Voler le gouvernement, est-ce vraiment voler ?
C'est devenu monnaie courante, il arrive de plus en plus fréquemment qu'on me demande si je veux payer comptant avant de m'indiquer le prix d'un travail à effectuer. Pas besoin d'un dessin pour comprendre qu'en payant « cash », on évitera le montant des taxes. Pour sa part, le travailleur au noir profite aussi de la situation pour diminuer son revenu imposable. Ces petites escroqueries priveront ainsi l'État d'une partie des revenus nécessaires au maintien des services gouvernementaux et des programmes sociaux.
Je savais qu'un certain nombre de mes concitoyens déjouait le système, mais j'ai été renversé de voir dans le sondage L'Action-Hebdos Québec à quel point l'économie souterraine progressait. C'est 46 % des Lanaudois qui avouent avoir déjà payé quelqu'un pour effectuer du travail au noir. C'est le pire résultat au Québec et je ne suis pas sûr qu'il y ait des raisons d'en être fier.
L'an dernier, nous avions posé la même question dans le cadre d'un sondage Léger Marketing pour le compte de Transcontinental. Il y a 15 mois, la proportion de Lanaudois qui disaient avoir payé pour du travail au noir ne dépassait pas 22 % et Lanaudière n'était pas la pire des régions, loin de là.
Si près d'un Lanaudois sur deux fait maintenant réaliser ses travaux au noir, on peut en conclure que ce sont des sommes importantes qui sont en cause. Si on ajoute l'effet de la contrebande et de la fraude fiscale, on ne doit pas s'étonner de devoir subir le plus lourd fardeau fiscal en Amérique. Au bout du compte, ceux qui volent ou fraudent ainsi le gouvernement ne frappent pas une victime anonyme, riche et dépersonnalisée. La vraie victime, c'est l'honnête citoyen qui paie toutes ses taxes et tous ses impôts. Celui dont on impose le revenu à la source ou dont on réclame des acomptes.
À mesure que l'État voit ses revenus diminuer par la fraude fiscale, il n'a qu'à relever le niveau d'impôt, augmenter les taxes et les tarifs ou diminuer les services. Et qui paiera plus cher ? Qui se retrouvera avec un talon de chèque plus léger ? Toujours le même.
Il y a quelques années à peine, ceux qui s'adonnaient au travail au noir faisaient bien attention d'offrir leurs services « sans taxes » à des initiés ou des connaissances dont ils étaient assurés de la complicité. Le vol de taxes et le travail au noir sont à ce point entrés dans les mœurs, qu'il n'est plus rare de voir un entrepreneur tout à fait inconnu vous offrir de payer une partie du travail « en dessous de la couverte ». Le danger d'être dénoncé est devenu pratiquement inexistant.
C'est désolant, mais ce comportement ne fait qu'illustrer le cynisme qui anime aujourd'hui une grande partie de la population à l'égard des autorités et des gouvernements. Comment résister à la tentation de sauver quelques dollars de taxes quand on voit ce que font les politiciens avec notre argent ? Les cas de gaspillage, de magouillage et de graissage de pattes pourraient meubler les pages entières de ce journal. Les scandales se suivent à un tel rythme qu'on se demande parfois s'il reste encore d'honnêtes politiciens.
Lorsqu'on voit l'ancien premier ministre du pays, Brian Mulroney, prendre cinq ans avant de déclarer un revenu à l'impôt pour finalement bénéficier d'un rabais d'environ 50 %, il faut être fait fort pour refuser une proposition de sauver quelques dollars de taxes.
Je comprends qu'on puisse éprouver une petite jouissance à l'idée qu'on vient de flouer le gouvernement. Toutefois jusqu'à maintenant, j'ai résisté à la tentation. Je me dis que la victime, ce n'est pas tant le gouvernement, qui trouvera bien le moyen d'aller chercher l'argent dont il a besoin, mais le petit salarié qui ploie littéralement sous le poids du fardeau fiscal qu'on lui impose.
André Nadeau
Denis Bigeault
Commentaire mis en ligne le 26 mai 2009Bravo pour votre commentaire et la réalité de ce qu'on vie présentement au Québec. Je me demande tout le temps, s'il y a des numéros de téléphone pour dénoncé ces fraudes, et s'il est possible de garder ces personnes dans la confidenciellité. J'aimerais avoir une réponse de votre part s.v.p.
Merci de prendre le temps
Denis