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Une usine pas comme les autres

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 25 mars 2009 à 7:07
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Une usine pas comme les autres
Lundi matin de la semaine dernière, les lieux avaient des allures de fourmilière. L’heure était au chargement de milliers de boîtes de conserve destinées au sirop d’érable, en partance pour les quatre coins du Québec. Ils étaient six ou sept, concentrés, à s’activer pour accomplir cette tâche. À quelques dizaines de mètres, deux femmes et un homme assemblaient des carnets informatifs. D’autres, plus loin, s’affairaient autour de centaines de fauteuils roulants et de lits d’hôpital. On se serait cru dans une usine éclectique, mais tout à fait normale.

Or, l’usine Serlan (pour Services Lanaudière) n’est pas une usine comme les autres. Fondée en 1988 et maintenant située au 957, rue Raoul-Charrette, à Joliette, dans le parc industriel, elle n’engage, sauf exception, que des personnes souffrant d’un handicap mental ou physique. « Sur le marché du travail ordinaire, explique Sylvain Thibault, directeur de l’usine, mes employés sont considérés comme productifs, mais non compétitifs. » Aussi, pour qu’une entreprise puisse rentabiliser leur travail, elle a besoin d’une aide gouvernementale. Serlan, qui embauche 20 personnes à Joliette et 20 autres à Repentigny, est donc ce qu’on appelle une entreprise adaptée, en grande partie financée par les deniers de l’État, qui fait là, soyez-en assurés, une sacrée bonne affaire.

Il y aurait, au Québec, selon la RND (novembre-décembre 2008), « 43 entreprises adaptées qui font travailler 3000 personnes souffrant d’un handicap mental ou physique ». Selon une estimation fournie par l’émission d’affaires publiques Kilomètre zéro (Télé-Québec, 9 mars 2009), ces entreprises feraient économiser 27 millions de dollars aux divers paliers de gouvernement au Québec.

Comment expliquer une telle économie, alors que le gouvernement doit subventionner ces projets? Tout simplement par le fait que ces gens en emploi ne touchent plus d’aide sociale, contribuent par leurs taxes et impôts à la caisse de l’État et, jouissant d’une meilleure qualité de vie, sont moins malades. « Le fait de travailler, explique Sylvain Thibault, les incite à adopter de meilleures habitudes de vie. Ils sortent ainsi de l’isolement, bénéficient d’un statut social plus valorisant et sont moins enclins aux malsaines dépendances de toutes sortes. »

Le travail qu’ils accomplissent, à Joliette et à Repentigny, relève essentiellement de la manutention. Ils emballent des boîtes de conserve, des jouets, des becs verseurs en plastique et de la papeterie ou des carnets qu’ils ont d’abord assemblés. Grâce à une entente avec les CLSC de la région, les employés de Serlan sont aussi responsables du nettoyage et de l’entretien de l’équipement hospitalier (les fauteuils roulants, par exemple). À raison de 35 heures par semaine, ils accumulent 1827 heures de travail par année.

La RND, dans son numéro déjà mentionné, parle de « ces entreprises qui ont du cœur ». Sylvain Thibault, toutefois, insiste : il ne s’agit pas, pour l’organisme à but non lucratif qu’il dirige, de faire la charité, mais d’être rentable. Ses employés sont réellement productifs, font un travail utile, et l’usine ne fonctionne pas à perte.

Il n’en reste pas moins qu’il y a, en effet, du cœur dans ce projet. Le cœur à l’ouvrage des employés, d’abord, qui ont troqué la déprime engendrée par le désœuvrement contre la dignité du travail et de l’utilité sociale. Le cœur inventif et compréhensif des concepteurs et gestionnaires de cette entreprise, ensuite, qui ont su prouver qu’il y a de la place pour tout le monde sur les chantiers de la vie.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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