Fernand Lindsay
Monsieur Musique classique
Je ne connais pas personnellement le père Fernand Lindsay. Je ne connais que le personnage public, c’est-à-dire le fondateur et directeur artistique du prestigieux Festival de Lanaudière, mais aussi du Centre culturel de Joliette et de son école de musique, du Camp musical de Lanaudière, des Jeunesses musicales et du chœur des Chanteurs de la Place Bourget. Cela, pour moi, suffit amplement pour lui attribuer le titre de Monsieur Musique classique et pour justifier l’hommage qui lui sera rendu, le 8 mars prochain, par la Société musicale Opus 130, un organisme voué à la promotion de la musique dans Lanaudière, qu’il a lui-même fondé il y a quinze ans. Cinquante années d’implication passionnée au service la musique, cela mérite, en effet, reconnaissance.
En février 2009, sur les ondes de Télé-Québec, le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin soulignait que la musique classique ne faisait pas partie des « réflexes » québécois et qu’il fallait avoir l’esprit « missionnaire » pour la faire connaître et apprécier. Cet esprit, Fernand Lindsay en a fait le cœur de sa vie. C’est en grande partie à lui, et aux centaines d’amants de la musique qu’il a su regrouper pour mener à bien ses projets, que Joliette doit son enviable statut de « sol de musique », comme le remarque Gilles Tessier, président du conseil d’administration de la Société musicale Opus 130.
« Beaucoup de belle choses sont en danger, car elles semblent appartenir à certaines classes sociales, constatait récemment le célèbre écrivain Éric-Emmanuel Schmitt dans les pages du Devoir. Ce dont souffre l’art, c’est d’être un principe de distinction. » Mais pourtant, ajoutait-il avec raison, « l’art n’est pas une manière de se différencier des autres; c’est un aliment essentiel pour une vie belle, pleine et réussie. L’art appartient à la vie spirituelle, pas à la vie mondaine, ni à la vie bourgeoise. »
Il est probable, il est certain même, que quelques Lanaudois se soient servis du réseau musical mis en place par le père Lindsay pour, comme on dit en québécois, tirer du grand. C’est là un détail qui ne doit pas faire oublier l’essentiel : la musique classique est un trésor universel que notre mélomane jubilaire a voulu rendre accessible au plus grand nombre.
Ma sœur Anne-Marie, qui a suivi le cours de littérature musicale du père Lindsay alors qu’elle était étudiante en soins infirmiers au cégep de Joliette dans les années 1980, se souvient du profond désir du maître de faire aimer la musique classique. Les raffinements du Casse-Noisette de Tchaïkovski et le Canon de Pachelbel retentissaient entre les murs de la classe, et nous écoutions, se rappelle-t-elle.
Membre du chœur des Chanteurs de la Place Bourget, Jule Lafortune parle, au sujet du père Lindsay, d’une autorité et d’une compétence charismatiques, de même que d’une simplicité caractérisée par la classe. Pour le père, par exemple, aller chanter à la prison des femmes, c’est aller chanter « chez les dames ».
Raymond Lapierre, qui connaît bien le parcours de Fernand Lindsay, ne tarit pas d’éloges à son égard. Puissant sportif dans sa jeunesse, le père, affirme-t-il, fut pour la région un bâtisseur de la trempe de Barthélémy Joliette. Homme de conciliation, rassembleur, il eut, pendant sa carrière, un seul but : faire partager son amour de la musique classique, qui sort du quotidien, qui élève, qui nous fait expérimenter la transcendance. Fernand Lindsay, dit Raymond Lapierre, est « un éducateur qui met le feu… et ça se répand ».
Dimanche prochain, à la salle Rolland-Brunelle, le pianiste Alain Lefèvre, un autre champion de la démocratisation de la musique classique, rendra hommage au père Lindsay, en interprétant des compositions de Scarlatti, de Soler et de Rachmaninov. Un Gala suivra, à 16h, au Musée d’Art de Joliette. Ce sera la fête d’un homme de notes, de ses alliés et du trésor qu’ils offrent en partage pour mieux le faire fructifier.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
alain milette
Commentaire mis en ligne le 6 mars 2009Sans oublier le père Florian Bournival de l`école et paroisse Christ-Roi fin des années 60 début 70