Vive la démocratie!
Le 14 octobre dernier, jour d’élections fédérales, je suis allé voter, en compagnie de ma femme, au sous-sol de la cathédrale. Il était 17 heures et le soleil, absent depuis le matin, brillait de tous ses feux pour sécher l’automne joliettain. À pied, à partir de notre Christ-Roi adoré, nous avons dû affronter la jungle de l’heure de pointe sur la rue Saint-Charles pour nous rendre au bureau de vote. À la hauteur de la rue Richard, une automobiliste pressée nous a presque renversés –j’ai dû lâcher un retentissant sacre pour lui rappeler notre présence-, mais nous avons survécu.
Sur place, l’atmosphère tranchait avec la tension extérieure. Le calme et la courtoisie régnaient, en effet, dans ce bureau de vote, peu achalandé à cette heure. En me rendant dans l’isoloir, j’ai eu la surprise d’apercevoir un crucifix sur le mur. Après tout le ramdam engendré par la Commission Bouchard-Taylor, la présence tranquille de ce symbole, en ce lieu, m’a étonné. Je tracerai donc mon X sous surveillance divine, me suis-je dit, en envoyant un sourire complice à mon épouse, pour partager avec elle le charme suranné de cette situation.
En revenant à la maison, nous avons croisé Sylvie Lavallée, la candidate conservatrice, qui sortait de son local de campagne. Elle nous a souri. Plus loin, nous avons croisé deux autres couples du quartier, en route pour aller accomplir leur devoir de citoyen. Il y avait quelque chose de beau et de rassurant dans ce petit périple électoral. C’est ça, me disais-je encore, vivre dans une démocratie : pouvoir choisir en toute quiétude, après avoir assisté à une vraie lutte idéologique pendant plus de 30 jours, nos représentants et partager le trottoir avec des adversaires politiques auxquels on continue de sourire parce qu’ils restent, peu importent les résultats du scrutin, nos concitoyens.
En soirée, pour respecter une tradition familiale, je me suis rendu au domicile de ma sœur et de mon beau-frère, à Saint-Charles-Borromée, pour écouter la soirée électorale animée par Bernard Derome, le roi des chefs d’antenne. Très partisans, comme il se doit en pareilles circonstances, nous nous sommes réjouis de la défaite de l’arrogant Michael Fortier, dans Vaudreuil-Soulanges, et avons été déçus par la victoire du suffisant Justin Trudeau dans Papineau.
Nos principaux motifs de réjouissance furent toutefois la victoire prévisible de Pierre Paquette, un politicien d’envergure dont Joliette peut s’enorgueillir, et la bonne performance du Bloc québécois à l’échelle du Québec. La victoire du Bloc, c’est vrai, condamne le Québec à l’opposition, mais cette fonction, quoi qu’en disent certains, reste noble et essentielle en démocratie, surtout quand les aspirants au pouvoir ne veulent que notre vote et n’offrent rien de substantiel en retour.
Comme l’écrit le sénateur Jean-Claude Rivest dans La Presse du 16 octobre 2008, « si le Bloc québécois prend tellement de place au Québec, c’est la faute des partis fédéralistes qui, au contraire, sont incapables de s’y enraciner ». Le Bloc, je l’ai déjà écrit dans cette chronique, est une anomalie. Or, c’est une anomalie nécessaire tant que la souveraineté ne sera pas faite ou que les partis fédéralistes ne reconnaîtront pas, dans les faits et pas seulement en paroles, les aspirations nationales des Québécois. Cela s’appelle la démocratie.
Le 14 octobre dernier, tout compte fait, fut une assez belle journée. Elle a coûté 300 millions? Et alors? La démocratie a un prix qui vaut la peine, surtout que tout cet argent, entièrement dépensé au Canada et souvent pour payer des gens ordinaires (scrutateurs, travailleurs d’élections), fera, comme on dit, rouler l’économie. J’ai déjà hâte à la prochaine fois.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Pierre-Luc Bellerose
Commentaire mis en ligne le 24 octobre 2008Il s'agit d'une analyse de haute qualité M. Grandchamp, laquelle est d'une rigueur intellectuelle élevée.