Bienvenue chez vous, Mme Hivon!
Seule candidate en lice lors de l’assemblée d’investiture de la circonscription de Joliette qui s’est tenue le 2 juin dernier, Véronique Hivon portera donc les couleurs du Parti québécois lors du prochain rendez-vous électoral. Il faut se réjouir de cette nomination pour au moins deux raisons.
D’abord, en étant nommée dès maintenant, c’est-à-dire bien avant la prochaine élection, Mme Hivon aura le temps de se faire connaître et de participer aux débats sur les enjeux nationaux et régionaux qui n’attendent pas les campagnes électorales pour être soulevés. Les partis politiques ont trop souvent la fâcheuse habitude de ne présenter leurs candidats que quelques semaines, voire quelques jours, avant les élections. Dans ces conditions, les électeurs se voient obligés de voter essentiellement pour un parti puisqu’ils connaissent mal le candidat local. Plus grave encore, entre deux élections, le débat se fait souvent à sens unique puisque le député n’a personne pour lui donner la réplique. Cela nuit à une saine conversation démocratique.
La nomination rapide de Véronique Hivon est donc une bonne nouvelle pour la circonscription de Joliette puisqu’elle contribuera à dynamiser la politique régionale. On sait déjà que Pascal Beaupré tentera de se faire réélire et que Flavie Trudel défendra de nouveau le programme de Québec solidaire (QS). Les débats peuvent donc commencer dès maintenant, ce qui permettra aux électeurs, lors du prochain scrutin, d’avoir une vraie bonne idée des forces en présence. Le Parti libéral n’a toujours pas de candidat, mais il est si faible, dans Joliette, que cela est presque sans importance. Quant au Parti vert, il a si peu à dire que son absence ne risque pas de nous manquer.
La deuxième raison de réjouissance liée à cette nomination est la qualité de la candidate péquiste. Formée à l’Université McGill et à la prestigieuse London School of Economics and Political Science, l’université jadis fréquentée par Jacques Parizeau, l’avocate originaire de Joliette a aussi une bonne expérience politique puisqu’elle fut conseillère et directrice de cabinet adjointe des ex-ministres de la Justice Serge Ménard et Linda Goupil. À l’élection de 2007, elle a livré une belle lutte au candidat libéral de prestige Philippe Couillard, dans Jean-Talon.
Dans une lettre adressée aux membres du PQ de Joliette en mai 2008, Véronique Hivon faisait de la souveraineté du Québec et du progrès social « les fondements de son engagement politique ». Elle devra, dans les mois qui viennent, si elle souhaite convaincre les électeurs de voter pour elle, s’engager de façon plus concrète sur certains enjeux. Dans le débat national, sa position semble plus claire que celle de son adversaire adéquiste, mais, sur le plan social, on en attend plus de son parti et d’elle-même.
En matière de santé, par exemple, on sait que Beaupré et son parti plaident pour une plus grande place faite au privé, alors que Flavie Trudel et QS défendent avec énergie l’intégrité du système public. Qu’ont à dire, là-dessus, précisément, Véronique Hivon et le PQ? Depuis le dépôt du rapport Castonguay, ils se font un peu trop discrets. Quelle est, dans le même sens, leur position sur l’éducation, les impôts et les programmes sociaux? On sait que Beaupré est à droite et Trudel, à gauche, mais qu’en est-il de la position de la candidate péquiste sur ces questions? On souhaiterait la retrouver au centre-gauche, mais on attend avec impatience qu’elle le confirme en prenant des positions claires.
Dans L’Action du 21 mai dernier, Claude Duceppe, candidat péquiste défait à la dernière élection, défie le député Beaupré d’affronter Mme Hivon lors d’une rencontre de presse. « Je le défie, lance-t-il, de parler des enjeux régionaux en regardant autre chose que ses lacets. » Bonne idée! La candidate péquiste, toutefois, ne doit pas compter que sur les faiblesses, bien réelles, de son adversaire pour s’imposer. Ce sont ses propres forces qui nous intéressent.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca