Le décrochage, un drame humain
La pauvreté en héritage
Les motifs d'inquiétude face à l'avenir sont nombreux: incertitude économique, changements climatiques, difficultés du système de santé pour n'en nommer que quelques-uns. Toutefois, au plan régional, c'est bien davantage le décrochage scolaire qui m'inquiète et l'incapacité des paliers de gouvernement à conjurer cette menace.
Pourtant, c'est un véritable drame humain qui se prépare, un drame qui risque bien de se prolonger sur plusieurs générations. Depuis la révolution tranquille dans les années 60, les Québécois ont fait des bonds prodigieux en matière d'éducation. Le niveau de scolarité s'est accru au point de rejoindre, sinon dépasser la moyenne des pays industrialisés. Depuis quelques années, on assiste toutefois à une régression qui pourrait conduire à un appauvrissement de nos collectivités.
Les chiffres sont pourtant dramatiquement éloquents. Dans certaines écoles de notre région, on enregistre des taux de décrochage parmi les pires au Québec. Il existe des écoles où 55 % des élèves ne terminent pas leur cours secondaire. À la Commission scolaire des Samares, 41,7 % des étudiants qui ont entrepris le secondaire en 2002 sont parvenus à obtenir un diplôme en cinq ans. D'autres y parviennent avec un an ou deux de plus.
En 1960, beaucoup de gens lâchaient l'école très jeunes, mais c'était encore une époque où il demeurait possible d'obtenir un emploi dans une manufacture sans trop d'instruction. Aujourd'hui, l'obtention d'un diplôme de secondaire est un minimum qui conduit le plus souvent à des emplois de bas de gamme. Imaginez la vie qui s'offrira à ceux qui ne possèdent même pas cette base.
On trouvera bien quelques individus particulièrement brillants et débrouillards qui parviendront à s'en sortir et à mener avec succès leur entreprise. C'est l'exception plutôt que la règle. Les autres risquent bien davantage de connaître la misère et ce qui l'accompagne.
Heureusement, plusieurs se relèvent après quelques années hors du circuit et reviennent compléter leur formation à l'éducation aux adultes. On doit se réjouir que certains raccrochent ainsi, mais il reste que pour chaque année de retard dans l'obtention d'un diplôme, c'est d'une année de salaire qu'ils se privent. Ça signifie qu'ils se feront construire une maison plus tard, qu'ils fonderont un foyer plus tard et c'est de l'argent de moins dans l'économie.
Au-delà des chiffres, la situation de ces jeunes destinés aux emplois précaires ne semble pas inquiéter grand monde, sinon des gens directement liés au monde de l'éducation. Beaucoup de gens ne se sentent pas concernés puisque leurs enfants performent assez bien à l'école. Ils ne voient vraiment pas comment le fait que le fils du voisin ait abandonné l'école puisse les affecter.
Pourtant, cette situation, si on ne trouve pas les moyens d'agir, finira par tous nous affecter, pauvres ou riches. Au moment même où une grave pénurie de main-d'œuvre s'annonce avec le départ massif des « boomers » à la retraite, le décrochage scolaire aura pour effet de réduire encore davantage le bassin de personnel qualifié à la disposition des employeurs. Certains d'entre eux sont très mobiles et à défaut d'une main-d'œuvre qualifiée peuvent facilement se délocaliser vers de plus grands centres, d'autres provinces ou même d'autres pays. Pensons par exemple aux conséquences que le départ d'une usine comme Bridgestone aurait sur notre économie locale. Ça semble farfelu à prime abord, mais ce n'est pas impossible à plus long terme. S'il est vrai qu'un emploi manufacturier crée plusieurs emplois indirects dans les services, la construction et le commerce, c'est aussi vrai qu'une perte d'emploi dans ce secteur crée aussi du chômage indirect.
Enfin, il faut être conscient que le développement de poches de pauvreté risque fort d'accroître les malaises sociaux, accroître les dépenses en santé et faire grimper le taux de criminalité.
Le décrochage scolaire, ce n'est pas que l'affaire des dirigeants de la Commission scolaire, des professeurs ou de quelques parents. Il y a tout un chantier devant nous, car ça nous concerne tous.
(à suivre)
André Nadeau
Martin Jubinville
Commentaire mis en ligne le 7 octobre 2008Oui, la problématique du décrochage scolaire et du décrochage social est une problématique extrêmement importante au Québec. Cela devrait être l'affaire de tout un chacun. Il existe plusieurs organismes qui travaille auprès des décrocheurs ou décrocheurs potentiels, mais souvent ces organismes ou programmes sont méconnus. C'est le cas, par exemple, du projet IDEO 16/17 pour lequel je travaille au Carrefour Jeunesse Emploi Matawinie qui offre des services aux jeunes de 16 et 17 qui ont décrochés ou qui songe a le faire. Ce projet existe pourtant dans tous les CJE. J'invite ainsi les jeunes à ne pas hésiter a contacter le Carrefour Jeunesse Emploi de sa MRC!!!