Les histoires de Jocelyn
Je connais Jocelyn Jalette depuis des années. J’apprécie, chez lui, son engagement politique, son sens de la mesure et sa bonne humeur. Je n’avais pourtant jamais lu, à ce jour, son œuvre littéraire. À ma décharge, il faut dire que cette dernière s’adresse surtout à de jeunes lecteurs et lectrices (9 ans et plus) et qu’elle emprunte en grande partie la forme de la bande dessinée, un genre que je fréquente assez peu.
La parution de La République assassinée des Patriotes, une bande dessinée qui raconte un épisode célèbre de notre histoire, m’a toutefois donné le goût d’aller y voir de plus près et de plonger dans l’œuvre de ce militant lanaudois dont j’appréciais déjà la conversation. Je me suis donc procuré deux titres de la série David Gérald et cette nouvelle BD sur les Patriotes, tous trois publiés aux éditions du Soleil de minuit, une petite maison de Saint-Damien-de-Brandon.
J’ai découvert, à la lecture de ces trois ouvrages, une œuvre à l’image de son auteur, c’est-à-dire honnête, engagée, pédagogique et sympathique. Je ne saurais, d’ailleurs, trop recommander aux parents qui cherchent des livres stimulants pour leurs enfants l’achat de ces œuvres à la fois divertissantes et instructives.
Publiés dans un format qui dispose tête-bêche un petit roman illustré et un bref documentaire sur une grande question d’actualité, les titres de la série David Gérald ont l’immense mérite de faire comprendre aux jeunes lecteurs –et aux plus vieux- que la politique n’est pas un sujet ennuyant, mais une aventure exaltante, qui se trouve au cœur de nos vies.
Dans David Gérald affronte l’Harmatan (2007), en s’inspirant du véritable jumelage qui existe entre le village de Sainte-Élisabeth, dans Lanaudière, et Sanankoroba, un village malien, Jocelyn Jalette invente l’histoire de deux jeunes Québécois partis faire du commerce équitable en Afrique. David Gérald, jeune Québécois d’origine haïtienne, et Jocelyn, alter ego de l’auteur, se retrouvent toutefois au cœur d’une campagne à l’africaine, où tous les coups sont permis, pour l’élection à la présidence d’une coopérative maraîchère. Ce scénario, plein de rebondissements, permet à Jalette, dans la section documentaire de son ouvrage, d’expliquer les fondements de la démocratie à ses jeunes lecteurs. Par l’entremise de David Gérald, qui avoue son « parti pris pour la social-démocratie, pour le commerce équitable, pour un système républicain, pour l’égalité des chances, pour la liberté d’expression, pour la paix et la compréhension entre les peuples », Jalette livre une belle introduction à l’histoire et aux principes de la démocratie.
Construit sur le même modèle, Les Chevaliers de la renaissance (2008) raconte l’histoire de David Gérald, maintenant ministre de l’Environnement du Québec, en mission en Colombie. Sur fond de guerre civile et d’arnaques financières, ce roman aborde surtout le scandale des enfants soldats. Dans la section documentaire, le thème des droits humains est à l’honneur.
Bande dessinée au sens traditionnel du terme, La République assassinée des Patriotes (2009) met en évidence le talent de dessinateur de Jalette et son sens de la pédagogie. Elle raconte, avec un sérieux souriant et sans oublier quelques épisodes lanaudois, un grand moment de notre histoire dont l’élan libérateur perdure jusqu’à ce jour. Jeunes et moins jeunes liront avec plaisir et intérêt cette BD de qualité qui n’épargne pas la mémoire de Barthélemy Joliette.
L’œuvre de Jocelyn Jalette, je le répète, a une grande qualité : elle montre qu’on peut se déniaiser en se divertissant, que s’intéresser à l’histoire et à la politique n’est pas une corvée, mais un captivant devoir. Il n’y a pas de plus beau cadeau à faire aux jeunes Québécois.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca