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Crise alimentaire mondiale, la faute aux agriculteurs ?

Les producteurs céréaliers de Lanaudière se défendent

Julie Roy par Julie Roy
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Article mis en ligne le 10 juin 2008 à 11:01
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Crise alimentaire mondiale, la faute aux agriculteurs ?
S’il n’avait pas fait d’argent avec son blé d’automne, Gilles Brisson, l’aurait tout simplement enfoui. « Cela ne me donne rien de récolter quelque chose avec lequel je perd de l’argent. Dans ce cas, vaut mieux semer quelque chose d’autre. » Sur la photo : Roger Lauzon, Claude Laflamme et Gilles Brisson.
Crise alimentaire mondiale, la faute aux agriculteurs ?
Les producteurs céréaliers de Lanaudière se défendent
Les producteurs de céréales de Lanaudière en ont assez qu’eux et leurs confrères se fassent attribuer la responsabilité de l’actuelle crise alimentaire mondiale. Les agriculteurs affirment que cette hausse, que l’on attribue trop souvent uniquement à la croissance de la production d’éthanol, doit être relativisée en tenant compte d’une panoplie de facteurs.
« On est tannés d’être toujours les coupables », aborde d’emblée Gilles Brisson, président du Syndicat des cultures commerciales dans Lanaudière. Même si l’augmentation du prix des céréales est observable depuis quelques mois, les producteurs soutiennent que cela fait à peine deux mois qu’ils reçoivent un prix correspondant à leurs coûts de production. « On se fait accuser de prendre toutes les subventions quand on n’arrive pas et lorsque l’on obtient un juste prix, on se fait accuser d’appauvrir le monde », mentionne M. Brisson.



Les producteurs avancent plusieurs raisons qui expliquent l’envolée des prix des céréales. D’abord, ils soutiennent que les produits de base font maintenant partie du marché des spéculations. « Les réserves ont baissé, donc les spéculations ont débuté », mentionne Claude Laflamme, secrétaire du syndicat. Cette baisse s’expliquerait par de mauvaises récoltes dans bien des pays du monde, comme l’Argentine et l’Australie. D'autre part, des demandes accrues des pays émergents, dont l’Inde et la Chine, feraient baisser le niveau de la réserve mondiale. Autre élément, d’un côté certains producteurs reçoivent des subventions pour que les prix se maintiennent bas, tandis que d’autres n’ont aucun soutien. Résultat : un bon nombre d’agriculteurs a abandonné certaines productions, dont les céréales parce que cela n’était pas assez rentable. « Quand tu as des prix intéressants, tu produis. Au Mexique, les producteurs ont délaissé le maïs parce qu’ils n’étaient pas soutenus. Plus près, à Saint-Côme, le dernier producteur de céréales a fermé ses portes. S’il y avait une pénurie, il produirait encore. C’est ce qui arrive quand tu ne prends pas soin de la main qui te nourrit », mentionne M. Brisson.



Ceux qui attribuent à l’éthanol la hausse du prix des céréales font fausse route croient les producteurs. Ils mentionnent que les besoins de ce biocarburant accaparent mondialement seulement 3 % de la production de maïs. Par ailleurs, ils soulignent que souvent les chiffres ne tiennent pas compte du retour alimentaire de cette production. « La production d’éthanol amène la création de sous-produits, dont la drêche. C’est une moulée pour les animaux. En valeur nutritive, la protéine est 50 % plus concentrée. Cela en prend donc moins pour nourrir les animaux. »



Ils croient que l’actuelle crise sera passagère puisque la production mondiale augmentera. « Il va se produire 96 % de plus de blé dans l’Ouest canadien qu’auparavant. D’autres pays vont en faire autant pour se nourrir. Il va être possible de créer une agriculture locale et les gens vont être moins dépendants des marchés extérieurs. »



Ces producteurs s’insurgent aussi du fait que certains commerçants profitent de la situation pour augmenter indûment leurs produits. « Il y a pour 0,12 $ de blé dans un pain, si on double cela augmente de 0,12 $ pas de un dollar », mentionne Roger Lauzon, vice-président du syndicat. Les producteurs croient qu’il ne faut pas paniquer avec l’augmentation du prix des céréales, surtout lorsqu’ils comparent le prix de 1995 et de 2008. « À l’époque, un boisseau de céréale se vendait sur le marché à 5,50 $. Dix ans plus tard, il se vend 0, 50 $ de plus. »

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