La politique d’immigration de Mme Yolande James
Lettre ouverte
La Ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles a qualifié son annonce d’investir 525 millions de dollars pour l’intégration et la rétention d’immigrants dans Lanaudière de « voie rapide » pour stimuler la croissance économique et créer de la richesse dans la région. Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près, il ne s’agit, ni plus ni moins qu’une série de mesures bureaucratiques réalisables autrement à peu de frais.
Selon cette politique, trois types d’immigrants sont visés. D’abord les étudiants étrangers dont il suffirait de remettre le Certificat de Sélection du Québec. Effectivement, retenir les étudiants étrangers n’est guère difficile. Généralement, ils sont très informés durant leur séjour et ne se font pas prier lorsqu’ils veulent rester. Par contre, ceux qui sont prisés, c’est à dire les chinois, les indiens, les japonais ou coréens, retournent souvent chez eux parce qu’ils y retrouvent des conditions salariales comparables à celles du Québec. Quant à ceux parmi eux qui restent, ils préfèrent la métropole pour des raisons linguistiques et, accessoirement, près de leurs communautés déjà implantées à Montréal. On notera en passant que les africains francophones, à l’exception des maghrébins, sont peu ou pas du tout encouragés à rester: Tant pis, ils n’ont qu’à retourner gonfler le chômage chez eux !
Il y a ensuite les travailleurs temporaires spécialisés et ceux « dont le profil correspond aux emplois en pénurie ». Pour les premiers, ce n’est pas très sophistiqué : il suffit de faciliter le renouvellement de leur permis de travail et, à terme, leur accorder le permis de résidence. Quant aux autres, il faudrait voir d’abord la cause de cette perpétuelle pénurie de main d’œuvre.
Ce n’est qu’un secret de polichinelle que de savoir que certains emplois, comme ceux d’infirmières ou d’ingénieurs, relèvent des corporations professionnelles qui ne s’ouvrent aux immigrants qu’au compte-goutte malgré les besoins criants. La Ministre James ferait mieux alors de concentrer ses efforts à trouver une solution à ce paradoxe. Par ailleurs, il n’est pas non plus nécessaire aux immigrants de « s’exiler » en dehors de Montréal pour trouver ces emplois dits en pénurie puisque ceux-ci sont également offerts dans la métropole. Il ne reste donc spécifiquement aux régions que des emplois dits saisonniers, la cueillette des fraises par exemple. Ici, il n’est pas non plus sorcier de deviner que retenir ces employés ne signifierait pas qu’ils soient éternellement liés à ce genre travail. Autrement dit, il faudra se résoudre à accueillir temporairement d’autres « mexicains » si l’on veut continuer à consommer les produits de notre terroir.
Je ne suis pas contre la politique québécoise d’immigration compte tenu des défis démographiques et économiques auxquels nous serons confrontés dans un proche avenir. Par contre, je pense que le gouvernement devrait placer son argent là où il serait mieux de récolter les dividendes. Par exemple, Montréal regorge des ressources infinies d’immigrants qualifiés qui ne demandent qu’à être intégrés. La plupart souffrent d’une sous-information quasi-chronique. Ils ne sont jamais sortis de la métropole et ne sont pas au courant des potentialités qui existent en région. Ainsi des immigrants hautement qualifiés, bardés de diplômes d’ingénieur ou de professionnel de toutes sortes se contentent de « petites jobs » à Montréal. Ces gens ne demandent qu’à se faire « courtiser ». Il suffirait alors que Mme James et son gouvernement investissent dans une campagne d’information et de recrutement spécifique pour combler les besoins en région et stimuler en même temps la croissance économique. Les autres groupes d’immigrants visés par la politique énoncée plus haut ne viendraient qu’en guise de complément.
Quant à l’invitation lancée aux organismes de la région de Lanaudière « qui veulent contribuer à l’intégration des personnes immigrantes à soumettre un projet d’ici le 17 août prochain », je considère cela comme de la poudre aux yeux. Subventionner un organisme pour qu’il donne du travail à une catégorie de personnes est une solution temporaire et peu valorisante. Certes, les immigrants acceptent ce genre d’offres parce qu’ils sont souvent acculés au pied du mur. Cependant, tout le monde vous dira qu’un tel emploi va de paire avec une certaine stigmatisation, une sorte d’impression d’incompétence ou de « job volée » qui vous colle durement à la peau. Bien plus, l’employeur qui sait que vous êtes là « grâce au programme » n’hésite pas à vous « sacrer dehors » une fois la subvention gouvernementale terminée.
Pour les immigrants, à défaut de reconnaître leurs qualifications d’origine, tout ce qu’ils demandent c’est une formation qui les mènerait directement à l’emploi. Par exemple, une formation professionnelle « jumelée » d’avance à un emploi serait une des meilleures pistes pour que l’individu puisse étudier, travailler et potentiellement rester en région. À ce propos, j’ai observé un groupe d’immigrants d’âge productif, arrivés récemment à Joliette. Parmi eux, ceux qui ont obtenu un certificat collégial se sont insérés rapidement sur le marché du travail. Aujourd’hui, ils ont accédé à leur première propriété, un luxe que peuvent se permettre peu d’immigrants même après plusieurs années de séjour à Montréal.
Incidemment, il faut que les gens en région, les employeurs surtout, fassent une bonne ouverture d’esprit envers les immigrants. Récemment, une jeune femme dans la vingtaine qui avait appliqué pour un poste d’entretien ménager s’est fait répondre qu’ « on est pas habituée de vous autres! » Plus chanceuse, une autre embauchée comme préposée aux bénéficiaires a entendu son employeure avertir une cliente au téléphone qu’elle devra « accepter un petit inconvénient car la personne envoyée est noire ». Plutôt ouverte, la bénéficiaire a trouvé « l’avertissement » très ridicule. Tout cela est anecdotique, mais ça explique qu’au-delà des emplois, les immigrants ont besoin d’un minimum d’acceptation sociale de la population d’accueil pour qu’ils puissent bien s’établir chez elle. Celle-ci exigera en retour et avec raison la compréhension et l’adhésion aux valeurs québécoises.
En définitive, par les temps qui courent, un demi-milliard investi dans notre région est toujours le bienvenu. Cependant, la politique préconisée par la Ministre de l’Immigration et des Communautés Culturelles me semble ni originale, ni significative et encore moins susceptible de produire les résultats escomptés.
Gabriel Hakizimana
Joliette/Québec.