Même si le confinement est terminé, les producteurs artisanaux ne sont pas au bout de leur peine, car la crise a empêché les entreprises de se développer normalement et d’accroître leur part de marché. « Nous sommes heureux de la fin de la crise. Cependant, ce n’est pas parce que le confinement est terminé que nous allons récupérer le marché que nous avons perdu », mentionne Mme Régimbeau. Sur la photo : les canards du Domaine Maurel-Coulombe.
Photo Julie Roy
Les oiseaux enfin libres
La fin du confinement
Pour protéger les humains contre une éventuelle pandémie de grippe aviaire, qui n’est jamais survenue, le gouvernement du Québec avait instauré, pendant un an et demi, le confinement de toutes les volailles à l’intérieur des bâtiments. Si cette mesure a pris fin dernièrement, elle a tout de même eu des répercussions chez les producteurs spécialisés de volailles.
La règle du confinement a débuté le 5 novembre 2005. C'est lors de cette journée qu'un cadavre de canard est découvert aux abords du lac Saint-Pierre. Même si ce volatile n'était pas atteint de la fameuse souche de la grippe aviaire, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) a décrété une loi qui rend le confinement de la volaille obligatoire, et cela, pour empêcher le contact des animaux domestiques avec les oiseaux sauvages.
Chez Oie d’or à Saint-Gabriel-de-Brandon, on mentionne que le confinement a coûté près de 300 000 $. Cette somme s’explique par le fait que les propriétaires ont dû envoyer leur troupeau reproducteur d’oies dans l’Ouest canadien et louer des bâtiments pour accueillir tous les volatiles. Pour faire face à la crise, les deux propriétaires ont aussi dû réduire la taille de leur troupeau. « L’oie est un animal difficile à élever en bâtiment. Il devient plus agressif, son taux de mortalité est plus élevé et on observe une baisse de rendement. Nous avions 6 000 oies. Nous avons réduit notre troupeau à 1 000 », souligne Katia Régimbeau, copropriétaire de l’entreprise avec Luc Lafrenière.
Même constat de la part de Martin Coulombe et d’Yvanne Maurel du Domaine Maurel-Coulombe qui ont démarré leur entreprise durant cette période. « Le taux de mortalité était élevé. En plus, cela coûtait très cher de litière. Aujourd’hui, c’est le jour et la nuit. On s’aperçoit que nos canards sont plus calmes et lorsque survient une blessure, le fait qu’ils puissent se dégourdir les pattes les amènent à se rétablir plus rapidement », mentionnent les deux producteurs.
Si ces deux entreprises ont eu la chance de passer au travers de cette crise, il en va autrement de Sylvie Renaud et d'Alain Dansereau de L’oie Naudière de Saint-Alexis. En effet, à moins d’un miracle, l’entreprise, fondée en 1999, fermera ses portes prochainement lorsqu’elle aura écoulé ses derniers produits. C’est l’écroulement d’un bâtiment l’hiver dernier qui a sonné le glas de cette ferme d’élevage d’oies. Si le confinement n’est pas entièrement responsable de la fermeture de l’entreprise, il obtient tout de même une part de responsabilité. « Le confinement a augmenté nos coûts de production. Nous avons eu de l’aide du gouvernement, mais le confinement a empêché l’entreprise de suivre sa croissance normale. En plus, le fait d’avoir imposé des tests supplémentaires pour nos oies nous coûtait énormément cher », mentionne Alain Dansereau. D’ailleurs, il avait fait valoir son point de vue lors du passage de la Commission sur l'avenir de l'agriculture, mais trop peu trop tard.
Bien que ces agriculteurs soient heureux que le gouvernement ait suspendu cette règle, ils ne comprennent pas pourquoi il a été si long à agir. D’autant plus que le Québec était le seul endroit à imposer une telle restriction. Ils blâment les producteurs de volailles industriels qui auraient fait pression sur le gouvernement pour que soit maintenue cette règle. « L’Association des producteurs de volailles industriels ne voulait pas la fin du confinement. On trouve cela égoïste, car nous sommes pris en otage. Ils ne veulent pas de produits de créneau », mentionne Martin Coulombe.
Même si le confinement est terminé, certains producteurs demeurent méfiants, comme chez Oie d’or qui ne compte pas rapatrier immédiatement son troupeau pour éviter un volte-face du gouvernement. « Nous allons attendre un an. »
L'Union des producteurs agricoles de Lanaudière avait d’ailleurs confirmé lors d’une entrevue avec le journal l’an dernier sa position à ce sujet. Les représentants de l’UPA demandaient le maintien du confinement, car ils croyaient que cette mesure était nécessaire pour la protection de tous. Ils affirmaient également que le règlement n'était pas si rigide et ne posait pas réellement de problèmes.