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Interdit aux femmes

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 21 juin 2008 à 10:18
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Interdit aux femmes
Cette semaine, le Journal de Montréal faisait la une et consacrait deux pages à un établissement de Delson qui n'accepte pas la clientèle féminine. Il s'agissait d'une taverne qui, malgré l'adoption d'une loi ouvrant les portes des tavernes aux femmes en 1986, ne s'y était pas encore conformée. C'est en quelque sorte la dernière vraie taverne comme dans la pièce de théâtre « Broue ». Des irréductibles qui sont parvenus à passer les dernières décennies et la vague féministe sans faire trop de bruit.

C'était jusqu'à la semaine dernière, alors que des représentantes du Journal de Montréal s'y présentaient pour se faire servir une bière. Au lieu de crier à la discrimination, vaudrait peut-être mieux classer cette taverne comme un lieu historique national. On permettrait ainsi aux jeunes générations de voir le genre d'établissement que fréquentaient leurs ancêtres. Il y a certainement là une valeur ethnologique à préserver.

Les tavernes ont connu leurs heures de gloire, de l'après-guerre aux années 80. Elles servaient de lieux de rassemblement pour les ouvriers après leur travail. Elles avaient ceci de particulier que même sales et en vêtements de travail, les clients étaient les bienvenus. Dans la société matriarcale de l'époque, la taverne servait souvent au mâle québécois de refuge pour échapper un moment à la vie de famille.

Loin de moi, l'idée de réhabiliter les tavernes. Ces « institutions », pour le peu qui en reste, mourront en même temps que leurs clients d'une autre époque. Je trouve néanmoins que la plupart du temps, la médaille n'a qu'une facette.

On est bien rapide pour faire appel à la Commission des droits de la personne lorsqu'il s'agit des femmes. Pourtant, on trouve un bon nombre de gestes discriminatoires posés à l'endroit des hommes sans que jamais personne ne s'en plaigne. Il y a bien un centre de conditionnement physique réservé aux femmes à Joliette, le centre Curves et on ne trouve rien à redire. Pas sûr qu'un centre sportif réservé aux hommes ne ferait pas l'objet de reproches.

Les femmes ont envahi les clubs sociaux, jadis chasse gardée des hommes, mais le membership des AFEAS et des cercles des fermières est demeuré exclusivement féminin malgré les tentatives d'un hurluberlu il y a quelques années. Il faut signaler ici qu'il est tout à fait légal pour ces organismes d'exclure les hommes puisque leur mission est la promotion de la femme.

Regardons du côté de la publicité qui prétend refléter les valeurs d'une société. Si les hommes adoptaient les mêmes comportements que les femmes, les plaintes de discrimination pleuvraient au point où la Commission des droits de la personne manquerait de fonctionnaires pour les traiter. Prenons pour exemple, les messages télévisés de la compagnie d'aliments pour chats Whiskas où on voit un homme personnifiant un chat dans une litière. On ne peut même pas imaginer le tollé qu'aurait soulevé l'utilisation des services d'une comédienne pour tourner cette publicité. Le nombre de messages commerciaux mettant en scène des hommes dans des situations ridicules est en croissance. L'homme québécois semble être devenu la tête de Turc idéale pour les publicitaires en mal d'imagination. Le pire, c'est que les créateurs de ces œuvres grotesques sont la plupart du temps des hommes.

Comment réagirait-on vis-à-vis d'un commerce qui accorderait des rabais uniquement aux hommes ? Pourtant, les bars qui offrent des prix réduits lors de la soirée des dames sont légion. Remarquez que ce ne sont pas les gars qui vont se plaindre de retrouver des femmes au bar, mais ça reste discriminatoire, autant que la journée des femmes dans les centres de ski.

C'est ainsi que je prends avec un grain de sel dans ma bière, cette nouvelle voulant qu'il existe encore en 2008 une taverne réservée aux hommes. En moins de 24 heures, sous la pression médiatique, la taverne de Delson est devenue mixte. De toute façon, la loi se serait bien chargée de ce dinosaure.

André Nadeau

P.-S. Cette chronique fera relâche jusqu'à la fête du Travail. Bonnes vacances à tous nos lecteurs.

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