Aimer notre temps
Selon un certain discours assez répandu, l’école québécoise se dégrade, les politiciens d’aujourd’hui n’arrivent pas à la cheville de ceux d’hier et, grosso modo, les belles et authentiques valeurs d’antan n’ont plus cours. Ce discours nostalgique, entretenu à gauche comme à droite, repose pourtant sur du vent et est malsain parce qu’il nous enferme dans le ressentiment à l’égard de notre époque.
Prenons d’abord le cas de l’école. On nous chante parfois, pour les opposer aux ratés de l’école actuelle, les vertus du collège classique. On oublie, ce faisant, que seulement une infime minorité de la population y avait accès et que plusieurs de ceux qui l’ont fréquenté ont durement critiqué le contenu dépassé et ultrareligieux de l’enseignement qu’ils y ont reçu. L’école d’aujourd’hui, au contraire, est ouverte, accessible à tous et, quoi qu’on en dise, plutôt efficace.
« En décembre dernier, comme le rappelait récemment l’économiste Pierre Fortin dans les pages de L’Actualité, Statistique Canada nous apprenait que les jeunes Québécois du niveau secondaire étaient parmi les plus bolés de la planète en mathématiques. » Aurait-on pu en dire autant il y a 50 ans? Bien sûr que non! On devrait donc se réjouir de notre évolution plutôt que de pleurer sur la supposée dégradation scolaire.
Certes, tout n’est pas parfait et il y a encore trop de décrochage, mais pourquoi ne reconnaît-on pas que, même à ce chapitre, nous faisons mieux aujourd’hui qu’à l’époque? « Au final, ajoute Pierre Fortin, le vrai taux de décrochage scolaire chez les 25-34 ans au Québec est de 12%. Pas de 30%. Pas de 85%. » Il s’agit du meilleur taux de notre histoire. De quel beau passé, alors, nous parle-t-on?
La même question devrait être posée à ceux qui prétendent que, dans le domaine politique, « on n’a plus les bons hommes qu’on avait ». Comment peut-on affirmer sans rire une chose semblable quand on compare, par exemple, l’actuel député fédéral de Joliette, Pierre Paquette, à Roch Lasalle, un de ses illustres prédécesseurs? Ti-Roch, comme on l’appelait, était peut-être plus coloré, mais, en matière de compétences professionnelles, son successeur le dépasse cent fois. Nous n’avons plus de René Lévesque? Patience, il en viendra bien un autre… Se souvient-on, d’ailleurs, que, en 1985, au moment de son départ, Lévesque avait une très basse cote de popularité? L’idéalisation du passé n’est jamais bonne conseillère.
Il faudrait rappeler cette vérité au cardinal Marc Ouellet qui n’en finit plus de pleurer sur le déclin d’un Québec qui aurait, selon lui, tourné le dos au catholicisme. Adapter notre rapport à la religion à la modernité ne signifie pas rejeter la foi et ses valeurs. L’Assemblée des évêques catholiques du Québec, d’ailleurs, a compris cela et refusé de suivre le cardinal dans sa croisade pour le retour de l’enseignement religieux confessionnel dans les écoles. Des équipes paroissiales prendront la relève.
Dans Le Devoir du 20 octobre, Jean-Claude Leclerc rapporte le point de vue de notre évêque : « Son collègue de Joliette, Mgr Gilles Lussier, attentif dans ses visites de paroisse aux expériences qui y sont vécues, a pu constater auprès de plusieurs parents qu’ils vivent un cheminement personnel en accompagnant leurs enfants. Lors de célébrations, il est impressionné, dit-il, par la qualité de présence et de participation des jeunes et des parents. Pour lui, ce sont là des signes prometteurs pour l’avenir. » N’est-ce pas là une attitude plus sainement constructive?
Dans son Testament spirituel paru en 2004, Claude Ryan nous mettait en garde contre le passéisme stérile. « Nous devons nous garder le plus possible, écrivait-il, de toute pensée d’amertume ou de mélancolie à l’endroit de notre temps. Nous devons au contraire chercher à le connaître, à le comprendre et à l’aimer sans cesse davantage. » En se rappelant, bien sûr, que qui aime bien châtie bien.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Commentaire mis en ligne le 30 octobre 2008Jean-François Lisée écrit dernièrement dans:
http://doc.politiquessociales.net/serv1/Persp22p12-13.pdf
"Depuis 2000, la croissance réelle du produit national brut du Québec a dépassé celle de l’Ontario (9,5 % contre 6,9 %) et a presque égalé celle des États-Unis (9,7 %).
Or sur 100 dollars produits aux États-Unis, il y en 22 qui vont dans les poches des plus riches, qui représentent 1 % de la population. Dans les faits, les Américains doivent travailler plus d’heures par semaine pour obtenir un revenu équivalant au nôtre..(...)
En outre, toute proportion gardée,il y a quatre fois plus d’Américains qui vivent dans la pauvreté sévère que de Québécoises et de Québécois".
Dans La Presse, d'hier, on apprenait que:
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/national/200810/29/01-34199-le-canada-10e-sur-17-pays-au-plan-social.php
"Le Canada 10e sur 17 pays au plan social Selon les "données du Conference Board...(....)
"...(...)En fait, plus de 7 millions d'adultes(canadiens), soit quatre sur dix, n'ont pas les habiletés en lecture nécessaires pour fonctionner dans notre mode de vie moderne...(...)"-Fin citation-
Donc les problèmes d'analphabétisme et de décrochage ne sont pas le lot seulement du Québec.