leurs parts, les étudiants et historiens pigistes qui ont participé à la mise en œuvre de ce volume n’ont aucunement participé à la rédaction; Jean-René Thuot, et non pas Jean-Robert, a compilé certaines données statistiques tandis que pour ma part, j’ai dressé un inventaire des sources iconographiques représentant Lanaudière. Il doit être établi bien clairement qu’aucun de ces étudiants-pigistes n’a eu droit de regard sur le contenu de ce livre; aucune ligne de ces quelque 800 pages n’a été écrite par eux. Ces chercheurs régionaux n’ont pas eu la chance : d’être consultés sur la structure, de participer à la rédaction, de choisir les « images » ou lire l’épreuve finale.

Le résultat en est un livre tiré d’une collection vieille de trente ans, sans que l’on ait tenté de l’adapter à l’esthétisme, ainsi qu’aux progrès techniques d’aujourd’hui. Sa facture est rebutante. L’iconographie, malgré la présence de pièces inédites, ne sert qu’à combler les vides. Le traitement du sujet est scientifique, parfois désincarné. Bref, voilà un produit inadapté aux attentes et goûts des lecteurs. Cependant, sachez qu’il respecte le but de la collection, soit dresser une synthèse historique de chaque région administrative du Québec. Pour les lecteurs qui souhaitent connaître notre trame historique, et ce, sans entrer dans ses moindres détails, un condensé de l’Histoire de Lanaudière devrait être édité dans environ deux ans.
Qu’en pensent les gestionnaires et historiens régionaux?
Il est vrai que les coûts de rédaction et production de cet ouvrage de référence n’ont jamais été égalés dans la région. L’importance de l’ouvrage à effectuer, le nombre d’auteurs ainsi que le temps qui a été nécessaire à sa conception expliquent globalement les montants investis. Les entreprises, groupes sociaux et particuliers qui ont participé à son financement s’attendaient à une œuvre marquante. Il serait intéressant de connaître l’opinion d’un plus grand nombre de gestionnaires qui ont cru en ce projet en participant à son financement. Il est inconcevable que les historiens ayant fait des recherches sur et dans la région n’aient pas été consultés afin d’effectuer une relecture de l'ébauche finale. L’on favorisa un lancement hâtif, juste à temps pour les fêtes, plutôt qu’un produit sans fautes. Maintenant, l’on doute de l’ensemble de l’œuvre pour quelques coquilles rapidement décelées.

À titre d’historien régional, je remets en doute plusieurs décisions de l’INRS. Je ne suis pas en mesure de déterminer si une réédition de ce volume s’impose. Cependant, en produisant une synthèse historique de la région, l’INRS avait le devoir de s’assurer d’être irréprochable dans le traitement du sujet. Il est impératif qu’une analyse complète du produit, additionnée d’une compilation exhaustive des erreurs, soient réalisées. Voilà ce qu’a proposé Transcontinental Médias, par le truchement de Louis Pelletier. L’ensemble des citoyens doit participer à cette révision afin d’éviter que des faussetés soient colportées dans le futur. Au cours de cette révision d’Histoire de Lanaudière, la majorité des gens apprécieront tout de même l’apport des auteurs à notre historiographie. Malgré les reproches formulés, je demeure convaincu que nombreuses seront les recherches qui auront pour point de départ cet ouvrage de référence.



Alexandre Riopel

Historien régional

Enseignant en univers social

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