« Quand les gens ne croient plus en Dieu, disait l’écrivain anglais Chesterton il y a presque cent ans, ce n’est pas qu’ils ne croient plus en rien, mais qu’ils croient à tout. » Beaucoup ont pensé, en effet, que le recul des croyances religieuses les plus primaires s’accompagnerait d’une progression de l’esprit critique et scientifique dans la population. Force est de constater, aujourd’hui, qu’il n’en est rien et que la crédulité la plus naïve fait des encore des ravages dans les esprits contemporains.
L’émission Enquête (Radio-Canada) du 2 octobre dernier a illustré ce triste phénomène avec éclat. Inquiets devant la popularité de plus en plus grande d’une approche thérapeutique fumeuse qui se nomme la « biologie totale », le journaliste Guy Gendron et ses collègues, armés de caméras cachées, ont consulté quelques-uns de ces pseudo-thérapeutes en se faisant passer pour des malades atteints de cancer. Et ce qu’ils ont découvert a de quoi faire peur.
Inventée, notamment, par Claude Sabbah, un ex-médecin français maintenant interdit de pratique, la biologie totale affirme que toutes les maladies, même les plus graves, ont des causes psychiques. Le cancer, par exemple, serait dû à un état de crise psychologique. Aussi, le traiter avec les armes de la médecine scientifique (ablation, radiothérapie, chimiothérapie) serait une erreur. Il faudrait plutôt, vont même jusqu’à dire certains de ces charlatans parfois formés en une seule semaine de cours, remercier notre cancer de nous faire prendre conscience que nous vivons une crise psychologique et travailler essentiellement sur notre mental afin d’en guérir.
Cette théorie, parfaitement délirante et carrément dangereuse lorsqu’elle incite des malades à renoncer à certains traitements médicaux, serait, semble-t-il, assez répandue au Québec et, peut-on présumer, probablement pratiquée dans la région de Lanaudière.
Si plusieurs auditeurs ont remercié l’équipe d’Enquête d’avoir dévoilé les dangers de cette pratique (voir le site de l’émission à
www.radio-canada.ca), d’autres, dont au moins deux auditrices lanaudoises, l’ont accusée d’être malhonnête et de salir la réputation de cette thérapie, notamment vantée par la chanteuse Lara Fabian. Comment expliquer le succès, même relatif, d’une telle lubie sans fondements scientifiques?
Certains pointeront, et ils n’auront pas tort, le manque d’accessibilité aux vrais médecins et l’approche parfois trop froide et expéditive de quelques-uns de ces derniers. La cause principale de cette triste crédulité, toutefois, reste l’inculture scientifique qui règne au Québec et ailleurs dans le monde. Quand des athlètes olympiques ne sont pas gênés d’avouer qu’ils s’inspirent d’un ouvrage aussi farfelu que Le Secret, qui affirme que la seule force de notre pensée modifie le réel, quand des médiums prétendant faire parler les morts obtiennent des succès populaires, quand l’homéopathie passe pour une science, quand Le Journal de Montréal fait suivre la campagne électorale par des astrologues, une évidence s’impose : la culture scientifique est en panne et les charlatans de tout acabit ont beau jeu d’exploiter cette ignorance.
Pour renverser cette situation qui expose les personnes vulnérables à tous les dangers, l’école et les médias ont un rôle à jouer. La première doit revoir sa manière d’enseigner les sciences. Son approche actuelle, souvent abstraite et désincarnée, favorise sûrement le travail des neurones, mais elle ne dote pas les jeunes de l’esprit critique propre à la méthode scientifique qui permet de distinguer la connaissance de la croyance. Quant aux seconds, ils doivent se faire un devoir de pratiquer une vulgarisation scientifique éclairée et utile (médecine, psychologie, sociologie) et de démasquer, comme l’a fait l’équipe d’Enquête au risque de déplaire, les imposteurs.
La science n’a pas réponse à tout. Elle ne remplacera jamais les arts et une saine religion. Elle reste toutefois une indispensable lumière.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Pierre Dupont
Commentaire mis en ligne le 22 octobre 2008Bonjour,
Bravo de demander que la science soit un garant du sérieux, etc.
Toutefois, je suis toujours étonné que l’on demande d’avoir un esprit critique et de lire un article qui montre une grande méconnaissance du dossier.
Quelques erreurs glanées dans l’article :
1. En biologie totale des êtres vivants (BTEV), on ne dit pas que la maladie est due à un conflit psychologique mais un conflit biologique. Colporter ce que d’autres ont dit, écrit sans remonter aux sources des écrits princeps montrent vraiment que l’esprit d’enquête responsable n’est pas toujours présent chez les journalistes. Le journaliste Guy Cendron sait très bien qu’il n’a pas rapporté exactement ce que Claude Sabbah dit dans les trois premières heures de cours du séminaire de base de biologie totale des êtres vivants, à savoir que les maladies ne sont pas dues à des conflits psychologiques mais à des conflits biologiques. La différence est colossale.
2. Claude Sabbah n’est pas interdit de pratique : il n’a jamais été radié du tableau de l’Ordre français des médecins. Colporter une information fausse peut être assimilé à de la diffamation… Il s’est simplement « omis » puisqu’il donne cours et n’exerce plus comme médecin généraliste.
3. Il y a beaucoup de concepts en biologie totale des êtres vivants qui ont un fondement scientifique. Par exemple un effet nocebo à la suite d’une mauvaise nouvelle s’appelle en BTEV un « conflit de diagnostic-pronostic » et la littérature internationale sur ces deux sujets existent… Dire que la BTEV n’a aucun fondement scientifique, cela montre tout simplement l’ignorance scientifique du dossier.
Peut-être qu’il y a encore d’autres erreurs dans cet article. Je trouve que déjà en trouver trois aussi facilement montre que l’internaute lecteur peut douter de la véracité du restant de cet article ainsi du sérieux de l’enquête du journaliste Guy Cendron.
Signalons que cet article montre un parti-pris sous-jacent en saupoudrant de mots tels que crédulité, naïve, fumeuse, délirante, dangereuse, lubie...
Y aura-t-il un correctif après vérification de la réelle information ?
Ce serait tout à l’honneur du vrai journalisme.
Cordialement.
Pierre