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Le point de vue de Manawan

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 31 mars 2009 à 13:19
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Le point de vue de Manawan
De Manawan, cette réserve indienne située à 72 km au nord de Saint-Michel-des-Saints, que sait-on? Très peu de choses, au fond. Nous croisons parfois ses habitants quand ils viennent faire un tour à Joliette ou s’y installent – ce qui est le cas pour presque 400 d’entre eux -, mais la plupart du temps, ça s’arrête là. À leur égard, d’ailleurs, nous entretenons plus souvent les préjugés qu’une saine curiosité.

Sait-on seulement que Manawan se trouve sur les rives du lac Métabeskéga, a l’allure d’un village depuis 1850 et le statut de réserve depuis 1906? Que son nom signifie, en français, « là où l’on trouve des œufs » et désigne donc une aire de nidification de plusieurs sortes d’oiseaux? Que la communauté atikamekw qui y vit compte 2139 membres, dont 60% ont moins de 25 ans et dont 75% des 25-34 ans n’ont pas terminé leur secondaire? Probablement pas. Le saurait-on qu’il nous resterait encore à entendre ce que ces gens ont à dire, à nous ouvrir plus franchement à leur réalité pour vraiment les connaître.

C’est pour briser cet isolement, commun à toutes les communautés amérindiennes du Québec, que la cinéaste Manon Barbeau a eu l’idée d’un studio de production cinématographique itinérant baptisé le Wapinoki mobile, du nom d’un jeune autochtone mort dans un accident de la route en 2002. Ce projet, appuyé par l’Office national du film, vise à transmettre le savoir lié à l’utilisation des technologies numériques aux jeunes des communautés autochtones et à les guider dans l’univers de la scénarisation et de la réalisation. Barbeau voulait offrir à ces jeunes, souvent tentés par le décrochage scolaire et existentiel, un « lieu de rêve, sans consommation, de rencontres entre pairs, d’expression, d’apprentissage, d’échange et de valorisation ».

Le 18 mars dernier, dans le cadre de la Journée du cinéma québécois, une initiative du service socioculturel du Cégep régional de Lanaudière à Joliette, les jeunes cinéastes en herbe de Manawan sont fièrement venus présenter leurs productions au cégep. Je n’y étais malheureusement pas, mais j’ai pu, grâce à l’ami Gilbert Boulet, mettre la main sur le DVD. Et ce fut une belle révélation.

Dans « La danse de l’ours », la jeune Marie-Christine Petiquay, âgée de 12 ans au moment du film, évoque le renouveau des chants et danses traditionnels atikamekw à Manawan et ses effets positifs sur l’estime de soi de la communauté. Dans « Mon île », elle exprime d’émouvante façon son attachement à son territoire. Certains, dit-elle, disent que Manawan est « au beau milieu de nulle part ». Elle leur répond simplement : « Pour moi, c’est mes parents, ma famille, mes amis, pis je l’aime, mon île. »

Dans son film au ton poétique intitulé « Dans son gouffre, seule », Claudie Ottawa ne craint pas de s’en prendre à la drogue, qui fait tout perdre : famille et amis, mais aussi langue, culture et valeurs. Marie-Pier Ottawa, avec son audacieux « Elle et moi », raconte une déchirante histoire d’amour entre filles.

Dans « Une vie en ville », une réalisation collective, on suit Maxime Moar, qui étudie à Trois-Rivières dans le but de devenir enseignant à Manawan. Pas facile, dit-il, pour un « gars de la forêt », de quitter son lac et de se faire traiter de « kawish ». Il y a un message pour nous aussi, gens de Lanaudière, là-dedans. Une belle chanson d’amour de Pascal Ottawa, mise en images par Jean-Marc Niquay, clôt ce riche document.

On me rapporte que, lors de cette soirée du 18 mars, René Laurin, maire de Joliette, a eu de beaux mots pour dire aux gens de Manawan qu’ils sont, dans notre ville, chez eux. Ces étrangers, que je salue, sont, en effet, nos frères. Il faudrait que ça se sache.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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