La pauvreté en héritage (2)
On a vu dans le commentaire du 5 octobre dernier à quel point le décrochage scolaire pourrait tous nous affecter si rien n'est fait pour endiguer ce phénomène alarmant.
À peu près tout le monde a sa petite idée sur les causes et plusieurs lecteurs m'en ont fait part. Pour la plupart, on s'attardait surtout à identifier une cause et généralement un coupable pour l'état déplorable de notre système d'éducation qui conduit davantage à l'échec qu'à la réussite.
Il serait pour le moins simpliste de résumer le diagnostic à une seule cause. Si c'était le cas, la solution serait sans doute à portée de mains. On évoque l'abandon des parents, le manque de discipline et même le tutoiement des maîtres. Les garderies, les enfants du divorce, tout y passe.
La fameuse réforme scolaire est aussi pointée du doigt, même si le décrochage scolaire était déjà une plaie bien avant sa mise en place. Le problème est nettement plus complexe et c'est aussi un éventail de solutions qui doit y être adressé.
Je ne m'improviserai pas en spécialiste de la question, mais on peut sans se tromper parler d'une crise de confiance dans le système public d'enseignement. Ce n'est pas pour rien que les inscriptions aux écoles privées atteignent des sommets. Il y a de nombreux parents qui voulant ce qu'il y a de mieux pour leurs enfants, font des sacrifices importants ayant acquis la conviction que l'école publique est en faillite. Ils n'ont pas tout à fait tort de penser ainsi. Si on applique les lois de l'économie à l'école publique, ne pourrait-on pas dire d'une entreprise qui perdrait plus de 50 % de sa matière première qu'elle se dirige vers la faillite ? Ce qui est dommage, c'est qu'à mesure que s'intensifient les transferts vers l'école privée, le secteur public s'affaiblit encore davantage.
Si on veut combattre le décrochage scolaire, il faudra certainement investir dans la lutte à la pauvreté. À la lecture des statistiques sur le décrochage scolaire, on constate qu'elles correspondent le plus souvent à des zones défavorisées. On peut établir un lien direct entre la pauvreté d'un milieu et l'échec. Depuis longtemps, les enseignants réclament qu'on établisse de meilleures conditions d'apprentissage dans ces milieux. Ils revendiquent, avec peu de succès, une réduction de la taille des classes et surtout qu'on cesse d'intégrer dans les classes ordinaires des élèves présentant des troubles de comportement. Ces derniers peuvent aussi réussir à la condition qu'ils puissent bénéficier de services spécialisés dont ils sont trop souvent privés depuis les coupures décrétées par le gouvernement dans l'atteinte du déficit zéro. Le système public a besoin qu'on y réinvestisse. Il y va de notre avenir.
Le député de Joliette, Pascal Beaupré, est très préoccupé par la question du décrochage scolaire. Il est intervenu à de multiples occasions à l'Assemblée nationale. Il ne s'est d'ailleurs pas contenté de dénoncer l'inaction du gouvernement, y allant de quelques suggestions, dont celle de se préoccuper tôt, dès la petite enfance, de la réussite des élèves. Ma conjointe, forte de 30 ans d'expérience en enseignement pré-scolaire, pouvait identifier sans se tromper les candidats au décrochage dès la maternelle. Le problème, c'est que les services dont les enfants auraient eu besoin étaient absents ou trop peu nombreux.
M. Beaupré proposait aussi une revalorisation majeure de la formation professionnelle au secondaire et un meilleur partenariat avec les entreprises créatrices d'emplois.
La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, semble plus préoccupée de la réussite scolaire que ses prédécesseurs. Le retour d'un bulletin compréhensible par les parents et de la dictée sont des initiatives qui vont dans le bon sens, mais qui équivalent à appliquer une couche de fond de teint sur un cadavre. Il faudra beaucoup plus que de l'aide au devoir, sinon on verra qu'il n'y a pas que les viaducs qui risquent de s'effondrer au Québec.
André Nadeau
Pierre Grandchamp
Commentaire mis en ligne le 20 octobre 2008Il y a 48 ans, le célèbre Frère Jean-Paul Desbiens publiait "Les Insolences du Frère Untel".Il y dénonçait vertement, et avec raison, notamment le système d'éducation et l'enseignement du français.
Depuis, au cours des ans,d'autres ont émis des critiques sévères.Rappelons ici Lysianne Gagnon dans le journal LA PRESSE en 1975.Récemment, un prof du CEGEP Ahuntsic
publiait un pamphlet très critique du présent système.
À peu près toutes les sociétés remettent périodiquement en question leur système d'éducation.
Or, ce système d'éducation typique au Québec, avec ses forces et ses faiblesses, a fait passer le Québec du taux de scolarisation le plus bas sur le continent(début des années 1960) au plus haut taux en compagnie de l'Ontario. Voir l'article de l'Actualité de juin 1999 du réputé économiste Pierre Fortin."Que sont devenus les "nègres blancs d'Amérique?"
Il est vrai qu'il faut se poser des questions sur le décrochage scolaire au Québec.Cependant, d'autres sociétés connaissent des problèmes similaires.
Le niveau de pauvreté de certains quartiers et de certains milieux y est sûrement pour quelque chose. Que ce soit chez nous ou dans les banlieues en France ou dans les grosses villes des USA.