La liberté, quelle liberté ?
Une municipalité ontarienne a adopté un règlement interdisant de fumer dans les parcs afin de protéger ses citoyens de la fumée secondaire. Pauvres fumeurs, déjà condamnés à geler à moins 30 pour assouvir leur vice, voilà qu'on leur interdit de fumer en plein air.
Certains font aussi pression pour interdire aussi la cigarette au volant, même si le fumeur est seul à bord du véhicule. C'est que certains ayatollahs de la santé craignent qu'éventuellement des enfants prennent place dans l'automobile et se retrouvent ainsi en contact avec la fumée tertiaire, cette substance qui se dépose sur les objets après le passage d'un fumeur. C'est la nouvelle bataille de l'industrie du bien.
Des employeurs font maintenant passer des tests médicaux aux candidats à un emploi afin de déceler la présence de nicotine. Histoire de diminuer les frais de santé de l'entreprise, on élimine ainsi les candidats fumeurs. Le tabac est toujours un produit légal qui contribue par la taxation à enrichir le trésor public.
Comment pourrait-on être contre puisque tous ces contrôles visent à améliorer la santé des gens ? Le problème, c'est aussi que ça crée un certain nombre de précédents et que sous des dehors vertueux, ça diminue constamment notre champ de liberté.
D'ici quelques années, on s'attaquera de la même façon aux aliments gras ou salés. Si c'est valable pour le tabac, pourquoi un employeur ne pourrait-il pas vérifier si vous êtes accro aux croustilles avant de vous embaucher ? Un mangeur de « chips » présente un risque de développer une maladie coûteuse pour l'entreprise.
Toujours pour notre santé et l'environnement, des groupes multiplient les pressions pour non seulement interdire la vente des poêles à bois les plus polluants, mais aussi obliger les propriétaires de vieux poêles à s'en départir. Et si une crise de verglas survient comme en 1997, on devra s'en remettre à la chaleur humaine.
La sécurité est un autre motif pour s'introduire dans la sphère de la vie privée. Depuis le 11 septembre 2001, on multiplie la surveillance électronique. Les caméras sont partout, même dans les autobus scolaires. Dans certaines entreprises, ce sont les travailleurs qui font l'objet d'une filature électronique. Les transmissions électroniques, les courriels et l'historique de la navigation sur Internet font aussi l'objet de surveillance dans les entreprises. Dans certaines villes, le nombre de caméras est si important qu'on pourrait suivre un individu dans tous ses déplacements. À Joliette, le phénomène n'a pas autant d'ampleur, mais on serait surpris de connaître le nombre de caméras qui captent nos faits et gestes quotidiennement. Ça se limite toutefois aux magasins, certaines institutions et des stationnements. On a quand même vu l'automne dernier, pendant quelques semaines, des caméras installées sur des lampadaires du centre-ville.
Il y a quelques années à peine, c'était de la fiction de voir au cinéma des espions localiser un individu à partir de son cellulaire. Aujourd'hui, c'est devenu un jeu d'enfant pour les entreprises de télécommunication de retracer un individu par la triangulation.
Par l'utilisation des cartes de débit et des cartes de fidélité (AirMiles), vos achats s'accumulent dans des banques de données afin de constituer votre profil de consommation. Dire que « Big Brother » n'en est encore qu'à ses premiers balbutiements.
Pour paraphraser Pierre Falardeau, disons que bientôt, la liberté ne sera plus qu'une marque de yogourt !
André Nadeau
Louise Fullum
Commentaire mis en ligne le 19 mars 2009Je fus agréablement surprise de lire un article qui dénonce l'érosion de nos libertés. Mon mari et moi sommes libertariens et nous croyons que la liberté et la responsabilité personnelles sont esssentiels dans la société. Félicitation M. Nadeau.